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L'opposition syrienne suspend sa participation « formelle » aux négociations de paix

Alors que des rebelles syriens ont lancé lundi une nouvelle offensive contre les troupes gouvernementales, l'opposition syrienne a suspendu sa participation « formelle » aux négociations de paix de Genève pour protester contre la « détérioration » de la situation en Syrie.

Le Haut Comité des négociations (HCN) de l'opposition syrienne a « ajourné » sa participation aux discussions, estimant que l'accord de « cessation des hostilités » n'était plus d'actualité, selon un document que Reuters a pu consulter.

Le coordinateur de l'opposition, Riad Hijab, a jugé « inacceptable » la poursuite des négociations alors que le régime de Damas continue de « bombarder et d'affamer les civils » en menant une offensive militaire contre la région d'Alep en dépit de la trêve.

Le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est cependant fait rassurant. Selon lui, le HCN a annoncé qu'il resterait à Genève et continuerait à prendre part à des « discussions techniques », mais pas au Palais des Nations, siège de l'ONU dans la ville. Les discussions auront lieu à l'hôtel où réside la délégation de l'opposition, a-t-il précisé.

Le HCN semble divisé entre ceux qui veulent quitter Genève - principalement les groupes armés - et ceux qui ne veulent pas rompre le délicat processus de paix engagé depuis janvier sous l'égide de l'ONU.

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Plusieurs groupes rebelles reprochent en outre à l'émissaire de l'ONU d'avoir une attitude favorable au régime syrien. Dans une rencontre avec des membres du HCN, le médiateur a évoqué vendredi l'idée d'un maintien du président Al-Assad en échange de la possibilité pour l'opposition de nommer trois vice-présidents.

Pour l'opposition, Bachar Al-Assad doit quitter le pouvoir et ne peut pas faire partie du processus de transition. Le dirigeant syrien se dit pour sa part prêt à former un gouvernement de coalition avec l'opposition, mais considère que le sort du président Assad n'est pas négociable.

Staffan de Mistura a annoncé de son côté qu'il poursuivrait ses discussions avec toutes les parties impliquées dans les négociations de Genève. Il a précisé qu'il ferait le point vendredi.

« Nul ne peut nier que les combats actuels, notamment à Alep, deviennent particulièrement inquiétants, mais notre analyse est que la trêve tient toujours dans de nombreuses régions », a-t-il ajouté, admettant cependant que « l'accès humanitaire est également trop lent ».

Il s'est toutefois félicité d'avoir pu obtenir l'accord de l'opposition et du régime de Damas sur la nécessité de mettre en place une « transition politique », même s'il y existe un « grand fossé » sur son interprétation.

Dans sa résolution 2254, l'ONU prévoit la formation d'ici l'automne de cet organe de transition et la rédaction d'une nouvelle constitution, avant l'organisation d'élections présidentielle et législatives en 2017.

Poursuite des hostilités

Sur le terrain, les combats et les bombardements se sont intensifiés.

Affirmant répondre aux « violations » du régime, dix groupes rebelles principalement islamistes, dont les influents Ahrar al-Cham et le groupe d'inspiration salafiste Jaich al-Islam, ont annoncé dans un communiqué la création d'un « centre d'opérations conjoint ». Ils ont en outre menacé le régime d'une « réponse forte qui [lui] servira de leçon ».

Ils ont lancé une offensive notamment dans la province de Lattaquié, fief du président syrien Bachar Al-Assad. Les combats se concentraient autour du village de Kinsabba.

Les forces rebelles ont aussi repris certaines positions dans la province de Hama, tuant quatre personnes, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 

Les affrontements continuent également de faire rage sur plusieurs fronts dans la province d'Alep, morcelée entre armée, rebelles, jihadistes et Kurdes.

De son côté, l'armée a lancé d'importantes frappes aériennes dans la province de Homs, dans le centre du pays.

Les deux camps s'accusent mutuellement d'avoir de nouveau enfreint l'accord de « cessation des hostilités » officiellement en vigueur depuis le 27 février, qui ne s'applique ni à l'organisation du groupe armé État islamique (EI) ni au Front al-Nosra, affilié à Al-Qaïda.

La veille, 22 civils sont morts dans des bombardements. Il s'agit d'un des bilans les plus lourds depuis l'entrée en vigueur de la trêve.

Preuve que la situation devient alarmante, les présidents américain et russe ont discuté de la situation, selon un communiqué émis par le Kremlin. Lors d'une conversation téléphonique, Barack Obama et Vladimir Poutine se sont mis d'accord pour renforcer le cessez-le-feu en Syrie et l'aide humanitaire.

En cinq ans, la guerre en Syrie a fait plus de 270 000 morts et déplacé plus de la moitié de la population.

Damas accuse Ryad, Ankara et Doha de faire échouer les pourparlers

Le régime syrien a accusé l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar « de faire échouer la prise de décision inter-syrienne ». « Ils ne veulent pas d'un dialogue entre Syriens, ils veulent faire échouer les négociations de Genève », a affirmé le chef de la délégation du régime à Genève, Bachar al-Jaafari, au cours d'une entrevue accordée à une télévision basée à Beyrouth.

« Les parrains saoudien, turc et qatari ne veulent pas arrêter le bain de sang en Syrie et ne veulent pas d'une solution politique en Syrie », a ajouté M. Jaafari, qui est aussi le représentant de la Syrie à l'ONU. Selon lui, l'opposition et les pays qui la soutiennent sont « énervés en raison du progrès réalisé par l'armée syrienne sur le terrain ».

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