Un ex-agent de la CIA soupçonné d'avoir aidé Pékin à démanteler des réseaux d'espionnage américains en territoire chinois a été arrêté, a annoncé mardi le département américain de la Justice. Sa traîtrise aurait causé la mort de nombreux agents.

Jerry Chun Shing Lee, 53 ans, s’est fait passer les menottes lundi soir à son arrivée à l'aéroport J.F. Kennedy, à New York, pour possession de documents ultrasecrets, notamment une liste d'agents, des comptes-rendus de rencontres et des adresses d'abris clandestins.

Il est accusé devant une cour fédérale du nord de la Virginie et passible de 10 ans de prison.

Son arrestation met fin à une frénétique enquête du FBI qui a commencé vers 2012, deux ans après que les informateurs de la CIA en Chine eurent été frappés par une vague d’exécutions.

Le New York Times rapportait l'an dernier que les services chinois ont exécuté « au moins une douzaine » d'agents de la CIA entre 2010 et 2012 et en avaient emprisonné une demi-douzaine d'autres, véritable catastrophe pour l’agence américaine.

Ce nombre important d’agents exécutés en Chine rivalise avec les pertes vécues par la CIA en Union soviétique et en Russie lors des trahisons d'Aldrich Ames et de Robert Hanssen, des agents de la CIA et du FBI qui ont fourni des renseignements à Moscou pendant des années.

Les enquêteurs de la police fédérale américaine devaient donc répondre à une question difficile : comment les noms de tant de sources de la CIA, parmi les secrets les plus précieux de l'agence, étaient-ils tombés entre les mains des Chinois?

L’histoire, qui a débuté en 2010, est décrite par de nombreux responsables américains comme l’une des pires violations du renseignement des dernières décennies.

La communauté du renseignement à Washington en a été secouée, et personne ne s’entendait sur la provenance de ces fuites.

Certains étaient convaincus qu'une taupe de la CIA avait trahi les États-Unis. D'autres croyaient que les Chinois avaient piraté le système secret de la CIA utilisé pour communiquer avec ses sources à l’étranger.

Des anciens responsables du renseignement ont également fait valoir que le réseau d'espionnage aurait pu être paralysé par une combinaison de ces deux facteurs, ainsi que par le manque d'habileté commerciale des agents de l'agence en Chine.

L'enquête de contre-espionnage sur la façon dont les Chinois ont réussi à traquer des agents américains a été une importante source de friction entre la CIA et le FBI.

Qui est Jerry Chun Shing Lee?

Jerry Chun Shing Lee est un citoyen naturalisé américain qui a servi dans l'armée de 1982 à 1986 avant de se joindre à la CIA en 1994, où il était chargé de recruter et de gérer des agents. À ce titre, il avait été posté dans plusieurs pays.

Il a quitté la CIA en 2007 pour ensuite élire domicile à Hong Kong, selon le New York Times, et travaillait pour une maison de ventes aux enchères réputée.

D'ex-employés de l’agence ont confié au New York Times que M. Lee avait également servi en Chine au cours de sa carrière.

Ceux qui le connaissaient ont dit qu'il avait quitté l'agence mécontent puisque sa carrière faisait du surplace.

En 2012, M. Lee et sa famille ont quitté Hong Kong pour s'installer en Virginie, dans la banlieue de Washington.

C'est au cours de ce voyage que le FBI a fouillé ses bagages lors de séjours à l'hôtel à Hawaï et en Virginie. Les enquêteurs ont alors trouvé deux petits livres avec des notes manuscrites contenant des informations classées top secret que M. Lee n'était pas censé détenir, car il aurait dû les restituer à son départ de la CIA.

Ces livres contenaient, selon les documents judiciaires, des détails sur les réunions entre la CIA et ses informateurs et agents d'infiltration, ainsi que leurs vrais noms et numéros de téléphone. Les procureurs ont déclaré que le matériel contenu dans les livres reflétait les mêmes informations contenues dans les câbles classifiés que M. Lee avait écrits pendant qu'il était à l'agence.

En 2013, M. Lee est retourné à Hong Kong après avoir été interrogé par le FBI.

La raison pour laquelle il a décidé de risquer d'être arrêté en revenant aux États-Unis, ce mois-ci, n'est pas claire.

M. Lee a comparu en cour fédérale à Brooklyn, mardi, et y est détenu en attendant son transfert en Virginie. Il n'aurait pas d'avocat, selon ce qu’a déclaré un fonctionnaire du département de la Justice.

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