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La Californie brûlera-t-elle de plus en plus?

Si les feux de forêt sont attendus de pied ferme par les Californiens chaque année, les gigantesques brasiers des dernières années font craindre le pire. L'État devra-t-il combattre davantage d'incendies?

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Le gouverneur de l’État, Jerry Brown, a récemment déclaré que les Californiens devraient s'accoutumer à davantage de feux de forêt à cause des effets du changement climatique.

« C'est la nouvelle norme », a-t-il lancé. « Cela pourrait arriver chaque année ou toutes les quelques années. Cela arrive déjà dans une certaine mesure. [...] Mais c'est la façon dont le monde se dirige avec le niveau de pollution au carbone avec lequel nous vivons et que nous produisons. »

En fait, en analysant les statistiques, le nombre de feux dans les forêts est en déclin depuis les années 1980. La raison? Il y a une meilleure gestion des feux en forêt.

Contrairement à la perception populaire, les feux en Californie ne sont pas plus nombreux et il y a de moins en moins de feux dans les zones boisées, explique Chad Hanson, écologiste et directeur du Projet John Muir de l'Institut Earth Island, un groupe écologiste à but non lucratif.

Par contre, le nombre de feux de grande ampleur (plus de 1000 acres) est en hausse, explique Anthony Leroy Westerling, qui étudie le climat et les feux de forêt à l’Université de la Californie à Merced. « La quantité de feux majeurs augmente. Ils ont augmenté de façon spectaculaire dans la région », dit-il.

Par exemple, de 1980 à 1989, environ 150 feux de 1000 acres ont été recensés au total, comparativement à près de 70 feux majeurs pour la seule année 2008.

D'ailleurs, le feu Thomas, à Ventura, a déjà brûlé plus de 252 000 acres et il est en voie de devenir le feu avec la plus grande superficie brûlée.

Les phénomènes météorologiques extrêmes, causés par les changements climatiques, et la multiplication des développements immobiliers de plus en plus près des zones à risque expliquent pourquoi on voit autant d’images « apocalyptiques » d'incendies de forêt dans les médias.

Feux meurtriers

Le feu Thomas qui continue de brûler en ce moment est désormais l’un des cinq feux de forêt qui ont embrasé les plus grandes superficies. Cette année, 22 personnes sont mortes dans des feux de forêt, mais plusieurs autres incendies ont eu des conséquences meurtrières.L'incendie Tunnel de 1991 a fait à lui seul 25 morts et détruit 2900 structures à Oakland Hills. Au plus fort de cet incendie, une maison brûlait toutes les 11 secondes.Un feu dans le parc Griffith, en 1933, demeure celui qui a tué le plus de personnes : 29 pompiers ont péri. Le feu était relativement circonscrit (47 acres), mais les personnes qui ont été appelées à combattre l'incendie étaient inexpérimentées.

L’incendie Rattlesnake qui a tué 15 pompiers en 1953 a pour sa part poussé l’État à améliorer ses normes de sécurité incendie.

L’impact des changements climatiques

Les feux de forêt sont après tout un phénomène courant en Californie. Ce qui est nouveau : un climat plus propice aux incendies avec des vagues de chaleur et de sécheresse plus fréquentes, moins de précipitations et des vents Diablo et Santa Ana plus intenses.

« Des températures plus élevées et les sécheresses sont susceptibles d'augmenter la gravité, la fréquence et l'étendue des incendies de forêt », indique M. Westerling.

Déjà, les températures moyennes annuelles en Californie ont augmenté d'environ 0,8 degré Celsius depuis 1895.

Les précipitations en Californie ont diminué au cours des deux dernières décennies et, entre 2012 et 2016, la Californie a connu l'une des sécheresses les plus graves jamais enregistrées.

« Lorsque le gouverneur parle de nouvelle norme, cela donne l’impression que le climat est déjà changé, mais c'est un changement continu. Les effets des changements climatiques continuent de s'accélérer. Il n'y a pas de nouvelle norme, juste du changement », explique M. Westerling.

La Californie risque de basculer d’années très humides à des années de sécheresse en raison des changements climatiques. « Il y a de plus en plus d’événements extrêmes », souligne M. Westerling.

Ceci crée des conditions parfaites pour des incendies majeurs.

Par exemple, l’hiver dernier, la Californie a connu un hiver très humide après cinq années de sécheresse. Les végétaux ont proliféré, puis une nouvelle sécheresse a frappé en été. Cette couverture végétale s’est asséchée et transformée en combustible. Il suffit alors d’une étincelle pour provoquer un embrasement.

La saison des feux se termine généralement en octobre, lorsque les pluies d’hiver commencent, mais la saison est de plus en plus longue. Selon M. Westerling, elle dure maintenant 84 jours de plus que dans les années 1970.

Les régions au nord, où les brasiers sont généralement plus petits et plus faciles à contrôler, risquent de voir plus de feux, en raison des changements climatiques.

Cependant, M. Hanson émet une réserve quant à ces prédictions; les effets des changements climatiques sont complexes et variables. « Nous ne savons pas encore s’il y aura plus ou moins de feux. Par exemple, la température peut augmenter, mais il pourrait y avoir plus de précipitations, diminuant les risques d’incendie. »

M. Westerling ajoute que les changements climatiques pourraient dans un avenir éloigné contribuer à réduire le nombre de feux en Californie. En raison d’un climat plus aride et chaud, la végétation sera plus éparse, réduisant ainsi la quantité de combustible à brûler.

« Donc, il y a une chance que nous ayons moins de feux. Mais c'est difficile de prévoir quand cela arrivera », précise M. Westerling.

Un paysage en transformation

Une chose est certaine : le paysage de la Californie se transforme en raison des changements climatiques et des effets des feux.

Certains végétaux s’adaptent à la chaleur et aux feux, tandis que certaines espèces, incapables de s’adapter à la métamorphose du climat californien, pourraient disparaître. « Nous voyons déjà des changements écologiques dans des endroits qui ont brûlé à plusieurs reprises au cours des dernières décennies », indique M. Westerling.

D’ailleurs, selon l’agence de protection environnementale des États-Unis (EPA), les épisodes de sécheresse, combinés à une augmentation des superficies brûlées, pourraient accroître la superficie des déserts de Sonoran, du Mojave et du Great Basin.

Ces feux ne devraient pas être considérés comme étant destructifs, mais comme une partie de l’écologie naturelle, selon M. Hanson.

La faute aux humains

S’il y a plus de feux qu’au siècle dernier, c’est à cause des humains, affirment les deux experts. La cause : les zones densément peuplées se sont multipliées au cours des dernières décennies près des zones à risque. Selon un rapport de M. Westerling, dans le comté de San Diego, les trois quarts des maisons ont été construites dans des zones particulièrement à risque.

En 2003, l’incendie Cedar près de San Diego est passé de 2 à 125 kilomètres carrés en quatre heures. Il s’agit du feu le plus destructeur de l’État : 15 personnes ont été tuées et près de 3000 bâtiments ont brûlé.

Par ailleurs, M. Westerling tient à rappeler qu’« avec cette population dense, il y a beaucoup plus de risques d’incendie liés à l'homme ». Environ 90 % des feux sont allumés – accidentellement ou criminellement – par des humains.

« Lorsque ces allumages coïncident avec des conditions sèches et chaudes, les impacts sur les communautés peuvent être importants », écrit M. Hanson.

MM. Hanson et Westerling prônent de meilleures normes de sécurité incendie et du code du bâtiment. Pourtant, l’État a de « bonnes cartes qui indiquent les risques d'incendie, mais ce sont des endroits où il est agréable de vivre », mentionne M. Westerling.

« Laissez-les brûler »

En 1995, la lutte contre les feux représentait 16 % du budget annuel du service des forêts. Cette année, plus de 50 % du budget y sera consacré et cette proportion pourrait passer à 67 % d’ici 2025. Le coût annuel de cette gestion pourrait atteindre près de 1,8 milliard de dollars d'ici 2025 (1,2 milliard de dollars en 2016).

« Plus les feux sont importants, plus ils sont coûteux à éteindre. Ensuite, il n'y a pas d'argent pour la gestion et la prévention », explique M. Westerling.

Selon M. Hanson, les autorités devraient laisser brûler plus d’incendies dans les forêts. Ainsi la biodiversité des forêts serait mieux protégée et plus de ressources pourraient être redirigées à la protection des millions de Californiens vivant dans des zones à risque.

« On fait croire aux gens que les autorités les sauveront, qu’elles arrêteront le feu avant qu’il arrive aux limites de la ville. C'est un mythe dangereux. Dans cet État chaud et sec, les feux brûleront, peu importe combien de personnes les combattent. Nous ne pouvons pas arrêter ces feux, mais nous pouvons protéger nos communautés. »

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