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La chute de Mossoul marque-t-elle la fin de l’État islamique?

Maintenant que l'armée irakienne est parvenue à déloger les combattants du groupe armé État islamique (EI) de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, est-ce la fin du groupe djihadiste?

Un texte de Ximena Sampson

Si le groupe armé détient encore des territoires dans trois secteurs de l'ouest de l'Irak (à Hawija, Tal Afar et Al-Qaïm), cette victoire montre que l'EI n’en a plus pour longtemps, croit Miloud Chennoufi, professeur au Collège des Forces canadiennes à Toronto.

« On savait que Daech (EI) allait être vaincu tôt ou tard, même au moment où il était au faîte de sa puissance, parce qu’il n’avait ni les ressources, ni la politique, ni les techniques pour maintenir un territoire, le gouverner et bâtir un État », affirme le chercheur.

Cette victoire militaire ne signale pourtant pas la fin de l’idéologie qui lui a permis de voir le jour. Le succès de l’EI se base sur une insatisfaction profonde dans certaines couches de la population, causée par la politique sectaire mise en place par le gouvernement de Nouri Al-Maliki, premier ministre de 2006 à 2014, qui a marginalisé la communauté sunnite.

« Sous Al-Maliki, l’Irak a pris une tangente confessionnelle », précise Sami Aoun, professeur au Département de sciences politiques de l’Université de Sherbrooke, en entrevue à RDI. « Il a manqué à son devoir de rebâtir la cohésion nationale. »

À cela s’est ajoutée la polarisation régionale entre l’Iran chiite et les puissances sunnites, telles que l’Arabie saoudite.

Le théâtre syrien

L’autre élément majeur qui a permis la montée en puissance de l’EI est la guerre en Syrie, qui a créé un vide de pouvoir dans certaines régions, rappelle M. Chennoufi. « La guerre en Syrie a offert une profondeur stratégique aux groupes extrémistes qui existaient en Irak », affirme-t-il.

La prochaine grande bataille se déroule justement dans la ville syrienne de Raqqa, assiégée par les forces américaines et kurdes d’un côté, syriennes et russes de l’autre. Chaque camp essaie de remporter la mise pour être en position de force autour de la table des négociations.

Occupée par les djihadistes en 2014, Raqqa est le théâtre depuis novembre d'une offensive qui s'est accentuée au début du mois de juin. Quelque 160 000 personnes sont prises au piège, entre les combattants de l'EI et la coalition internationale.

Cette victoire aurait une énorme portée, croit Miloud Chennoufi, puisque Raqqa est vraiment la capitale du califat autoproclamé.

« Un cadavre qui bouge »

Même après avoir perdu ses assises territoriales, l’EI conservera une grande capacité de nuisance. Il faut donc s’attendre à voir une multiplication des attentats de toutes sortes, autant en Irak et en Syrie qu’en Occident, craint M. Chennoufi.

« Quand ces groupes sont sur le point d’être complètement défaits, c’est là qu’ils ont besoin de faire des barouds d’honneur, c’est-à-dire des attentats », croit M. Chennoufi.

Et l’avenir?

Pour que la victoire soit durable, il faudra lutter contre le terreau qui a favorisé l’émergence du groupe extrémiste.

« Il y a eu des déclarations de la part des Américains et des Russes sur la nécessité de l’inclusion et de la réconciliation, mais je pense qu’on n’est pas suffisamment conscients du fait que vaincre ce groupe ne signifie pas qu’on a vaincu les raisons qui l’ont fait naître », croit Miloud Chennoufi.

Selon les deux chercheurs, le gouvernement irakien doit mettre en place des politiques inclusives, qui rassureront les minorités. Cela permettra une certaine stabilisation du pays et coupera l’herbe sous le pied à des groupes comme l’EI, qui se nourrissent de cette insatisfaction.

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