New York est devenue un chef de file dans la lutte contre les changements climatiques. La « ville qui ne dort jamais » s'adapte aux caprices d'un climat bouleversé et inspire ceux qui veulent consommer moins d'énergie. Visite de trois lieux.

Un photoreportage de Yanik Dumont Baron à Désautels le dimanche

1. EMPIRE STATE BUILDING

Il faut se rendre à l'Empire State Building pour bien comprendre l'ampleur du défi climatique qui attend New York. De cet immeuble, on voit des lumières à perte de vue, de tous les côtés. Que d'énergie consommée! Que de gaz à effet de serre (GES) créés!

Cela dit, l'édifice emblématique de la métropole donne l'exemple. Un exemple discret, caché à l'intérieur de ses murs.

Avec de grands travaux, l'Empire State Building a réduit de 38 % sa consommation d'énergie, et, par le fait même, ses émissions de GES.

On a installé des ascenseurs moins énergivores, des fenêtres plus étanches, des radiateurs plus efficaces. Les systèmes de chauffage, de climatisation et d'éclairage ont aussi été modernisés. Leur performance est ajustée à distance, aux besoins de chaque pièce.

Les dizaines de milliers d'édifices de New York représentent la plus grande source d'émissions de GES de la métropole. Chauffer et climatiser ces logements, ces bureaux et ces restaurants pollue au moins deux fois plus que l'ensemble des véhicules qui encombrent les rues de la ville.

La Ville offre des incitatifs financiers pour certains travaux. Mais la solution a ses limites, explique le directeur de l'Urban Green Council, Russell Unger.

New York a donc choisi de modifier son code du bâtiment. Il y a des changements obligatoires, mais surtout des modifications à faire au moment où le propriétaire entreprendra ses prochaines rénovations. Vous changez vos fenêtres dans trois ans? Il faudra choisir parmi les modèles les plus performants.

C'est pragmatique, mais ce n'est pas assez, au goût du citoyen Dan Winters. Il aimerait que tout le monde fasse comme lui. Il rénove un vieil édifice de cinq logements en s'inspirant des principes de la « maison passive ». Le but : réduire de 90 % la consommation d'énergie de son bâtiment, en l'isolant avec les meilleures techniques existantes.

Dan Winters estime que cela ajoutera seulement 5 % au coût total de ses travaux. Les techniques existent, mais peu d'entrepreneurs en profitent.

L'organisme qui gère les logements abordables de la métropole s'est vite laissé convaincre. Les moins fortunés sont souvent les plus touchés par les perturbations climatiques, explique Bomee Jung, de l'organisme NYCHA.

« Ils sont aussi ceux qui auront besoin de plus de temps pour se remettre sur pied. » L'organisme prévoit investir 17 milliards pour rénover 178 000 appartements. C'est presque le dixième des logements de la métropole.

2. STATEN ISLAND

Staten Island est un des endroits de la région qui a été le plus frappé par l'ouragan Sandy il y a trois ans. Cette région a eu un avant-goût bien concret de ce que réserve un climat changeant : un niveau des eaux en hausse constante et des tempêtes plus violentes et plus fréquentes.

Aiman Youssef est une des victimes de l'ouragan. Il habite à plus de 600 mètres de l'océan. Mais c'est à la nage qu'il s'est sauvé des eaux montantes, poussées par Sandy. Il s'est réfugié au deuxième étage de la maison voisine.

Il veut rebâtir et rêve d'une maison sur pilotis comme on commence à en voir à Staten Island. Dans son quartier, on trouve aussi des maisons abandonnées. Des gens qui n'ont pas l'argent pour rebâtir. D'autres qui ont choisi de partir. « Certains ne veulent pas revivre l'enfer qu'ils ont vécu [avec Sandy]. Bien sûr. C'est humain. »

Un peu plus loin, c'est un quartier au complet qui a choisi de partir. Plus de 300 familles d'Oakwood Beach ont accepté l'argent de l'État de New York. Une expropriation au nom de l'urgence climatique. Quelques dizaines de maisons ont déjà été démolies. Le quartier, si près de l'océan, redeviendra le milieu humide qu'il était. Une zone inondable.

C'est un premier pas difficile pour s'adapter à la réalité d'un climat changeant : il y a des zones où il ne faut plus habiter.

Des zones semblables, facilement inondables, il y en a partout dans la métropole. « Deux de nos trois aéroports - LaGuardia et JFK - sont situés près de l'eau, dans une zone inondable. Ils sont vraiment à risque. Nos centrales énergétiques sont situées près des côtes. Les hôpitaux aussi. La liste est longue », explique Daniel Bader, chercheur au Earth Institute de l'Université Columbia.

3. BATTERY PARK

C'est de Battery Park, dans le sud de l'île de Manhattan, que les bateaux partent vers la statue de la Liberté. On compte transformer la vaste place; l'adapter pour qu'elle puisse être inondée sans grandes pertes matérielles. Un peu plus loin, on compte installer des murs rétractables. C'est une autre leçon de Sandy : il faut protéger les édifices et les infrastructures qui forment le cœur financier de New York.

Les gestionnaires du métro testent aussi des barrières étanches gonflables, pour éviter que les tunnels ne soient inondés et que le système ne soit paralysé par une tempête. Des transformations qui seront visibles plus tard. Il faut d'abord planifier et trouver les centaines de millions de dollars pour financer les travaux.

Corinthin Bouteaud et Maxime Anoto

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