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La campagne #MoiAussi divise les femmes en France

Dans une lettre ouverte parue mardi dans Le Monde, un groupe de 100 femmes, dont l'actrice Catherine Deneuve, dénonce ce qu'elles considèrent comme des dérives des mouvements de type #BalanceTonPorc et #MoiAussi sur les réseaux sociaux qui se sont transformés, selon elles, en « campagnes de délations ».

Se positionnant à contre-courant du mouvement de dénonciations publiques des inconduites sexuelles et des gestes déplacés de certains hommes envers les femmes, le collectif, qui regroupe une centaine de comédiennes, écrivaines, chercheuses ou journalistes, affirme rejeter le « puritanisme » apparu dans la foulée des accusations de harcèlement et d'agression sexuelle portées par une quarantaine de femmes contre le puissant producteur américain Harvey Weinstein.

« Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit ni la galanterie une agression machiste », écrivent les signataires de la lettre parmis lesquelles on retrouve, outre Catherine Deneuve, l’auteure Catherine Millet, l’éditrice Joëlle Losfeld, l’actrice Ingrid Caven et la journaliste la journaliste Élisabeth Lévy.

« Vague purificatoire »

Évoquant une « vague purificatoire » qui a déferlée sur l’opinion publique, les auteures de la lettre dénoncent les « campagnes de délations » et la « justice expéditive » qui ont découlé du mouvement de dénonciation apparu dans le monde à la suite des révélations, dans plusieurs pays, de femmes connues qui ont déclaré avoir été victime d’abus et d’agressions sexuelles de la part de personnages publics, généralement en position de pouvoir.

Selon le collectif de femmes, les mouvements de dénonciation sur les réseaux sociaux de type #MoiAussi ou #balancetonporc, en France, où des milliers de femmes ont dénoncé des agressions sexuelles présumées, mais également des comportements qu’elles jugent déplacés de la part d’hommes de leur entourage, ont engendré des dérives inquiétantes.

Dans leur texte intitulé « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », les auteurs déplorent que des hommes soient « sanctionnés dans l'exercice de leur métier, contraints à la démission, alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses intimes lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque ».

Selon ces femmes, la prise de conscience collective contre la violence sexuelle est légitime, mais, écrivent-elles « cette libération de la parole se retourne aujourd'hui en son contraire: on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! » 

Pas de liberté sexuelle sans « liberté d'importuner »

Cet empressement à « envoyer les porcs à l’abattoir » ne sert pas la cause des femmes, selon les signataires de la lettre, car « loin d’aider les femmes à s’autonomiser [il] sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment […] que les femmes sont des êtres à part, des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées », déplorent-elles.

Selon elle, sans « liberté d'importuner », il ne peut y avoir de liberté sexuelle.

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