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L'ONU annonce le début des pourparlers de paix sur la Syrie

Les pourparlers de paix sur la Syrie « ont officiellement commencé », a déclaré l'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, lundi soir, à Genève, au terme d'une rencontre de deux heures avec la délégation de l'opposition syrienne.

Un peu plus tôt, Salem Al-Meslet, le porte-parole du Haut comité des négociations (HCN), qui représente l'opposition, s'est lui aussi montré optimiste, tout en demeurant plus prudent pour la suite des événements.

« Nous avons reçu des messages très positifs de la part de l'envoyé spécial de l'ONU. Il rencontrera demain la délégation du régime et nous attendrons une réponse de ce dernier », a déclaré Salem Al-Meslet, en parlant des demandes de nature humanitaire de l'opposition.

Le HCN exige une entente sur la levée du siège de certaines villes, l'acheminement d'une aide humanitaire et la fin des attaques contre des civils avant de discuter en bonne et due forme avec le régime de Bachar Al-Assad pour trouver une issue à la guerre civile qui a fait plus de 260 000 morts et des millions de réfugiés depuis cinq ans.

Commentant ces exigences, M. de Mistura a dit comprendre l'inquiétude des opposants face à la situation humanitaire en Syrie. Il a invité le régime du président Bachar Al-Assad à libérer les femmes et les enfants qu'il détient afin de « montrer qu'il se passe quelque chose ».

L'émissaire de l'ONU a cependant souligné que négocier une trêve ne faisait pas partie de ses attributions. Il a tout de même rappelé aux puissances internationales qu'elles s'étaient engagées à aborder ce sujet dès l'ouverture des pourparlers.

Salem Al-Meslet n'a touefois pas mâché ses mots envers le régime du président Bachar Al-Assad et Moscou, qui l'appuie militairement depuis l'automne. « Le régime russe va créer un nouvel Hitler [...], nous souffrons d'un Hitler en Syrie », a-t-il déclaré à la presse.

La délégation du HCN, arrivée samedi soir à Genève, après une longue valse-hésitation, avait rencontré M. de Mistura une première fois dimanche. Il s'agissait officiellement d'une « visite de courtoisie », et non d'une première séance de négociations, avait-elle précisé, en réitérant ses exigences sur le plan humanitaire.

Les discussions entre les deux parties pourraient durer jusqu'à six mois. Il s'agit de pourparlers indirects, M. de Mistura faisant la navette entre les deux délégations.

Staffan de Mistura a rencontré la délégation du régime pour une première fois vendredi. Cette rencontre a été décrite comme une « réunion préparatoire », et l'émissaire de l'ONU espère mettre en branle ce même processus avec la délégation du HCN.

Pas d'amnistie pour les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité

Les pourparlers de Genève s'inscrivent dans le cadre de la résolution 2254 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 18 décembre, dans la foulée d'un accord conclu à Vienne fin octobre, sous le parrainage des États-Unis et de l'Arabie saoudite, qui appuient l'opposition, mais aussi de la Russie et de l'Iran, qui soutiennent le régime.

La résolution de l'ONU prévoit un cessez-le-feu, la mise en place « d'une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire » d'ici 6 mois, la rédaction d'une nouvelle constitution et des élections « libres et régulières », sous supervision de l'ONU, d'ici 18 mois.

S'entendre sur un gouvernement « inclusif » représentera un premier défi : les opposants veulent qu'il obtienne les pleins pouvoirs au détriment de Bachar Al-Assad, mais le régime refuse que le sort du président soit tranché avant les élections qui doivent avoir lieu un an plus tard.

Le haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad-Al Hussein, a pour sa part prévenu qu'aucune amnistie ne doit être envisagée pour les crimes contre l'humanité ou les crimes de guerre commis en Syrie dans le cadre des pourparlers engagés à Genève.

« Nous avons une position de principe aux Nations unies, qui est qu'aucune amnistie ne doit être accordée à ceux soupçonnés de crimes contre l'humanité ou crimes de guerre », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse tenue lundi à Genève. « Nous espérons qu'au cours des négociations, les médiateurs insisteront bien évidemment sur ce point auprès des parties au conflit. »

M. Al Hussein a par ailleurs exprimé l'espoir qu'après « cinq ans de ce spectacle macabre [...] d'exécutions publiques », les négociations « vont mettre un terme à ces abus horribles des droits de l'homme, aux violations de la loi humanitaire internationale ».

Des légitimités contestées

Au-delà des demandes formulées jeudi par HCN, les pourparlers de paix sont menacés par la discorde entourant la légitimité des opposants qui peuvent participer aux discussions.

La Russie conteste la présence au sein du HCN des organisations Ahrar Al-Sham et Jaish Al-Islam, qu'elle considère comme des organisations « terroristes ».

L'aviation russe a d'ailleurs détruit une réserve de produits pétroliers appartenant à Jaish Al-Islam, dans la province de Damas, annoncent les agences de presse russes lundi, en citant le ministre de la Défense, Igor Konashekov.

L'organisation Ahrar Al-Sham ne prend pas directement part aux pourparlers de Genève, de crainte que ses combattants ne contestent cette décision et se joignent au Front al-Nosra, opposé à ces négociations. Elle appuie tout de même le principal négociateur du HCN, Mohamed Allouche, qui est le leader de Jaish Al-Islam.

Moscou a demandé à ce que d'autres opposants soient présents, dont Haytham Manna, coprésident du Conseil démocratique syrien, qui regroupe d'autres opposants kurdes et arabes; Qadri Jamil, ancien vice-président syrien passé à l'opposition; et Saleh Muslim, du Parti de l'union démocratique (PYD), principal parti kurde.

La Turquie, principal soutien du HCN avec l'Arabie saoudite, ne veut cependant rien savoir du PYD, considéré comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré. MM. Manna et Jamil ont toutefois reçu une invitation à titre individuel pour participer aux pourparlers de Genève. M. Manna était présent à Genève vendredi.

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