Retour

La Chine lance un premier satellite quantique dans l'espace

La Chine a procédé mardi au premier lancement mondial d'un satellite à communication quantique dans le désert de Gobi - une percée technologique pour Pékin, qui ambitionne d'édifier un système inviolable de communications cryptées.

Un texte de Jérôme Labbé pour L'heure du monde

D'énormes ressources financières ont été investies dans la fabrication de ce satellite. Le régime n'a pas dévoilé le montant qu'il a consacré spécifiquement au développement de cette technologie, mais le financement de la recherche fondamentale, qui inclut la physique quantique, est passé de 2 milliards de dollars en 2005 à plus de 100 milliards en 2015.

Avec le lancement de Mozi - c'est le nom du satellite, baptisé en l'honneur d'un philosophe chinois ayant vécu au 5e siècle avant J.-C. -, Pékin ambitionne de poser les bases d'un système de communication à grande échelle qui permettrait d'échanger des informations sécurisées sur de longues distances, vers 2030.

« Ces expériences serviront à tester notre capacité d'utiliser des photons sur de grandes distances et à répondre aux doutes formulés par Einstein il y a 100 ans sur la théorie quantique. Il s'agit donc d'une prouesse significative, à la fois sur le plan pratique et théorique », a expliqué le président de l'Académie chinoise des sciences, Bai Chunli.

Le satellite chinois tentera notamment d'envoyer des données cryptées entre Pékin et Urumqi, deux villes distantes de 2500 kilomètres - une opération extrêmement compliquée, puisque le record actuel avoisine les 300 kilomètres.

Pour réussir, le satellite devra être orienté de façon extrêmement précise vers des stations réceptrices situées sur Terre. « Ce sera comme lancer une pièce de monnaie d'un avion volant à 100 km d'altitude et espérer qu'elle vienne se ficher dans la fente d'une tirelire en rotation », a illustré le responsable en chef du projet, Wang Jianyu.

Une technologie complexe

Le satellite quantique utilise des photons - une particule fondamentale du champ électromagnétique - pour envoyer les clés de cryptage nécessaires au décodage de l'information. Les données contenues dans ces photons sont impossibles à intercepter; Pékin soutient même que toute tentative d'espionnage provoquerait leur autodestruction.

Professeur à l'École d'informatique de l'Université McGill, Claude Crépeau émet quelques réserves. « Parler d'autodestruction, c'est un peu excessif. Mais on le détecte nécessairement quand quelqu'un est intervenu, admet-il. À ce moment-là, on peut nettoyer la clé qu'on a essayé de s'échanger pour en garder seulement une partie qui est inconnue de l'adversaire. »

Selon M. Crépeau, le satellite Mozi ne pourra pas être utilisé à des fins guerrières.

« En tant que tel, un satellite de communication quantique, ça ne sert à rien de plus qu'à communiquer, explique-t-il. Donc il n'y a pas de technologies là-dedans qui représentent une menace en soit. C'est seulement utile à transmettre de l'information et il n'y a pas d'applications immédiates qui pourraient être créées à partir de ça qui représentent un quelconque danger, si ce n'est l'information elle-même qui va être transmise. »

Les États-Unis et la Chine n'en sont pas moins engagés dans une véritable course au développement. Selon un rapport déposé le mois dernier devant le Congrès, le gouvernement fédéral américain investit lui aussi massivement dans la recherche quantique, à laquelle il consacre 200 millions de dollars par année.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine