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L’ouragan Irma : « La peur de ma vie »

« La peur de ma vie. » C'est comme ça que Gene et Judy décrivent leur expérience, après que leur ville de Naples a été frappée de plein fouet par Irma. Notre envoyé spécial a parcouru la côte ouest de la Floride pour constater les dégâts, et les émotions laissées dans le sillage de l'ouragan.

Un texte de Christian Noël, envoyé spécial en Floride

Des branches de palmiers et des arbres en entier jonchent le sol de Naples, une des villes les plus touchées par l’ouragan Irma. Des panneaux de signalisation tordus. Une marquise de station-service affaissée. Les rues sont presque désertes. Les stations-service sont fermées, les magasins aussi.

Des débris de construction partout : des bouts de métal, de revêtement, des briques. Même des piles de noix de coco. Des objets qui se sont transformés en projectiles dangereux au cœur de l’ouragan, et qui se trouvent maintenant par terre, inoffensifs.

Sur la côte ouest de la Floride, il n’y a pas d’électricité. Pas d’eau potable. Pas âme qui vive ou presque. On dirait des villes fantômes.

« Pris au piège »

Judy et Gene sont assis sur une table à pique-nique, près de la plage de sable blanc de Naples. Les vagues font de gros moutons blancs, mais n’ont pas l’air dangereuses comme au plus fort de l’ouragan.

« Tu tremblais dans tes souliers, n’est-ce pas? », lance Judy à Gene sur un ton blagueur. Gene sourit, mais ne répond pas.

Ils craignaient que leur maison près de la plage soit inondée par une marée de tempête, alors ils se sont réfugiés chez un ami, plus loin de la rive. Quand Irma a frappé, Judy a crié : « Oh, mon Dieu! » « J’ai vu un bout de toiture partir, puis un autre. »

« C’étaient juste des bardeaux d’asphalte et quelques planches de bois », renchérit son mari. N’empêche, l’eau commençait à s’infiltrer dans la maison. Tout le monde était trempé. Mais ils ne pouvaient pas quitter la maison, parce qu’à l’extérieur les vents atteignaient 250 km/h.

« Nous étions pris au piège. Nous avons eu la peur de notre vie », lance Judy.

Finalement, la tempête est passée. Quand ils ont regagné leur maison, une bonne surprise les attendait : la marée de tempête ne s’était pas matérialisée. Eux étaient trempés jusqu’aux os, mais leur maison était au sec.

Comme dans un film d’horreur

Le gérant de l’hôtel Diamond Head, à Fort Myers Beach, a eu la frousse. L’hôtel est situé sur une petite île (une « key » comme on les appelle ici) juste au nord de Naples. Une vue imprenable sur la plage. Mais aussi un corridor direct dans la trajectoire d’Irma.

« Le vent rugissait. Et en même temps, il sifflait d’une note aiguë, raconte Derek. Les fenêtres sont résistantes aux ouragans, mais elles vibraient sous la force des bourrasques. »

Quand il raconte son histoire, ses yeux perdent de leur éclat. Il regarde au loin, comme s’il était seul dans la pièce.

« Les lumières se sont mises à clignoter, comme quand quelque chose de mauvais est sur le point d’arriver dans les films d’horreur. » Puis tout est devenu noir. Ce qui semblait amplifier le bruit du vent.

Somme toute, Derek a l’impression de l’avoir échappé belle. « Nous avons beaucoup de débris à ramasser, des arbres sont tombés sur une remise. Mais il n’y a pas eu de marée de tempête. » L’eau a monté jusqu’à la porte du bar près de la plage, puis s’est retirée.

Maintenant, c’est l’opération nettoyage. Les dégâts? « C’est trop tôt pour le savoir », dit-il, probablement quelques dizaines de milliers de dollars. Moins que ce à quoi il s’attendait.

« Besoin d’essence »

Stewart Hosterof est un grand gaillard. Une casquette de la NRA sur la tête et un pistolet à la ceinture. Il était venu faire le plein à Fort Myers. Mais la station-service n’a pas d’essence. Et pas d’enseigne! Elle a été balayée et jetée par terre par la force d’Irma.

« Nous avons besoin d’essence rapidement, lance Stewart. Pour nos voitures, mais aussi pour nos génératrices. » Plus de cinq millions de personnes étaient sans électricité au plus fort de la crise.

« Il faut que le gouverneur envoie du ravitaillement vers le sud. Les magasins sont vides, il faut les remplir, si l'on veut avoir un semblant de retour à la normale. » Il semble convaincu que ça se fera dans les prochains jours.

Opération nettoyage

Leslie et ses deux fils prennent une pause de nettoyage à Naples. « Ne vous approchez pas de moi, lance-t-elle, je ne sens pas très bon. J’ai travaillé toute la journée et nous n’avons plus l’eau courante ni l’air conditionné. » Dans la chaleur du sud de la Floride, la seule façon de se rafraîchir maintenant, c’est de sortir prendre l’air salin.

« J’ai vécu d’autres ouragans, dit Leslie, mais je n’ai jamais eu peur comme ça. » Comme Irma a bifurqué à la dernière minute vers l’ouest, les résidents de Naples comme Leslie ont été pris par surprise.

« On s’attendait à un ouragan de catégorie 4 avec des marées de tempêtes catastrophiques. Dieu merci, Irma s’est affaibli avant de nous toucher. Notre maison n’a même pas été inondée. »

Maintenant, elle s’attend à cinq jours de camping forcé, sans eau potable ni électricité, avant que les services soient rebranchés. Leslie garde le sourire. Comment fait-elle? « Je suis enseignante », dit-elle à brûle-pourpoint.

Judy et Gene, eux, continuent de regarder la mer qui roule sur la plage de Naples. Un rythme calmant, après les émotions et le stress des derniers jours. Ils reprennent leur force, et reprennent courage.

Il faut maintenant réparer, et reconstruire. Un arbre est tombé sur leur maison.

« Je vais avoir besoin d’une scie », conclut Gene. « Et d’un autre verre de whisky », ajoute son amie Kathy.

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