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L’Occident expulse une centaine de diplomates russes dans la foulée de l’affaire Skripal

Une quinzaine de pays occidentaux, dont les États-Unis et le Canada, ont annoncé lundi l'expulsion imminente de diplomates russes dans le cadre d'une action coordonnée visant à dénoncer l'empoisonnement au gaz innervant de l'ex-agent russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni. Moscou dénonce une « provocation » et promet de riposter.

Le geste le plus décisif en ce sens est venu des États-Unis, où l'administration Trump a annoncé l'expulsion de 48 « agents de renseignement connus » du consulat de Russie à Seattle, qui sera par ailleurs fermé, et de 12 autres en poste à la mission russe des Nations unies. Ils ont tous sept jours pour quitter le territoire américain.

« La décision du président montre que les gestes de la Russie ont des conséquences », a commenté l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley. « Au-delà des actions déstabilisatrices de la Russie partout dans le monde, comme sa participation aux atrocités en Russie et ses gestes illégaux en Ukraine, elle a maintenant utilisé une arme chimique à l'intérieur des frontières de l'un de nos plus proches alliés. »

« Ici, à New York, la Russie utilise les Nations unies comme un refuge sûr pour des activités dangereuses à l'intérieur de nos frontières », a-t-elle poursuivi. « Aujourd'hui, les États-Unis et plusieurs de nos alliés envoient un message que nous n'allons pas tolérer les inconduites russes. »

Action concertée de 14 pays en Europe

Peu après l'annonce américaine, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait savoir que 14 pays membres de l'Union européenne (UE) ont aussi décidé d'expulser des diplomates russes.

L'Allemagne (4 expulsions), la France (4), la Pologne (4), la République tchèque (3), la Lituanie (3), l'Italie (2), le Danemark (2), les Pays-Bas (2), la Finlande (1), la Lettonie (1) et l'Estonie (1) ont déjà confirmé qu'ils suivent le mouvement. La Roumanie, la Suède et la Croatie seraient les trois autres pays qui feraient de même, selon des sources diplomatiques.

Selon un responsable européen cité par l'AFP, une trentaine de diplomates russes seront expulsés au total, mais il revient à chaque pays de faire ses annonces. La décision d'agir de manière concertée dans ce dossier a été décidée lors du sommet européen tenu jeudi dernier, à Bruxelles.

Un participant a la réunion soutient qu'il a d'abord été question d'expulser des diplomates en poste dans les représentations de la Russie auprès de l'UE. Ces derniers sont cependant officiellement accrédités auprès du Royaume de Belgique, qui accueille les institutions européennes. La décision de les expulser aurait donc incombé aux autorités belges, ce que le premier ministre belge Charles Michel a refusé de faire.

Les dirigeants européens ont finalement demandé le rappel du chef de la délégation de l'UE à Moscou pour consultations pendant le sommet, renvoyant à lundi des mesures nationales coordonnées. À moins d'un revirement de situation, il semble toutefois que l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Grèce, la Hongrie, le Portugal, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, l'Irlande, le Luxembourg, Chypre et Malte ont décidé de ne pas emboîter le pas à leurs alliés.

L'Ukraine, qui n'est pas membre de l'UE, a aussi suivi le mouvement en expulsant 13 diplomates. Le président ukrainien Petro Porochenko, cité par son service de presse, dit agir « dans un esprit de solidarité avec nos partenaires britanniques et nos alliés transatlantiques et en coordination avec les pays de l'UE ».

« La Russie a une nouvelle fois confirmé son mépris non seulement pour la souveraineté des États indépendants, mais aussi pour la vie humaine », a-t-il poursuivi. « L'Ukraine le ressent quotidiennement dans sa Crimée occupée et dans le Donbass », une région de l'est du pays en proie à une insurrection prorusse.

« L'attentat de Salisbury (...) est un acte méprisable » - Freeland

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a annoncé pour sa part que le gouvernement Trudeau va expulser « par solidarité avec le Royaume-Uni » quatre diplomates russes en poste à l’ambassade russe à Ottawa ou au consulat général de la Russie à Montréal, en plus de rejeter des demandes d'accréditation de trois autres futurs diplomates.

Les quatre diplomates expulsés « sont des agents du renseignement ou des personnes qui ont utilisé leur statut diplomatique pour compromettre la sécurité du Canada ou s’immiscer dans sa démocratie », a fait valoir la numéro un de la diplomatie canadienne.

Selon Mme Freeland, l'attentat de Salisbury « représente une menace évidente pour l’ordre international fondé sur des règles et pour les règles établies par la communauté internationale afin d’assurer que les armes chimiques ne détruisent plus jamais de vies humaines ».

« Cet épisode fait partie des nombreux comportements inacceptables de la part de la Russie, parmi lesquels sa complicité avec le régime Assad, son annexion de la Crimée, les combats dirigés par la Russie dans l'est de l'Ukraine, le soutien aux troubles civils en Ukraine, en Géorgie, en Moldavie et dans d’autres pays voisins, son ingérence dans les élections et ses campagnes de désinformation », a-t-elle ajouté.

Les mesures canadiennes « ne visent pas le peuple russe, avec lequel les Canadiens entretiennent depuis longtemps des relations fructueuses », a précisé Mme Freeland. Le Canada demeure « déterminé à dialoguer et à coopérer avec la Russie en ce qui a trait aux enjeux communs à nos deux pays », ajoute-t-elle.

La Chambre des communes a déjà adopté une résolution blâmant la Russie pour l'attaque chimique.

« Une réponse extraordinaire », selon Londres; une « provocation », dénonce Moscou

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, n'a pas tardé lundi à saluer la « réponse extraordinaire » des alliés du Royaume-Uni contre la Russie.

L'empoisonnement au gaz innervant de M. Skripal et de sa fille Youlia ont incité le gouvernement britannique à expulser 23 diplomates russes le 14 mars; Moscou a répliqué en faisant de même trois jours plus tard.

Moscou promet une réponse proportionnée

La diplomatie russe a mis moins de deux heures lundi avant de dénoncer une « provocation » et a promis de riposter.

Un sénateur russe, cité par l'agence de presse RIA, avait précédemment réagi à l'annonce américaine en annonçant que la Russie expulserait « au moins 60 membres de la mission diplomatique américaine ».

L'ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, a pour sa part estimé que la décision américaine était « injustifiée » et anéantissait le peu qui restait des relations américano-russes, écrit aussi RIA.

La riposte russe sera proportionnée, a-t-il dit, puisque les États-Unis ne comprennent que la force.

Plus de détails à venir.

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