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La force des francophones, c’est qu’ils « doivent parler d’autres langues », dit Macron

La défense du français doit « s'inscrire dans le plurilinguisme », afin que la langue ne soit pas « enclavée », a fait valoir le président français Emmanuel Macron, lundi, lors d'une conférence de presse donnée avec le premier ministre québécois, Philippe Couillard. Éducation, environnement et économie ont aussi été au menu de leurs discussions.

Un texte de François Messier

« M’inspirant, si je puis dire, de l’exemple nord-américain, j’ai toujours considéré que défendre le français, ce n’est pas refuser de parler les autres langues. Et je me suis donc toujours attaché à inscrire la défense du français dans le plurilinguisme », a souligné M. Macron après s’être fait demander si la France en faisait assez pour défendre le français sur la scène internationale.

« Pour ma part, je n’hésite jamais à m’exprimer à la fois en français et dans la langue pays du pays hôte, ou également en anglais […] sur des scènes internationales, devant des milieux d’affaires, parce que je pense que ça renforce la francophonie, de montrer que ce n’est pas une langue enclavée, mais une langue qui s’inscrit dans le plurilinguisme et l’échange avec les autres langues, et qui a cette vocation », a-t-il poursuivi.

« Donc je considère que c’est la bonne grammaire pour défendre le français partout sur les enceintes internationales. Et je ne fais pas partie des défenseurs grincheux, je suis là aussi un défenseur conquérant et ambitieux », a conclu M. Macron à ce sujet.

« Moi, j’ai compris qu’il affirmait la prépondérance du français »

Relancé sur les propos de M. Macron un peu plus tard dans la journée, le premier ministre Philippe Couillard n'a relevé aucun problème particulier.

« Moi, j’ai compris qu’il affirmait la prépondérance du français, mais que pour lui, ça n’entrait pas en contradiction avec le fait d’apprendre ou de parler une autre langue », a-t-il dit, après avoir assuré que « défendre la francophonie, c’est défendre le français ».

« Dans le monde d’aujourd’hui, il faut souvent parler au moins une autre langue, des fois plus, ça dépend du type d’emploi qu’on a, de l’endroit où on habite, mais c’est la normale des choses », a-t-il aussi dit.

Le président français, qui doit présenter sa vision de la francophonie le 20 mars, s'est déjà vu reprocher par le Front national d'avoir recours à l'anglais quand il s'exprime à l'étranger.

M. Couillard n'est pas étranger à ce débat : il avait notamment été critiqué pour s'être exprimé exclusivement en anglais lors d'une allocution en Islande, en novembre 2014. Le Parti québécois l'avait accusé « d'agir en colonisé ».

« Il n’y a jamais rien d’innocent entre la France et le Québec »

Parlant directement de la relation de son pays avec le Québec un peu plus tôt, Emmanuel Macron avait indiqué que la langue constituait « le ciment le plus ferme de notre amitié », avant de saluer la « capacité d’initiative » du Québec au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Cela fait du Québec « l’un des membres les plus actifs » de l’organisation, a-t-il noté.

« Pour moi, cette relation est une relation stratégique, au sens fort du terme, structurelle, parce qu’elle permet de porter dans ce continent, je le crois profondément, des valeurs, une communauté de pensée, de langage, d’histoire que nous avons ensemble », a encore dit M. Macron, se disant « heureux » que M. Couillard passe la semaine en France.

Le président français a tout de même assuré qu’il parle de la Francophonie comme rarement ses prédécesseurs l’ont fait. Il a d’ailleurs indiqué qu’il présentera d’ici quelques jours des propositions pour « renouveler le logiciel, le concept » de l’organisation, « avec la volonté de retrouver une véritable ambition pour cette langue que nous avons en partage ».

Soulignant la relation « belle », « unique » et « privilégiée » que le Québec entretient avec la France depuis des décennies, le premier ministre Couillard a plaidé qu’elle devenait « au moins [autant] sinon plus importante en 2018 », en raison des « poussées protectionnistes » exercées par les États-Unis.

« Nous avons une histoire commune, des responsabilités communes, des ambitions communes. J’ai l’intention de faire équipe avec le président de la République pour que ses ambitions arrivent à terme dans tous les domaines de l’économie moderne et des sociétés modernes », a encore dit le premier ministre.

M. Couillard a par ailleurs profité de l’occasion pour annoncer que le président Macron a accepté son invitation à s’adresser à l’Assemblée nationale du Québec, en marge du sommet du G7, qui aura lieu les 7 et 8 juin, dans Charlevoix. M. Macron participera aussi « probablement » à une activité liée au domaine de l’intelligence artificielle, dont Montréal est devenue une plaque tournante.

« Ce sera un grand moment, le moment où vous viendrez vous adresser aux représentants du peuple québécois, qui conservent envers la France une relation affectueuse très sincère, et qui verront là la manifestation d’une amitié profonde et d’une relation qui, tout en restant très intense et exclusive, bien sûr, est également généreuse et moderne. »

Des liens plus étroits

Au-delà des questions sur la langue française, les deux hommes ont exprimé le souhait que davantage d’étudiants québécois s’inscrivent dans les grandes écoles d'études supérieures de France [Polytechnique, École nationale supérieure des mines, par exemple, NDLR], et que les liens économiques entre les deux nations soient renforcés, mais sans donner plus de détails.

M. Macron a également salué le marché du carbone auquel le Québec participe avec d’autres provinces canadiennes et États américains. Il s’agit là d’une stratégie régionale « très inspirante » pour lutter contre les changements climatiques, a-t-il commenté.

Sur le plan économique, le président français a dit se réjouir du « soutien » récemment apporté par Airbus à Bombardier dans le programme de la C Series, mais a souhaité que ces liens soient renforcés, notamment dans « le domaine numérique et de l’intelligence artificielle ».

M. Couillard a pour sa part affirmé que l'Accord économique et commercial global (AECG) conclu entre le Canada et l'Union européenne (UE) entraînera selon lui des « bénéfices très importants » des deux côtés de l’Atlantique. Le Québec, a-t-il répété, « sera toujours un défenseur ardent et actif de l’ouverture des marchés ».

À ce sujet, le président Macron a quant à lui dénoncé le « nationalisme économique » de l’administration Trump, qui ne peut accorder que de « très mauvaises réponses » aux problèmes commerciaux. Il a dit souhaiter que l’UE réagisse « rapidement » et « de manière proportionnée » à toute mesure protectionniste américaine.

La visite de cinq jours de Philippe Couillard en France s’inscrit dans le cadre de la 20e rencontre alternée des premiers ministres québécois et français. Cette rencontre avec son homologue Édouard Philippe aura en fait lieu jeudi prochain.

D’ici là, M. Couillard doit notamment rencontrer plus tard lundi la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l'ex-gouverneure-générale du Canada Michaëlle Jean.

Invité à dire s'il appuie toujours Mme Jean, le premier ministre a d'abord souligné qu'il est « fier » qu'une Québécoise ait accédé à cette fonction, avant de souligner qu'aucune course à la direction n'est en cours à l'heure actuelle. Il a toutefois admis qu'il souhaite « davantage de rigueur et de transparence dans l’administration de cette grande organisation ».

Mardi, M Couillard se rendra au siège social d’Airbus, à Toulouse, pour y rencontrer le grand patron Tom Enders.

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