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La double citoyenneté ébranle la politique australienne

Un autre élu australien se trouve dans une position délicate bien malgré lui en raison d'une double citoyenneté qu'il ignorait détenir jusqu'à tout récemment. Le premier ministre adjoint, Barnaby Joyce pourrait, à l'instar de trois autres parlementaires depuis un mois, être forcé à démissionner.

« J’ai été très choqué de l’apprendre, a souligné Barnaby Joyce. Ni mes parents ni moi-même n’avions jamais eu la moindre raison de penser que je puisse être citoyen d’un autre pays. »

Cet Australien de 50 ans, souvent qualifié de « pur et dur », possède également la nationalité néo-zélandaise de son père, qui est né en Nouvelle-Zélande.

Une loi de ce pays, mise en lumière au début de la crise de la « binationalité », accorde automatiquement la citoyenneté néo-zélandaise à tous ceux qui sont nés à l’étranger d’un père néo-zélandais entre 1949 et 1978. C’est le cas de Barnaby Joyce, même s’il ne l’a jamais demandée ni même voulue.

Or, en Australie, l’article 44 de la Constitution ne permet pas à un élu de détenir une double citoyenneté. La crise a frappé jusqu’à maintenant trois autres parlementaires.

Les origines néo-zélandaises du sénateur Scott Ludlam lui ont coûté son poste le mois dernier. Ensuite, sa collègue du Parti vert au Sénat Larissa Waters a démissionné à son tour, après avoir découvert être née au Canada.

Le sénateur Malcolm Roberts a quant à lui été rattrapé peu après par sa citoyenneté britannique, puisque ses démarches pour y renoncer n’ont été approuvées par Londres qu’une fois qu'il a été élu. Il a donc lui aussi quitté son poste.

Majorité à un siège

À mesure que l’hécatombe se creuse, la très courte majorité parlementaire de la coalition gouvernementale s’amenuise. Le premier ministre Malcolm Turnbull ne détient plus qu’une seule voix de majorité au sein de la Chambre des représentants.

Le premier ministre adjoint Barnaby Joyce refuse d’ailleurs de démissionner. Même s’il a renoncé, avec l’accord de Wellington, à sa double citoyenneté, il doit s’en remettre à la justice.

La Cour suprême australienne a déjà été saisie de l’affaire, à la demande du premier ministre Malcolm Turnbull. Son ministre des Ressources, Matthew Canavan, dont la mère lui a acquis à son insu la citoyenneté italienne, a d’ailleurs refusé lui aussi de quitter son poste au Sénat jusqu’à ce que la Cour tranche.

Celle-ci doit, en l’absence d’un consensus politique sur la suite des choses, préciser la marche à suivre, s’il fallait que d’autres parlementaires découvrent qu’ils détiennent eux aussi la double nationalité.

Pendant ce temps, les rumeurs de complot orchestré par les travaillistes pour faire tomber la coalition se multiplient. Un député de ce parti est d’ailleurs celui qui a soulevé les questions concernant les origines de Barnaby Joyce.

Le premier ministre a en outre écrit au Parti travailliste pour demander si certains de ses élus possédaient eux aussi une double citoyenneté. Au total, 23 élus sont nés à l’étranger, sans pour autant détenir encore à ce jour leur autre nationalité.

Une loi obsolète

L’article 44 de la Constitution australienne a été adopté en 1901. Des voix tentent aujourd'hui de faire abolir le règlement, qualifié d’obsolète.

Un amendement à la Constitution ne peut cependant se faire que par référendum, mais peu d’élus sont pressés de lancer ce processus « long, complexe et incertain ».

L’article 44 avait été adopté à une époque où l’Australie, dont le quart de la population détient une double nationalité, craignait que son gouvernement soit renversé par une alliance de « puissances étrangères ».

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