Retour

L'opération militaire à haut risque des Turcs en Syrie

La Turquie a ouvert un nouveau front en Syrie en lançant samedi l'opération « Rameau d'olivier ». L'objectif avoué des forces turques et de leurs alliés rebelles syriens : déloger de l'enclave d'Afrine, dans le nord de Syrie, la milice des Unités de protection du peuple, les YPG. De son côté, Washington envoie des signaux contradictoires sur ses relations avec les combattants kurdes.

Un texte de Marie-Eve Bédard

Il s'agit d'un nouveau chapitre violent sur un sol meurtri, amorcé après que Washington eut annoncé son intention de bâtir une force de 30 000 hommes pour patrouiller à la frontière syrienne, dont feraient partie les YPG.

Les combattants des YPG forment le noyau dur des Forces démocratiques syriennes (FDS), la milice arabo-kurde soutenue par les États-Unis pour combattre le groupe armé État islamique (EI).

Mais la Turquie accuse les YPG d’être la branche en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. Le groupe mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984 et il est classé terroriste par Ankara et ses alliés.

Pas question donc pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, de permettre à cette force frontalière de se déployer dans sa cour arrière. La Turquie dénonce depuis longtemps le soutien des Américains aux forces kurdes en Syrie, qui ont profité de la tourmente et des combats pour se former une certaine autonomie dans les régions proches de la frontière turque.

Selon le président Erdogan, la Turquie a demandé et obtenu la bénédiction de la Russie, le principal allié du président syrien Bachar Al-Assad, pour utiliser l’espace aérien.

Signaux contradictoires depuis Washington

Dans ce qui semble être un effort de Washington pour calmer les inquiétudes de la Turquie, deuxième puissance militaire au sein de l’OTAN en termes d'effectifs, et ménager l’allié kurde, la Maison-Blanche et le Pentagone ont tenu des propos contradictoires.

Un haut placé de la Maison-Blanche a affirmé sous le couvert de l’anonymat à des journalistes, mardi, que les États-Unis n’ont aucune intention de former une milice kurde dans le nord-ouest de la Syrie, et qu'ils n'ont aucun contact avec des miliciens à Afrine.

Mais au même moment, le Pentagone publiait son propre communiqué sur la situation à Afrine et en Syrie, dans lequel il maintenait l’intention des Américains de créer une force dominée par les Kurdes et louait le rôle-clé de ces derniers dans des opérations encore à ce jour.

« Les troupes américaines entraînent des partenaires locaux dans le but de former une force interne visant la stabilité et pour dissuader l’EI. Ces forces de sécurité locales servent à prévenir la fuite potentielle de terroristes de l’EI alors que leur présence physique en Syrie tire à sa fin », a déclaré dans un communiqué le major Adrian Rankine-Galloway, un porte-parole du Pentagone.

Une trahison pour les FDS

Les FDS se sentent isolées et trahies par leurs alliés américains et demandent à Moscou et à Washington de clarifier leur position.

Les FDS accusent également le président Erdogan de mentir pour manipuler l’opinion publique en sa faveur en affirmant que l’EI est présent à Afrine. « Le monde entier sait que Daech n’est pas à Afrine », a déclaré Redur Xelil, un commandant kurde, à l’agence Reuters.

Si tous les yeux sont tournés vers l’opération militaire contre l’enclave d’Afrine, les inquiétudes de Washington se portent plutôt sur la localité de Manbij, où les forces spéciales américaines ont installé leur quartier général. Cette ville pourrait bien être l’objectif ultime de la Turquie dans cette récente incursion armée en Syrie.

Une coalition militaire menacée

Si les Turcs devaient pousser leur ambition militaire au-delà d’Afrine jusqu’à Manbij, la complexe coalition de partenaires qui lutte contre l'EI, mais dont les intérêts sont autrement opposés en Syrie, pourrait bien voler en éclat. Et avec elle, les relations déjà tendues entre Washington et Ankara.

Le risque que des soldats américains puissent se retrouver en confrontation directe avec les forces turques et leurs alliés est bien réel. Mardi, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a encore évoqué Manbij comme une possible suite à Afrine.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Recettes de Noël - Ragoût de boulettes de dinde et épinards