Retour

La Colombie « protège » l'ex-procureure générale vénézuélienne Luisa Ortega

L'ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega bénéficie de la « protection » du gouvernement de la Colombie, où elle s'est réfugiée la semaine dernière, et Bogota lui accordera l'asile « si elle le demande », a confirmé lundi le président du pays, Juan Manuel Santos.

Mme Ortega et son mari, le parlementaire German Ferrer, sont arrivés en Colombie vendredi dans un vol privé en provenance de l’île caribéenne d’Aruba, située au nord du Venezuela. Ils étaient tous deux dans la ligne de mire du président vénézuélien Nicolas Maduro et de la nouvelle Assemblée constituante.

Partisane de la première heure de l’ex-président Hugo Chavez, Mme Ortega est devenue l’une des plus farouches opposantes de son successeur, Nicolas Maduro, le printemps dernier, après qu’elle l’eut accusé d’être à l’origine d’une « rupture de l’ordre constitutionnel ». Son mari est aussi entré en dissidence.

Mme Ortega a été démise de ses fonctions le 5 août dernier par la nouvelle Assemblée constituante, chargée de réécrire une nouvelle loi fondamentale pour le pays. Il s’agissait là d’une des premières décisions du nouveau corps législatif, composé exclusivement de partisans du président.

Jeudi dernier, la Cour suprême du Venezuela a ordonné l’arrestation de M. Ferrer, après que le nouveau procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, l’eut accusé d’être le chef d’orchestre d’un réseau d’extorsion actif au sein du ministère que gérait sa femme.

Dans un message publié vendredi sur son compte Twitter, Mme Ortega a d’ailleurs révélé que sa résidence avait été perquisitionnée mercredi dernier par des agents du service de renseignements, en raison d’une demande d’arrestation de son mari.

Tarek William Saab, avait annoncé le même jour qu’il demanderait à l’Assemblée constituante de priver M. Ferrer de son immunité parlementaire.

Ortega attaque, Maduro réplique

Dans un enregistrement audio diffusé vendredi à l’occasion d’une rencontre de procureurs latino-américains, Luisa Ortega a accusé le président Maduro d’être impliqué dans un scandale de corruption impliquant le constructeur brésilien Odebrecht. Elle a affirmé détenir des preuves.

Le président Maduro a répliqué dimanche, en déclarant à la chaîne de télévision Televén que Mme Ortega a bloqué des enquêtes sur des cas présumés de corruption, a prévenu des corrompus qu’ils étaient visés, pour qu’ils puissent quitter le pays, et qu’elle a détourné de l’argent dans un paradis fiscal.

La descente aux enfers de Mme Ortega a commencé en avril, après qu’elle eut vertement critiqué la décision de la Cour suprême du pays de s’arroger tous les pouvoirs du Parlement, seule institution politique contrôlée par l’opposition. Le tribunal a finalement fait volte-face 48 heures plus tard.

Cette affaire a cependant soulevé un tollé qui s’est traduit par de nombreuses manifestations de partisans de l’opposition, souvent réprimées dans le sang. Dans les semaines qui ont suivi, pas moins de 125 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre.

En juin, la Cour suprême avait interdit à Mme Ortega de quitter le pays et avait gelé ses comptes bancaires.

L’Assemblée constituante qui a été élue le mois dernier lors d’un scrutin boycotté par l’opposition - et dont la légitimité a été mise en cause par la firme chargée du vote électronique - a finalement privé le Parlement vénézuélien de tous ses pouvoirs vendredi dernier.

Plus d'articles

Commentaires