Retour

L'ONU exhorte Washington à ne plus séparer les immigrants illégaux de leurs enfants

Les Nations unies demandent à Washington de cesser de séparer les immigrants illégaux de leurs enfants lors de leur interception à la frontière du Mexique, jugeant la pratique « inadmissible » et « cruelle ». L'administration Trump reste sourde à cette rare critique de l'ONU contre la politique intérieure américaine.

« Les enfants ne doivent pas être traumatisés en étant séparés de leurs parents », a affirmé lundi le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, à propos de la politique d'extrême fermeté menée aux frontières américaines et qui a conduit à la séparation de près de 2000 enfants avec leurs parents.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, « a comme position de principe que les réfugiés et les migrants doivent toujours être traités avec respect et dignité, en accord avec le droit international », a précisé M. Dujarric dans un communiqué. « L'unité des familles doit être préservée », a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a dénoncé cette pratique des services frontaliers américains qui consiste à arrêter et à emprisonner tous les immigrants illégaux dès leur interception et à séparer les adultes de leurs enfants, qui eux, ne peuvent être emprisonnés.

« J'appelle les États-Unis à stopper immédiatement la séparation forcée de ces enfants et j'encourage le gouvernement à ratifier enfin la Convention relative aux droits des enfants », a plaidé Zeid Ra'ad Al Hussein à l'ouverture de la session du Conseil des droits de l’homme lundi, à Genève.

Les États-Unis sont le seul pays à ne pas avoir ratifié ce texte qui protège les droits fondamentaux des enfants.

En point de presse, lundi midi, Donald Trump a maintenu que s'il est « triste » que des enfants soient séparés de leurs parents, les gestes posés par les services frontaliers sont imputables, selon le président américain, à des « lois affreuses » que les démocrates refusent de changer.

Justin Trudeau ne veut pas « jouer à la politique » autour de la mesure américaine

Le premier ministre du Canada indique qu’il doit défendre les valeurs canadiennes, mais aussi maintenir une relation constructive avec les États-Unis.

« Les Nations unies ont déterminé que pour les demandeurs d'asile, les États-Unis demeurent un tiers parti sûr [sic], mais en même temps, nous nous devons de faire plus pour protéger les gens vulnérables qui sont en migration à travers le monde », a ajouté le premier ministre.

Tolérance zéro et contestation

Les autorités frontalières américaines, qui appliquaient déjà cette politique depuis octobre 2017, le font avec beaucoup plus de zèle depuis que le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, a décrété en mai que tous les immigrants illégaux à la frontière du Mexique seraient désormais arrêtés, qu'ils soient avec des enfants ou non.

Si ce n'est d'un service d’assistance téléphonique dont les parents peuvent se servir pour retracer leurs enfants, les procédures de réunification demeurent plutôt vagues.

La pratique de séparation des familles soulève un tollé non seulement dans les rangs démocrates, mais aussi jusqu’au sein de la Maison-Blanche où la première dame, Melania Trump, a appelé le Congrès à agir pour faire cesser cette pratique.

Par la voix de sa directrice des communications, l’épouse de Donald Trump a déclaré « détester voir des enfants ainsi séparés de leur famille » et affirmé que « le pays doit respecter la loi, mais [doit] aussi être dirigé avec cœur ».

À la voix de Melania Trump s’est ajoutée celle de plusieurs personnalités politiques américaines pendant le week-end, dont l’ex-première dame Laura Bush qui a dénoncé cette situation dans une lettre ouverte parue dans les pages du Washington Post dimanche.

Laura Bush sort de sa réserve

Dénonçant le fait que ces enfants, dont certains sont très jeunes, sont séparés de leurs parents pour être gardés ensuite dans des magasins convertis en refuges, Laura Bush s’élève contre cette pratique « immorale ».

Elle s’indigne aussi que les autorités américaines songent à garder ces centaines d’enfants recueillis à la frontière dans des parcs de tentes à l’extérieur d’El Paso, dans le désert, en attendant que la justice décide du sort de leurs parents.

Selon Mme Bush, ces images rappellent les camps d’internement de Japonais-Américains pendant la Seconde Guerre mondiale, l’une des pages les plus sombres de l’histoire américaine.

Bill Clinton dénonce l'instrumentalisation des enfants

L’ex-président Bill Clinton a pour sa part offert ses pensées dimanche, sur son compte Twitter, aux « milliers d’enfants séparés de leurs parents à la frontière ».

Ces derniers ne devraient pas être, selon lui, des instruments de négociation.

Plus d'articles