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La commission électorale du Venezuela rejette les accusations de Smartmatic

Le Conseil vénézuélien des élections a nié mercredi les allégations de la firme chargée d'encadrer le vote électronique de dimanche dernier, qui soutient que le vote a été manipulé « sans aucun doute possible ».

La présidente du Conseil, Tibisay Lucena, a indiqué que des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre la firme Smartmatic.

Mme Lucena a ajouté que les accusations de Smartmatic s'inscrivaient dans une campagne visant à discréditer l'élection de l'Assemblée constituante.

Plus tôt mercredi, le président-directeur général de l’entreprise britannique, Antonio Mugicala, avait estimé que « la différence entre la participation réelle et celle annoncée par les autorités est d’au moins un million de votes ».

L'opposition réclame une enquête

L’Assemblée nationale du Venezuela, contrôlée par l’opposition, a annoncé qu’elle entend demander une enquête sur ces allégations.

Son président, Julio Borges, estime que les révélations de Smartmatic « confirment entièrement » ce que l’opposition soupçonnait déjà, soit une fraude électorale.

Selon la commission électorale vénézuélienne, 8,1 millions d’électeurs ont voté lors du scrutin de dimanche, qui s’est déroulé dans un climat de violence. L’opposition, qui a boycotté le vote, estime plutôt qu’entre 2 et 3 millions de personnes se sont déplacées.

Étant donné ce boycottage, le taux de participation au scrutin constitue une donnée cruciale pour établir la légitimité de la nouvelle assemblée, dont les 545 membres devaient être assermentés mercredi devant le président Nicolas Maduro et devaient prendre leurs fonctions jeudi. Le président a toutefois annoncé mercredi soir que leur entrée en exercice se ferait vendredi.

En présumant que 7,1 millions d’électeurs sont allés voter dimanche, comme le soutient Smartmatic, le taux de participation officiel du scrutin pourrait être estimé à 36,4 %, plutôt qu’à 41,5 %, comme l’a annoncé la commission électorale.

Cette différence n’est pas anodine dans la mesure où un référendum officieux organisé par l'opposition pour augmenter la pression sur le gouvernement avait mobilisé plus de 7,5 millions de votants, selon des observateurs convoqués par les opposants.

La déclaration de la compagnie britannique est d’autant plus stupéfiante qu'elle est bien au fait des divisions qui secouent le Venezuela depuis des années : elle a participé à chaque scrutin organisé dans le pays depuis la présidentielle qui a reporté le défunt président Hugo Chavez au pouvoir en 2004.

Elle a ainsi officialisé, sans ciller, les résultats de ce vote et de tous les autres depuis, y compris celui de la présidentielle remportée par Nicolas Maduro en 2013, et du scrutin législatif remporté par l’opposition en 2015.

Selon Smartmatic, la différence entre ces élections et celle de dimanche s’expliquent par le fait que les résultats de cette dernière n’ont pas été vérifiés par tous les partis, comme cela était le cas auparavant, en raison du boycottage de l’opposition.

Il devenait donc facile pour les partisans du président Maduro d’ignorer les résultats produits par le système et d’annoncer ceux qui leur convenaient. En oubliant que le système, indique M. Mugicala, peut « rendre manifeste toute manipulation » des résultats pour quiconque prend la peine de les vérifier.

Un sondage effectué dimanche à la sortie des urnes par la banque d’investissement new-yorkaise Torino Capital et un sondeur vénézuélien avait déjà avancé que seules 3,6 millions de personnes avaient voté, ce qui représente un taux de participation de seulement 18,5 %.

Plus tôt dans la journée, l’agence de presse Reuters a indiqué qu’un décompte de la commission électorale qu’elle a examiné révélait que seules 3,7 millions de personnes avaient voté à 17 h 30.

« Bien qu'une poussée tardive soit possible à la fin de la journée, et le Parti socialiste a essayé d'obtenir cela dans le passé, doubler un vote dans la dernière heure et demie serait sans précédent », a commenté la politologue américaine Jennifer McCoy, de la Fondation Carter.

La procureure en chef Luisa Ortega, ancienne chaviste devenue critique du régime, a également mis en doute ces chiffres lundi. « Je suis absolument certaine que ces chiffres ne sont pas corrects », a-t-elle dit lundi.

Pas de reconnaissance européenne

L'Union européenne (UE) a refusé mercredi de reconnaître le résultat de l'élection d'une Assemblée constituante au Venezuela et a annoncé qu'elle était prête à « accentuer graduellement » les pressions sur le président Nicolas Maduro.

« L'installation effective de l'Assemblée constituante devrait être suspendue et les attributions de toutes les institutions telles que prévues par la Constitution devraient être explicitement reconnues », a écrit la haute représentante de l'UE, Federica Mogherini.

L'appui de l'armée vénézuélienne au président Maduro s'effrite

En première ligne depuis des mois pour réprimer les contestations antigouvernementales, l'armée vénézuélienne commence à montrer des signes de fatigue et à remettre en doute la fidélité qu'elle voue au président Nicolas Maduro.

L’opposition espère rallier dans son camp les forces armées afin qu'elles l'aident à maintenir en place la Constitution actuelle, menacée par les projets de Maduro, pour organiser une élection présidentielle anticipée.Lors du référendum officieux organisé par l'opposition, la population s'était prononcée en faveur d’une intervention de l’armée pour défendre la Constitution et l’Assemblée nationale actuelle, où l’opposition est majoritaire.

Depuis des semaines, les troupes vénézuéliennes sont la cible des manifestants, qui n’hésitent pas à riposter à coups de cocktails Molotov, de projectiles divers, voire d’excréments humains. Et leur impopularité pèse sur le moral des soldats.

À l’instar de tous les Vénézuéliens, les membres des forces armées ne sont pas à l’abri des pénuries de biens de consommation et de l’inflation qui monte en flèche. Leur salaire peine à couvrir l’achat de nourriture pour une semaine.Depuis le début du mouvement de contestation en avril, 123 membres des forces armées, dont des officiers supérieurs, ont été placés en détention, accusés de trahison, de rébellion, de vol ou de désertion.Mais en public, les dirigeants militaires maintiennent l’image d’un fort soutien au président Maduro, apparaissant à ses côtés lors d'événements politiques ou de défilés militaires.Depuis 1999, plusieurs postes ministériels ont été pourvus par d'ex-militaires, nommés par l’ancien président Hugo Chavez. Il reste toutefois difficile de mesurer la loyauté de ces derniers envers Maduro. Les précédentes prédictions de coups d’État au pays ne se sont jamais concrétisées.

Depuis le début de la crise, ce printemps, plus de 120 personnes ont été tuées dans des combats opposant les manifestants aux forces de l'ordre.

À l'exception de quelques pays, comme Cuba, la Bolivie ou le Nicaragua, la communauté internationale a condamné de toutes parts le recours à la violence de l'armée.

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