Les exécutions ont diminué de 37 % dans le monde en 2016, selon Amnistie internationale. La Chine, où la peine de mort est appliquée le plus fréquemment, a exécuté plus de détenus que le reste de la planète l'an dernier.

Un texte de Jérôme Labbé

Amnistie, qui « s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort », a recensé 1032 exécutions dans le monde en 2016, contre 1634 l’année précédente. Ce bilan ne tient pas compte de la Chine, qui détient le triste record en la matière et dont les chiffres officiels sont loin de refléter la réalité, selon l'organisme.

L'Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak et le Pakistan sont les autres pays qui ont exécuté le plus grand nombre de condamnés en 2016.

Quant aux États-Unis, ils quittent les cinq premières places du classement pour la première fois depuis 2006.

Manque de transparence

Comme par le passé, il demeure difficile de se faire une idée précise de l'ampleur du recours à la peine de mort en Chine, en raison du manque de transparence de Pékin.

Une revue des médias a permis à Amnistie de répertorier 931 exécutions de condamnés en 2014 et 2016, ce qui, selon l’organisme, « ne représente qu’une fraction du nombre total d’exécutions » en Chine. D’après ses estimations, Pékin a procédé à des milliers d'exécutions en 2016, soit « davantage que tous les autres pays réunis ».

« Les autorités chinoises utilisent un système élaboré pour garder le secret sur l’ampleur des exécutions dans le pays, alors que la Chine ne cesse d’affirmer qu’elle a accompli des progrès quant à la transparence en matière judiciaire », peut-on lire dans le rapport.

Amnistie invite la Chine à faire place à davantage de transparence. « Parce que sans transparence, il n’y a pas de justice, fait valoir Nicholas Bequelin, directeur régional d'Aministie pour l'Asie de l'Est. Il y a des erreurs judiciaires et il n’y a pas de débats informés au sein du public chinois », déplore-t-il. « Les experts en droit demandent au gouvernement de publier ces chiffres, mais je pense qu’ils sont tellement embarrassants du fait de leur échelle que le gouvernement veut maintenir le secret. »

La Chine n'est pourtant pas la seule à garder le secret entourant la peine de mort : les données d'Amnistie sont également incomplètes pour l'Iran, la Corée du Nord, le Vietnam et le Soudan du Sud.

Les exécutions dans le monde en 2016, selon Amnistie

D’autres inquiétudes

Amnistie dénonce en outre la culture du silence dans deux pays du Sud-Est asiatique, soit le Vietnam et la Malaisie.

Publiées pour la première fois par des médias vietnamiens en février 2017, des informations indiquent que dans les dernières années, le pays se plaçait, sans qu’on le sache, au troisième rang des pays ayant procédé au plus grand nombre d’exécutions, soit 429 entre le 6 août 2013 et le 20 juin 2016.

De plus, des pressions exercées par le Parlement malaisien en 2016 ont permis de savoir que plus d’un millier de détenus attendaient dans le couloir de la mort, et que neuf condamnés avaient été exécutés en 2016, des chiffres « beaucoup plus élevés que ce que l’on pensait ».

Dans son rapport, l'organisme déplore également que plus de 3000 condamnations à mort aient été prononcées en 2016, soit plus que l’année précédente. Ce nombre a d’ailleurs bondi de 145 % en Afrique subsaharienne, principalement du fait d’une forte hausse au Nigeria.

Enfin, Amnistie regrette que « l’idée selon laquelle la criminalité justifie la peine de mort continue de s’implanter dans d’autres pays », comme les Philippines et la Turquie, qui veulent rétablir la peine capitale, et les Maldives, qui menacent de reprendre les exécutions après une trêve de plus de 60 ans.

En Europe, le Bélarus a aussi repris les exécutions, après 17 mois d’interruption.

Quelques bonnes nouvelles

Amnistie se réjouit néanmoins que le nombre d’exécutions ait diminué de 42 % en Iran (de 977 en 2015 à 567 en 2016) et de 73 % au Pakistan (de 326 à 87), ce qui a largement contribué à réduire le bilan mondial.

Le nombre d’exécutions a aussi atteint son niveau le plus bas depuis 1991 aux États-Unis, où 20 condamnés à mort ont été exécutés en 2016.

Amnistie relativise la situation cependant, soulignant que « la baisse du nombre d’exécutions est due en partie à des recours en justice portant sur les protocoles d’injection létale et à des difficultés pour se procurer les substances utilisées pour les exécutions dans plusieurs États ». L'Arkansas entend d'ailleurs procéder à huit exécutions du 17 au 27 avril, car les produits utilisés pour l’injection létale seront périmés à la fin du mois.

Deux pays, le Bénin et Nauru, ont par ailleurs aboli la peine de mort pour tous les crimes, et la Guinée l’a abolie pour les crimes de droit commun.

Enfin, dans les Caraïbes, Antigua-et-Barbuda et les Bahamas ont commué en 2016 les peines des derniers condamnés à mort qui croupissaient dans les couloirs de la mort de ces deux pays.

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