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L'ONU presse la Turquie d'ouvrir sa frontière aux Syriens qui fuient Alep

Des dizaines de milliers de Syriens ayant fui les combats dans la ville d'Alep continuent de se presser, dans le froid et dans des conditions extrêmement précaires, devant le poste-frontière turc d'Oncupinar. Jusqu'ici, le gouvernement turc reste sourd aux demandes de tous ceux qui lui demandent d'ouvrir ses frontières.

Selon l'ONU, 31 000 personnes, dont environ 25 000 femmes et enfants, ont fui Alep au cours des derniers jours, en raison d'une offensive de l'armée syrienne, soutenue par l'aviation russe. La plupart d'entre eux sont coincés au point de passage d'Oncupinar, le seul qui permet encore de traverser en Turquie.

« Nous comprenons que la Turquie accueille déjà 2,5 millions de réfugiés syriens et assume un énorme fardeau, et nous avons demandé à la communauté internationale d'aider la Turquie », a déclaré mardi le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés William Spindler.

« La plupart des familles sont parties en emportant seulement les vêtements qu'ils portaient », résume Ahmad Al-Mohammad, de Médecins sans frontières (MSF). « Ils sont coincés. Ils ont abandonné maison et possessions, et ne peuvent entrer en Turquie. »

Les camps qui les accueillent sont désormais saturés et « il n'y a plus suffisamment de places d'hébergement pour accueillir toutes les familles », assure M. Al-Mohammad, qui se rend tous les jours dans la province d'Alep depuis la Turquie.

À Azaz, à environ 5 km de la frontière turque, des familles entières sont contraintes de dormir à la belle étoile, ou elles s'entassent à 20 personnes dans des tentes conçues pour sept. Les habitants des localités avoisinantes n'ont plus la capacité d'accueillir plus de déplacés.

Selon M. Spindler, les organisations humanitaires, dont le Programme alimentaire mondial, font parvenir des denrées aux déplacés, et la Turquie leur offre aussi de l'aide. Des vêtements chauds et des matelas leur ont aussi été acheminés.

Mais la Turquie, qui dit craindre un afflux de 600 000 nouveaux réfugiés syriens, étant donné la tournure des évènements sur le terrain, n'a pas modifié sa position d'un iota jusqu'à nouvel ordre.

« Notre objectif pour l'instant est de maintenir autant que possible cette vague de migrants au-delà des frontières de la Turquie, et de leur fournir à cet endroit les services nécessaires », a indiqué lundi soir le vice-premier ministre Numan Kurtulmus.

Un autre vice-premier ministre, Yalçin Akdogan, s'est pour sa part montré agacé par les appels à l'ouverture des frontières lancées par l'Union européenne, mais aussi par la chancelière allemande Angela Merkel, en visite à Ankara lundi.

« Évidemment, comme toujours, nous allons subvenir aux besoins de nos frères syriens et les accepter quand ce sera nécessaire », a fait valoir le premier ministre Ahmet Davutoglu à l'issue de son entretien Angela Merkel.

Au-delà de la situation des déplacés qui s'entassent à la frontière turque, l'ONU s'inquiète pour quelque 300 000 civils qui vivraient toujours dans les quartiers est d'Alep. Ces quartiers sont pratiquement assiégés par l'armée syrienne, qui tente de couper le dernier lien entre les rebelles et la Turquie.

L'offensive sur Alep est l'une des principales raisons pour lesquelles les pourparlers de paix prévus à Genève la semaine dernière se sont effondrés.

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