La crise syrienne s'est invitée au sommet du G7 où elle favorise les rapprochements entre les États-Unis et les pays européens. La riposte américaine à l'attaque au gaz toxique, attribuée au régime syrien, a en effet eu pour conséquence de réchauffer leurs relations, mises à mal par les propos tenus par Donald Trump dans la foulée de son élection.

Ce dernier avait à l'époque écorché plusieurs pays européens en saluant la sortie de l’Union européenne (UE) du Royaume-Uni, en critiquant le rôle et le financement de l’OTAN et en fustigeant la politique allemande d’accueil d’immigrants.

L’attaque chimique présumée du régime syrien de Bachar Al-Assad contre Khan Cheikhoun, qui a fait 87 morts, et les représailles américaines contre une base militaire syrienne, la semaine dernière, ont contribué à ressouder l’Occident et leurs ministres des Affaires étrangères qui sont aujourd’hui réunis à Lucques, en Italie, dans le cadre d’un sommet du G7.

Les ministres des Affaires étrangères des sept pays - États-Unis, Japon, Canada, Allemagne, Royaume-Uni, France et Italie – devaient y aborder des sujets comme la lutte contre le terrorisme, la situation en Libye et en Ukraine, les provocations nord-coréennes, l’accord sur le nucléaire iranien, afin de leur permettre de faire connaissance avec le nouveau secrétaire d’État américain, Rex Tillerson.

La crise syrienne a toutefois éclipsé tous les autres sujets et les ministres des Affaires étrangères se concentreront plutôt à tenter de relancer le processus de paix syrien.

Ils souhaitent présenter un front uni et lancer un message « clair et coordonné » à Moscou, allié de Bachar Al-Assad.

L’hôte du sommet, le ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Angelino Alfano, a convoqué à cet effet une réunion spéciale élargie avec la Turquie, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, la Jordanie et le Qatar, a indiqué le ministère italien des Affaires étrangères à l’AFP.

L’Occident tente de former la plus vaste coalition possible pour mettre de la pression sur la Russie et la forcer à laisser tomber le président syrien.

Lors d'une cérémonie commémorative tenue sur le site d’un massacre nazi durant la Deuxième Guerre mondiale, M. Tillerson a déclaré que les États-Unis allaient s’employer à faire en sorte que « quiconque » commet des crimes contre des innocents ait à en rendre des comptes.

Accompagné du ministre italien des Affaires étrangères, Angelino Alfano, M. Tillerson visitait Sant'Anna di Stazzema, un site où 560 civils, dont quelque 130 enfants, ont été massacrés pendant la Deuxième Guerre mondiale. M. Alfano a déclaré que le site du massacre servait à se rappeler que « la paix n'est pas un acquis [...] » et qu'il fallait collaborer dans cette quête de paix et de liberté ».

Boris Johnson annule une visite en Russie

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a annulé une visite en Russie, prévue pour lundi, pour privilégier la rencontre du G7 « afin d'organiser un soutien international coordonné à un cessez-le-feu sur le terrain et d'intensifier le processus politique ».

« Ma priorité est maintenant de poursuivre le contact avec les États-Unis et d'autres à l'approche du sommet du G7 des 10 et 11 avril afin d'organiser un soutien international coordonné à un cessez-le-feu sur le terrain et d'intensifier le processus politique », avait-il indiqué dans un communiqué.

Le Royaume-Uni évoquera la possibilité d’imposer de nouvelles sanctions contre de hauts gradés des armées syrienne et russe au cours de la réunion du G7, selon M. Johnson. « Nous allons évoquer la possibilité de nouvelles sanctions contre de hauts gradés de l'armée syrienne et aussi contre certains militaires russes impliqués dans la coordination des efforts de guerre syriens », a avancé M. Johnson à la chaîne de télévision Sky News.

Boris Johnson a indiqué que son homologue américain, Rex Tillerson, doit se rendre à Moscou après son passage à Lucques pour y faire « passer ce message clair et coordonné aux Russes ».

En marge du sommet du G7, le ministre Johnson a appelé la Russie à cesser de soutenir Bachar al-Assad qui est « maintenant toxique dans tous les sens du terme ».

« Il est temps pour Vladimir Poutine de faire face à la vérité sur le tyran qu'il soutient », poursuit M. Johnson, selon un porte-parole. Il rejoint ainsi la position américaine qui a réclamé le départ du président syrien, dimanche.

La Russie a été exclue en 2014 du club des pays industrialisés, anciennement désigné comme le G8, à la suite de l’annexion de la Crimée, qui appartenait à l’Ukraine.

Un point tournant en Syrie

L'attaque chimique présumée attribuée au régime Al-Assad a changé la donne pour les États-Unis. Le gouvernement américain estime que l’agent toxique utilisé était du gaz sarin et que l'attaque a été menée, « de façon quasi certaine », par les troupes fidèles au président syrien Bachar al Assad, dit-on dans l'entourage de l'administration américaine.

Après s'être montré conciliant envers le président Al-Assad, le président Trump a ordonné le bombardement d'une base militaire syrienne en représailles à l'attaque chimique présumée. L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a ensuite réclamé le départ d'Al-Assad.

En visite en France, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a invité la Russie à prendre ses distances envers le président Al-Assad.

« Je crois que la Russie doit prendre conscience de ses responsabilités dans les événements sanglants perpétrés la semaine dernière par le régime Al-Assad et par conséquent nous sommes toujours ouverts à travailler avec nos amis alliés et nos partenaires afin d’envoyer un message clair, sanctionner ou [prendre] tout autre moyen envers la Russie », a-t-il déclaré.

Plusieurs autres pays membres de l’UE – outre la France et l’Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Malte et Chypre – sans faire partie du G7, se sont prononcés en faveur de cette frappe américaine. « La frappe lancée par les États-Unis sur la base aérienne de Shayrat en Syrie avait l'intention compréhensible d'empêcher et de dissuader la propagation et l'utilisation de telles armes [chimiques] et était limitée et concentrée sur cet objectif », ont affirmé dans une déclaration commune ces pays réunis à Madrid.

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