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L'ouragan Matthew approche d'Haïti, de la Jamaïque et de Cuba

L'ouragan Matthew s'apprête à frapper la Jamaïque et Haïti tôt mardi matin, mais déjà, les pluies diluviennes ont fait de premières victimes, provoqué des inondations et forcé l'évacuation de nombreux résidents.

La mer houleuse a fait chavirer des bateaux de pêcheurs et entraîné la mort de deux d'entre eux en Haïti. Une troisième personne a été portée disparue lundi, après le naufrage d'une pirogue.

Une personne malade a aussi perdu la vie chez elle, lundi soir à Port-Salut, à cause des inondations, rapporte la direction de la protection civile haïtienne

« On a déjà enregistré des inondations côtières dans 11 communes réparties dans les départements de la Grand Anse, des Nippes et du Sud », a indiqué dans la nuit de lundi à mardi Egdar Célestin, le porte-parole de la protection civile haïtienne.

« Nous n'avons pas encore le bilan concernant les logements détruits, car les vents soufflent maintenant très fort et nos équipes ne peuvent pas sortir pour faire ces évaluations », a-t-il ajouté.

Selon le Centre américain des ouragans (NHC), Matthew, de catégorie 4 sur l'échelle Saffir-Simpson qui en compte 5, génère des vents de 220 km/h. L'ouragan, qui avance à une vitesse de 13 km/h, doit passer à l'est de la Jamaïque et frôler la pointe sud-ouest d'Haïti mardi matin. Il frappera ensuite l'est de Cuba avant de poursuivre sa route vers les Bahamas et l'est de la Floride, mercredi.

La Floride et la Caroline du Nord ont déjà déclaré l'état d'urgence.

Un avertissement d'ouragan, qui est qualifié de « dangereux » par le NHC, est en vigueur en Jamaïque, aux Bahamas, à Cuba et en Haïti, où l'alerte est passée d'orange à rouge dans les dernières heures.

En Haïti, quelque 1300 abris ont été aménagés pour accueillir jusqu'à 340 000 personnes.

Selon la défense civile, quelque 316 000 habitants de l'est de Cuba avaient été évacués lundi soir. De ce nombre, 296 000 personnes ont été relogées chez des amis ou de la famille et 20 000 autres ont été transférés vers des abris.

Frédéric Hislain, le maire du plus grand bidonville d'Haïti, dans Port-au-Prince, affirme que les maisons des 150 000 habitants de Cité-Soleil risquent d'être détruites et que les résidents doivent être évacués.

Dans le sud du pays, au moins 1200 personnes ont été évacuées vers des églises ou des écoles, et plus de 400 personnes ont trouvé refuge dans des abris dans le département de Grand'Anse, dans le nord-ouest.

La tempête pourrait déverser jusqu'à un mètre d'eau dans certains secteurs isolés et provoquer des coulées de boue et des inondations. Le niveau de la mer pourrait monter de deux à trois mètres dans le sud du pays.

À Port-au-Prince, les écoles sont fermées. Les résidents se sont préparés au pire toute la fin de semaine et se sont rués vers les stations d'essence et les supermarchés pour faire des provisions.

Les efforts se poursuivent pour convaincre les habitants, parfois réticents, de quitter leur demeure.

La Croix-Rouge haïtienne a déployé 3000 personnes sur le terrain, notamment près de la mer ou dans les zones montagneuses, pour sensibiliser les populations vulnérables aux dangers que représente l'ouragan.

« Ce n'est pas facile, car la population résiste et il faut arriver à les persuader de la nécessité de se déplacer vers les abris provisoires », affirme la directrice générale de l'ONG, la docteure Marie Marcelle Cauvin.

Le président intérimaire d'Haïti, Jocelerme Privert, a appelé la population à la vigilance dimanche.

Pour rejoindre le plus grand nombre de personnes possible, le Conseil national des télécommunications a diffusé un texto en créole afin d'inviter la population dans les zones à risque à trouver refuge chez des amis ou de la famille. Un article en créole a aussi été publié sur le site d'un quotidien francophone haïtien pour rappeler les principales consignes de sécurité à l'approche de l'ouragan Matthew.

La Croix-Rouge canadienne affirme qu'elle n'a toujours pas reçu de demande officielle pour appuyer l'équipe haïtienne, mais se tient prête à intervenir.

La porte-parole de l'organisme en Haïti, Brigitte Gaillis, soutient que des provisions alimentaires, des couvertures et du matériel pour effectuer le traitement des eaux en cas de besoin ont été envoyés principalement dans le sud et le nord-ouest du pays. Un hôpital mobile pourrait également être déployé rapidement par avion advenant une catastrophe.

L'agence américaine pour le développement international a pour sa part annoncé une aide financière de 400 000 $ pour Haïti et la Jamaïque. Elle a indiqué qu'elle s'apprêtait à envoyer des provisions et du matériel d'aide dans ces pays.

Les Canadiens qui sont en Haïti sont invités à s'inscrire sur le site du gouvernement canadien pour qu'il soit plus facile de les rejoindre rapidement si l'ouragan fait d'importants dégâts. Près de 2000 Canadiens sont inscrits actuellement, mais le responsable des affaires publiques pour l'ambassade du Canada en Haïti estime qu'il y aurait 4000 Canadiens dans le pays.

Dans l'est de la Jamaïque, de nombreuses rues sont inondées. Plus de 700 personnes ont été déplacées dans des abris d'urgence, tandis que le refuge de l'Armée du Salut de la capitale, Kingston, a accueilli près de 400 personnes, soit le double de sa capacité. Les écoles, dont plusieurs servent d'abris d'urgence, sont restées fermées lundi.

Les autorités jamaïcaines se préparent à recevoir une tempête équivalente à Gilbert (catégorie 5) qui avait fait 40 morts et d'énormes dégâts le 12 septembre 1988.

Le premier ministre Andrew Holness est toutefois confiant que les dommages seront moins importants puisque le pays est mieux préparé et que le niveau d'alerte au pays a été rétrogradé en « vigilance tempête tropicale. »

À Cuba, les autorités militaires américaines ont évacué les travailleurs non essentiels et leurs familles de la base militaire de Guantanamo. Les 61 prisonniers restants dans la controversée prison ont été mis à l'abri dans des installations prévues pour ce genre de catastrophe.

Matthew est l'ouragan le plus puissant à se former dans l'Atlantique depuis Félix, en 2007.

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