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L'Ontarienne Jolly Bimbachi raconte sa détention en Syrie

La femme de Chatham-Kent, dans le sud-ouest de l'Ontario, qui était partie chercher ses deux fils au Liban, raconte comment elle a été retenue en Syrie durant 26 jours avant de pouvoir rentrer au Canada jeudi, sans ses enfants.

Jolly Bimbachi se bat pour obtenir la garde partagée de ses deux garçons après que son ex-mari, qui les avait emmenés en visite au Liban en 2015, ne soit jamais revenu au Canada.

En novembre dernier, elle s'est rendue au Liban pour retrouver ses deux fils avec son compagnon Sean Moore.

Là, la femme de 41 ans a tenté d'atteindre la Turquie avec ses garçons de 7 et 8 ans en passant par la Syrie, où elle a été interceptée, jugée et assignée à résidence.

« Un passeur nous avait promis qu'une voiture nous attendrait à la frontière syrienne pour nous emmener en Turquie, mais ce n'était pas le cas », raconte-t-elle.

Après plusieurs jours de marche, la petite famille s'est arrêtée dans un petit village où elle a passé la nuit.

Alerté par Facebook

Le lendemain matin, un agent de police est venu les réveiller pour leur montrer une publication Facebook sur laquelle le cousin de l'ex-mari de Mme Bimbachi avait publié des photos des garçons.

« Il a écrit sur Facebook que je n'étais pas une bonne personne, que j'avais volé les enfants et que je n'étais plus musulmane », explique-t-elle.

La publication indiquait également que Mme Bimbachi voulait envoyer ses enfants au Canada pour les élever en tant que chrétiens.

« Dans un pays islamiste, c'est très dangereux les mots qu'il a écrits », ajoute Mme Bimbachi.

Après avoir comparu devant un tribunal, elle est envoyée avec ses garçons dans une famille syrienne où ils sont surveillés.

« Dans l'ensemble, j'ai été traitée comme une partie de la famille dans la maison où j'étais assignée, mais je mentirais si je disais que je n'avais pas peur », raconte-t-elle.

Le traitement réservé à son partenaire, Sean Moore, aussi de Chatham, a toutefois été différent.

L'homme dit avoir été torturé en prison par une branche syrienne d'Al-Qaïda, le groupe Hayat Tahrir Al-Cham, avant de revenir au pays mardi.

Sean Moore affirme avoir été placé dans une cellule inondée d’eau et trop petite pour pouvoir s’y coucher, et avoir été fouetté à plusieurs reprises. Il affirme également que ses geôliers lui ont plus d’une fois attaché un foulard autour de la bouche, avant de verser de l’eau dessus pour le faire suffoquer.

Ces tortionnaires, qui lui bandaient chaque fois les yeux, lui demandaient sans cesse d’avouer qu’il était un espion.

Puis, après 26 jours d’emprisonnement, on lui a permis de prendre une courte douche, avant de lui remettre un scénario à mémoriser, qu’il a dû répéter devant les médias.

« Lorsqu’ils m’ont dit quoi dire, je n’ai pas contesté. J’ai même pris mes ravisseurs, qui m’avaient battu, dans mes bras, j’ai serré leurs mains et je leur ai souri, et honnêtement, tout ce qu’ils m’ont dit de faire et de dire, je l’ai fait et je l’ai dit », avoue-t-il.

Continuer à se battre

Après leur libération, Mme Bimbachi et Sean Moore sont revenus au Canada, le 8 février. Les garçons ont par contre été renvoyés à leur père au Liban.

La mère ne compte toutefois pas abandonner son combat.

« Je vais continuer de faire appel aux gouvernements du Canada et du Liban pour susciter les prises de conscience et faire changer les lois pour éviter les enlèvements des enfants par un parent », indique-t-elle.

Mme Bimbachi répète également qu'elle cherche simplement à obtenir une garde partagée avec son ex-mari, et non d'avoir les enfants pour elle seule.

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