Retour

La croisade de Lyon contre le cancer du bâtiment

En France, Lyon est citée en exemple en matière de lutte contre la mérule pleureuse, ce champignon qui s'attaque aux structures des maisons. Voici pourquoi.

La mérule pleureuse est bien connue des Français. Ce champignon parasite est présent dans 2284 communes, selon les chiffres les plus récents de l’institut technologique du bois FCBA. Il s’agit d’une hausse considérable par rapport à 2005, alors que moins de 500 communes étaient touchées par la mérule. Ces chiffres ne sont toutefois que la pointe de l’iceberg, selon les experts que nous avons consultés.

Depuis mai 2014, le Code de la construction et de l’habitation comprend des mesures pour éradiquer le champignon envahissant en France. Cette réglementation, instaurée par la loi Alur, est calquée sur le modèle déjà existant pour la lutte contre les termites. Elle oblige notamment les habitants d’un bâtiment contaminé à déclarer la présence de mérule à la mairie. Et en vertu de cette loi, les zones infestées doivent être délimitées par un arrêté préfectoral.

Lyon, une ville pilote

Lyon est la première grande ville au pays à disposer d’un arrêté préfectoral, en date du 18 juillet 2016. Il sera mis à jour au début de l’année prochaine, en raison de la hausse constante des infestations. La Ville a enregistré 2 cas de mérule en 2014, 5 en 2015 et 12 en 2016 (au 16 novembre).Pour le moment, l’arrêté lyonnais désigne cinq zones. Le zonage couvre large, en raison de l’architecture de Lyon. Les bâtiments sont anciens, donc souvent humides, et il y a beaucoup d’habitations mitoyennes. Cela est propice à la propagation de la mérule.

« Cet arrêté impose très peu de choses au propriétaire, puisque le fait d’être en zonage mérule n’impose aucun diagnostic obligatoire. En revanche, pour nous, c’est un levier très important parce que d’abord, il nous permet en toute transparence de communiquer à tout habitant et tout acquéreur potentiel, de l’informer si oui ou non il existe des mérules », explique Florence Pradier, responsable du service santé-environnement à la Ville de Lyon.

On s’appuie sur cet arrêté pour écrire aux copropriétés où une mérule est diagnostiquée, pour leur rappeler comment agir, quoi faire, vers qui s’orienter pour travailler avec des professionnels compétents.

Florence Pradier, Ville de Lyon

Il s’agit aussi de faire de la prévention auprès des habitants des zones ciblées, en les invitant à être vigilants, à surveiller les traces d’humidité et en les sensibilisant à l’importance de bien entretenir leur maison.Un seul autre arrêté existe en France, dans le département de la Somme, dans le nord du pays. Publié en mars 2016, il touche quatre communes.« Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mérule dans les autres grandes villes françaises. Par contre, ça veut dire […] qu’on était organisés et en capacité de dialoguer avec la préfecture, et qu’on a pu les convaincre de l’importance de prendre cet arrêté pour informer tous les habitants », précise Florence Pradier.D’abord les termites, ensuite la méruleLyon a une longueur d’avance sur les autres cités, notamment parce qu’elle s’y connaît bien en pathologie du bois dans la construction. Et ça ne date pas d’hier.Avant la mérule, cette ville a eu des problèmes avec les termites. Elle a mis en place dès 2007 tout un système pour éliminer les insectes. Et ça a fonctionné, explique Diana Sepulveda, biologiste et ingénieure au service santé-environnement de Lyon.

Peu à peu, on est devenu une ville que tout le monde consulte.

Diana Sepulveda, ingénieure, Ville de Lyon

Le site web de Lyon informe les habitants sur ce qu’il faut faire s’ils pensent avoir de la mérule dans leur maison. Ils doivent d’abord contacter la Ville.Des spécialistes des différents services de Lyon se rendent alors sur place pour évaluer la situation. Est-ce bien la mérule ou un autre type de champignon? Qui dit mérule dit humidité. Y a-t-il aussi de la moisissure? Quelle est l’ampleur des dégâts? La structure du bâtiment est-elle touchée? Les occupants sont-ils en danger?

Je me déplace chez vous, et on regarde les dégâts. On va dire si c’est la mérule ou un autre type de champignon. Si c’est la mérule, il faut la déclarer. Et après, il y a toute la suite de la procédure qui s’enclenche. Et si c’est autre chose, on vous conseille ce qu’il faut faire.

Diana Sepulveda, ingénieure, Ville de Lyon

Les experts de la Ville suggèrent aux occupants des maisons infestées de choisir des professionnels agréés pour éliminer la mérule.

Diana Sepulveda insiste sur l’importance d’unir ses efforts contre un tel fléau. « Il y a nous, la Ville de Lyon, mais on travaille aussi avec la préfecture. Et il faut informer et sensibiliser les professionnels du bâtiment, les notaires, les bureaux d’étude, les sociétés qui traitent et celles qui font les diagnostics », ajoute-t-elle. Ne pas déclarer la mérule« Il est possible qu’un certain nombre de cas de mérule ne nous soient pas déclarés », reconnaît Florence Pradier. Il s’agit là d’un très mauvais choix, croit-elle.

Si on dissimule ce genre de désordre, après s’il y a une vente et que des désordres apparaissent, on peut être vraiment très embêté pour des problématiques de mise en danger de la vie d’autrui ou de vices cachés.

Florence Pradier, Ville de Lyon

Diana Sepulveda pense que les Lyonnais ont tout intérêt à demander l’aide de la Ville. « On accompagne le citoyen […]. C’est le service public. C’est mieux d'être accompagné par des professionnels que de rester dans son coin et de faire des trucs qu’il ne faut pas faire. »Elle se souvient de la lutte contre les termites. Elle raconte que des gens qui ont voulu s’en sortir tout seuls n’ont fait qu’empirer la situation. « Au lieu d’avoir une seule colonie mère de termites dans sa maison, il y en avait cinq ou six. »

Plus d'articles

Commentaires