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La cellule catalane préparait un attentat de grande envergure

Blessé dans l'explosion accidentelle de la maison d'Alcanar qui servait vraisemblablement de laboratoire à la cellule terroriste de Catalogne, Mohamed Houli Chemlal a admis devant le juge Fernando Andreu que son groupe préparait un attentat d'une plus grande envergure avant que la déflagration les force à modifier leurs plans.

L’un des quatre membres de la cellule terroriste à avoir survécu aux attentats de Barcelone et de Cambrils, Houli Chemlal a corroboré, lors de sa comparution, ses déclarations effectuées au cours des interrogatoires policiers après son arrestation. Ces derniers le considèrent comme un témoin clé dans leur enquête puisqu’il est le seul que les enquêteurs peuvent établir avec certitude qu’il a séjourné à la résidence à pouvoir témoigner de ce que les suspects y faisaient avant l’explosion.

« Sur les quatre personnes que nous avons en garde à vue, évidemment toutes sont interrogées et certains ont apporté des informations intéressantes », avait déclaré le chef de la police de Catalogne, le major Josep Lluis Trapero, dimanche. Il laissait ainsi entendre que certains détenus avaient livré des informations à la police.

Les quatre présumés membres de la cellule terroriste à l'origine des attentats de Barcelone et de Cambrils qui ont survécu aux événements comparaissent à huis clos devant le juge Andreu, à Madrid, pendant que les enquêteurs poursuivent leur enquête.

Outre Mohamed Houli Chemlal, Driss Oukabir, Mohammed Aalla et Salah El-Karib doivent comparaître devant le juge. Ils sont les quatre seuls survivants de la cellule qui comptait 12 djihadistes à l’origine. Les huit autres ont été abattus par les forces de l’ordre ou sont morts (2) dans l’explosion d’une maison où ils préparaient un attentat plus sophistiqué.

Les fourgons cellulaires de la Garde civile transportant les quatre accusés sont arrivés peu après 8 h au tribunal pour comparaître devant le juge Andreu de l’Audience nationale. Ce dernier, après les avoir interrogés, doit déterminer quelles accusations il retiendra contre chacun d’entre eux. Les quatre individus devraient être inculpés de terrorisme, de meurtre et de détention d'armes avant d’être placés en détention provisoire.

Driss Oukabir, qui s’est volontairement livré à la police après les attentats, clame son innocence. Il soutient, pour expliquer la présence de son passeport dans la camionnette utilisée pour foncer sur la foule à Barcelone, que son frère Moussa, abattu à Cambrils avec quatre complices, lui avait volé son document de voyage.

Mohammed Aalla est le propriétaire de l’Audi utilisé à Cambrils pour foncer sur des passants. Un de ses frères, Saïd, a été tué à Cambrils pendant qu’un autre membre de cette fratrie, Youssef, est mort dans l’explosion accidentelle de la maison d’Alcanar.

Cette explosion aurait précipité le passage à l’acte de la cellule qui avait amassé quelque 120 bonbonnes de gaz et du TATP, une substance explosive, dans la maison soufflée par la déflagration. Les cadavres de deux membres de la cellule terroriste ont été retrouvés dans les décombres. Le corps de l’imam marocain Abdelbaki Es-Satty, qui est soupçonné d’avoir radicalisé les jeunes djihadistes, y a également été retrouvé.

L’imam Es-Satty avait fait de la prison pour trafic de drogue de 2010 à 2014. Il aurait également séjourné dans la commune de Machelen, près de Bruxelles, en Belgique, de janvier à mars 2016.

Quant au quatrième accusé, Salah El-Karib, il tenait un café Internet à Ripoll, une petite communauté de 11 000 habitants du nord de la Catalogne d'où provenaient plusieurs membres de la cellule. Son établissement a servi à envoyer de l'argent au Maroc, selon le quotidien espagnol La Vanguardia.

Le 12e membre de la cellule, le conducteur de la camionnette qui a foncé sur des passants à Barcelone, a été le dernier à être intercepté. Après avoir fui les lieux de l’attentat de Barcelone, il a réussi à échapper aux autorités pendant quatre jours. Il a finalement été abattu par les forces de l’ordre hier à Subirats à quelque 50 km à l’ouest de Barcelone.

L’Audi aperçue à Paris

Pendant que les quatre suspects survivants amorcent leurs procédures devant la justice espagnole, les enquêteurs poursuivent leur enquête, qui a pris une tournure internationale.

« Aujourd'hui, les 12 personnes dont nous avons évoqué les noms sont désormais soit entre les mains de la justice, soit mortes, du fait de leurs actes, a déclaré le chef de la police Trapero. Mais nous avons dit que nous ouvrions l'enquête à la sphère internationale et cela va continuer dans les semaines à venir. »

La cellule catalane à l’origine des attentats de Barcelone et de Cambrils était inconnue des services de renseignements français, selon le ministre de l’Intérieur de la France, Gérard Collomb. « Au départ, on ne connaissait pas cette cellule, qui était exclusivement espagnole », a-t-il déclaré sur les ondes de la chaîne de télévision BFM.

M. Collomb a précisé que les services de renseignement français ne connaissaient pas plus l’imam de Ripoll. Il a également confirmé que l’Audi qui a servi à l’attaque de Cambrils avait été aperçu en France. « Nous savions à ce moment-là qu'ils étaient venus effectivement en région parisienne et nous avons transmis ces informations. C'était une des Audi du groupe qui était venu travailler sans doute sur Paris. Mais c'était un aller-retour extrêmement rapide », a-t-il dit.

Les attentats de Barcelone et de Cambrils ont fait un total de 15 morts et plus de 130 blessés les 17 et 18 août derniers. L’attaque au véhicule-bélier perpétré à Barcelone a fait 13 morts et son auteur a tué le propriétaire d’une voiture afin de lui voler son véhicule et fuir les lieux de son crime. Une 15e personne, une femme, est morte dans l’attaque à la voiture-bélier de Cambrils.

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