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La destitution de Donald Trump... pas pour demain

ANALYSE – Devant un tribunal régulier, tout porte à croire que le témoignage du « policier » James Comey aurait été suffisant pour faire condamner le « citoyen » Donald Trump pour entrave à la justice. Mais le président Donald Trump sera jugé, si jamais on en vient là, par un tribunal politique. Ses accusateurs seront les membres de la Chambre des représentants – à majorité républicaine. Et le jury sera formé des membres du Sénat – à majorité républicaine.

Que ceux qui comptent les dodos avant la procédure de destitution de M. Trump prennent leur mal en patience.

Tout cela part de l'affaire de l'influence russe dans la campagne électorale qui est « l'éléphant dans la pièce » depuis le début de la présidence de Donald Trump. Ce n'est certainement pas la seule raison de la paralysie actuelle de l'administration Trump. Mais toute l'énergie gaspillée dans ce dossier explique en partie le fait qu'en presque cinq mois à la présidence, M. Trump et les républicains n'ont pas réussi à faire adopter une seule loi majeure au Congrès.

Il reste que la preuve d'une entrave à la justice a été fort bien établie par M. Comey lors de son témoignage devant le Comité du renseignement du Sénat. Tout tourne autour de deux événements. Tous deux liés à l'enquête sur l'implication de la Russie dans la campagne électorale américaine.

D'abord la rencontre du 14 février dernier dans le Bureau ovale, quand le président Trump demande à tous ceux qui sont dans la pièce de le laisser seul avec Comey. Cela inclut des gens en qui il devrait avoir toute confiance, comme le vice-président Mike Pence, le ministre de la Justice Jeff Sessions et son gendre et conseiller Jared Kushner.

C'est quand ils ont finalement été seuls que le président demande au directeur du FBI, la police fédérale, de « laisser aller » l'ancien conseiller à la sécurité nationale Mike Flynn qui faisait l'objet d'une enquête du FBI dans l'affaire de l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle de l'an dernier.

« Le laisser aller »

« Flynn est un bon gars, j'espère que tu pourras le laisser aller », aurait dit M. Trump selon les notes de M. Comey.

D'abord, on pourrait lire une « intention coupable » dans le fait que M. Trump ne voulait pas de témoins de ce qu'il allait dire au directeur du FBI.

Mais surtout, le président parle ici à un subalterne, quelqu'un qu'il a le pouvoir de congédier. On peut faire de l'exégèse sur l'usage du verbe « espérer », il reste que dans le contexte d'une relation entre le président des États-Unis et le directeur de la police fédérale, les espoirs de celui-ci peuvent facilement être considérés comme une directive. C'est ainsi que M. Comey dit les avoir interprétés.

M. Comey refusera d'obtempérer aux désirs du président. Et quelques semaines plus tard, le 9 mai, celui-ci va le congédier. Toutes sortes de prétextes ont été invoqués par la Maison-Blanche, incluant une mauvaise gestion de la question des courriels de la candidate démocrate Hillary Clinton pendant la campagne électorale.

De toute évidence, les « espoirs » du président ayant été ignorés, celui-ci a décidé de congédier M. Flynn.

Et, comme c'est souvent le cas, M. Trump a été son propre ennemi. Le jour même du congédiement, il explique dans une entrevue au réseau NBC « quand j'ai décidé de le congédier, je me suis dit que cette affaire de Russie » était inventée. Le lendemain, il dira au ministre des Affaires étrangères et à l'ambassadeur de Russie :« J'avais beaucoup de pression à cause de la Russie. Maintenant, c'est terminé ».

Le simple congédiement de M. Comey ne suffirait pas pour démontrer hors de tout doute une forme d'entrave à la justice. Mais si, comme l'ex-directeur du FBI, on croit que ce congédiement est lié à l'enquête sur la Russie, cette conclusion s’impose plus facilement.

Une cour de justice normale pourrait se laisser convaincre. Le tribunal politique prévu par la constitution américaine pour destituer un président ne le pourra certainement pas.

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