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La France abandonne son projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Après 45 ans de polémique, le gouvernement français a annoncé mercredi l'abandon de son controversé projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dans l'ouest du pays, de même que l'expulsion des protestataires qui occupent les lieux.

« L'indécision des gouvernements successifs a laissé les partisans et opposants du projet se dresser les uns contre les autres », a déploré le premier ministre Édouard Philippe, lors d'une déclaration au palais présidentiel.

Il a décidé d’abandonner ce projet, malgré les multiples rejets des recours en justice des anti-aéroport, le soutien au projet d'une majorité des élus régionaux et un référendum consultatif local favorable (55,17 %) en juin 2016.

La solution retenue est plutôt d'aménager l'actuel aéroport Nantes-Atlantique, qui sera « modernisé », a souligné le premier ministre, annonçant également le lancement de la procédure pour en rallonger la piste.

Un projet controversé

Né dans les années 1960, relancé en 2000, attribué au groupe de construction français Vinci par appel d'offres en 2010, le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes s’était quasiment transformé en affaire d’État.

Les partisans de la nouvelle infrastructure dénonçaient principalement les nuisances sonores et les risques que fait peser, selon eux, le maintien d'un aéroport à proximité de l'agglomération de Nantes, qui compte plus de 600 000 habitants.

Ses opposants, eux, fustigeaient une aberration environnementale et un gaspillage de l'argent public. Les « zadistes », des opposants vivant sur l'emplacement prévu pour le nouvel aéroport, à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville, travaillent la terre des fermes et vivent en quasi-autarcie.

Surnommée la « mère de toutes les zones à défendre », cette contestation a précédé en France d'autres occupations contre des projets controversés dans différents domaines : stockage de déchets, transports, hydrocarbures.

Une évacuation d’ici le printemps

L'annonce de l'abandon du projet a déclenché une explosion de joie dans la zone à défendre (ZAD), où une vingtaine d'occupants ont ouvert du champagne pour fêter « une victoire historique ».

Se pose désormais la question de l'évacuation de la zone occupée par environ 150 agriculteurs et militants en permanence, selon une source policière.

Le premier ministre a affirmé mercredi qu'il souhaitait « rétablir rapidement l'état de droit sur la zone ». « Les occupants illégaux devront partir d'eux-mêmes d'ici le printemps prochain ou seront expulsés [...] Les squatteurs doivent libérer progressivement les terres qui ne leur appartiennent pas », a déclaré M. Philippe.

Le mouvement anti-aéroport a quant à lui affirmé son « refus de toute expulsion » de ceux qui se sont installés illégalement sur place.

Le collectif a également promis de « répondre lui-même » à la réouverture des axes routiers qui traversent la ZAD, et en particulier la D281, surnommée la « route des chicanes ». « La présence ou l'intervention policière ne feraient qu'envenimer la situation », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Le dossier de Notre-Dame-des-Landes était une épine dans le pied du président Macron, alors qu'il multiplie les initiatives sur le climat sur la scène internationale. Plusieurs ONG environnementales avaient exhorté le président à faire une « première application concrète » du sommet sur le climat organisé en décembre à Paris.

Reste la question de l'indemnisation de Vinci par l'État. Selon un rapport, elle avoisinerait 350 millions d'euros.

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