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L'ONU suspend ses convois humanitaires en Syrie

L'ONU a suspendu l'envoi de tous ses convois d'aide humanitaire en Syrie à la suite de l'attaque d'un d'entre eux lors d'un raid aérien, lundi, au terme de la trêve qui régnait fragilement sur le pays.

La frappe aérienne - qui a fait au moins 20 morts, dont un responsable du Croissant-Rouge syrien et des chauffeurs de camion - a provoqué l'indignation de la communauté internationale.

Le raid a entraîné la destruction de 18 des 31 camions du convoi qui transportait de la nourriture et des médicaments aux 78 000 habitants d'une ville isolée de la province d'Alep.

« Environ 20 civils et un membre du personnel du Croissant-Rouge syrien ont été tués pendant qu'ils déchargeaient une cargaison d'aide humanitaire vitale des camions. Une grande partie a été détruite », a expliqué la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) par voie de communiqué.

L'entrepôt du Croissant-Rouge syrien à Orum al-Koubra a également été frappé par le raid, dont les auteurs demeurent inconnus. « Nous sommes totalement effondrés par la mort de tant de personnes, y compris un de nos collègues, le directeur de notre branche locale, Omar Barakat », a affirmé le président du Croissant-Rouge syrien, Abdulrahman Attar, dans le communiqué.

« Par mesure de sécurité immédiate, les autres mouvements de convois en Syrie sont suspendus pour le moment dans l'attente d'une nouvelle évaluation des conditions de sécurité », a déclaré le porte-parole lors d'un point de presse.

Moscou au nombre des suspects

Washington montre du doigt la Russie, qui, selon deux responsables américains, comptait deux avions Soukhoï SU-24 dans le secteur au moment du bombardement. Ces renseignements des services américains les ont amenés à conclure à une responsabilité russe, ont-ils indiqué à Reuters.

Le convoi humanitaire bombardé lundi près d'Alep, dans le nord de la Syrie, semble avoir été la cible de raids aériens dont la coalition commandée par les États-Unis n'est pas responsable, a déclaré mardi le colonel John Thomas, porte-parole du « Central Command » de l'armée américaine.

« Ce n'est assurément pas la coalition qui a bombardé depuis les airs. Cela ressemble bel et bien à une frappe aérienne. Les deux seules autres entités qui volent en Syrie sont la Russie et la Syrie », a-t-il expliqué.

« Personne d'autre ne possède d'aviation dans cette zone. Un membre du HCN [Haut Comité des négociations] faisait partie d'un groupe chargé de la protection du convoi. Il nous a fourni des images très claires et très précises », a expliqué à Reuters un coordonnateur du HCN, Riad Hidjab, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, à New York.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) dit être incapable de préciser la provenance des avions qui ont mené le raid contre le convoi, mais il souligne qu'aucun groupe rebelle syrien ne dispose de force aérienne. L'organisme basé à Londres soutient que la Syrie et la Russie ont toutefois des avions déployés dans la région.

Son directeur note cependant que le régime syrien aurait été incapable d'organiser un tel raid en moins de deux heures. Il ajoute qu'une quarantaine de frappes aériennes, menées essentiellement par la Russie, ont touché la province d'Alep.

Affirmant disposer « d'informations sûres », un haut responsable de l'opposition syrienne, Riad Hijab, accuse Damas et Moscou d'être responsables de l'attaque. Il dénonce « la faiblesse totale » de la communauté internationale et « l'absence de crédibilité » des efforts diplomatiques pour restaurer la trêve en Syrie.

Le ministère russe de la Défense dément toutefois toute implication de la Russie dans cette attaque. « L'aviation russe ou syrienne n'a mené aucune frappe aérienne sur un convoi humanitaire de l'ONU au sud-ouest d'Alep », a déclaré le ministère.

Une enquête russe

L'armée russe lance une enquête sur des « informations » sur le convoi humanitaire frappé par un raid aérien lundi, a indiqué le Kremlin.

« Nos militaires enquêtent sur ces informations », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov. « Hier soir [lundi], les combattants du Front al-Nosra sont passés à l'offensive dans plusieurs régions et l'armée syrienne, qui a été la seule à respecter la trêve de toute la semaine, a dû répondre à cette offensive », a-t-il affirmé, jugeant que de telles attaques « mettent en danger l'ensemble du processus » de paix.

Le Kremlin a indiqué qu'un éventuel prolongement du cessez-le-feu ne pouvait avoir lieu tant que les « terroristes » ne cesseraient leurs attaques contre les forces gouvernementales.

« Les conditions sont très simples : il faut cesser les tirs, il faut que les terroristes arrêtent d'attaquer l'armée syrienne. Et bien sûr, il serait bien que nos collègues américains ne bombardent plus par erreur les Syriens », a poursuivi M. Peskov. Les espoirs de renouvellement de la trêve sont « très faibles », a-t-il jugé.

La coalition internationale - menée par les États-Unis - a reconnu avoir frappé par erreur l'armée syrienne dans l'est du pays, quelques jours avant l'attaque du convoi d'aide humanitaire près d'Alep. Le raid aérien de la coalition a fait au moins 90 morts.

Réunion pour évaluer les mesures à prendre

C'est dans ce contexte que s'est ouverte l'Assemblée générale annuelle de l'ONU à New York. La guerre civile syrienne dominera les échanges pendant que le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) se réunira.

Le GISS réunit une vingtaine de pays et d'organisations internationales autour du problème syrien. Le groupe comprend des pays comme les États-Unis, la Russie, l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Iran.

Cette réunion « évaluera [...] l'état de l'accord conclu entre les États-Unis et la Russie il y a une semaine, où nous sommes et quelles sont les prochaines mesures à prendre », a précisé un porte-parole du département d'État, Mark Toner. « Les Russes ont signé un accord, il faut voir maintenant ce qu'ils disent », a par ailleurs déclaré le secrétaire d'État américain, John Kerry. « Mais le plus important, c'est que les Russes doivent contrôler [le président syrien Bachar] Al-Assad. »

L'OSDH estime que la guerre en Syrie a fait plus de 300 000 morts - parmi lesquels 87 000 civils, dont 15 000 enfants - depuis son déclenchement en mars 2011.

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