L'Espagne a annoncé samedi qu'elle acceptait l'offre de la France d'accueillir des migrants de l'Aquarius, après examen de leur situation en Espagne, où le navire doit accoster dimanche.

« Le gouvernement français collaborera avec le gouvernement espagnol dans l'accueil des migrants de l'Aquarius [secourus dans la nuit du 9 au 10 juin au large de la Libye] », a annoncé la vice-présidente du gouvernement espagnol, Carmen Calvo, dans un communiqué.

Selon Madrid, « la France acceptera les migrants qui, après leur arrivée au port de Valence et une fois appliqués tous les protocoles prévus par le processus d'accueil, exprimeront leur désir de rejoindre ce pays ».

La France s'était dite prête, jeudi, à accueillir des migrants de l'Aquarius « qui répondraient aux critères du droit d'asile ».

La vice-présidente espagnole a annoncé avoir accepté cette proposition, « après avoir eu une conversation avec l'ambassadeur de France en Espagne ».

Arrivée prévue dimanche

L'Aquarius et les deux navires transportant les 630 migrants sauvés il y a une semaine au large de la Libye « naviguent dans les eaux espagnoles et devraient arriver dimanche vers midi au port espagnol de Valence », a annoncé la région de Valence.

« Ils arriveront vraisemblablement dimanche vers 12 h », a estimé le président de Médecins sans frontières (MSF) Espagne, David Noguera, cité dans le communiqué du gouvernement de la région de Valence.

Le navire humanitaire, affrété par les organisations SOS Méditerranée et MSF, passait samedi à la mi-journée au large de l'île de Majorque dans l'archipel espagnol des Baléares, selon le site internet Marine Traffic, qui permet de suivre en temps réel les mouvements des navires.

Les 630 migrants sont originaires de 26 pays, dont l'Afghanistan, le Bangladesh, le Pakistan et 23 pays du continent africain. On compte parmi eux 450 hommes adultes et 80 femmes, dont au moins 7 enceintes, de même que des mineurs non accompagnés et des enfants de moins de 13 ans, selon MSF.

Les équipes qui accueilleront les migrants à leur arrivée pourront compter sur l'aide de plusieurs centaines d'interprètes, « afin que chacun ait un traducteur fixe et qui ne change pas tout au long du processus », a annoncé la région.

Un très important dispositif a été mis en place pour cet accueil exceptionnel, auquel participeront 2320 personnes, dont un millier de bénévoles de la Croix-Rouge et 470 traducteurs. L'événement sera également très médiatisé, plus de 600 journalistes étant accrédités.

Crise politique

Le refus de l'Italie, le 10 juin, d'accueillir l'Aquarius avait plongé l'Europe dans une nouvelle crise politique sur la question migratoire.

Le 11 juin, le tout nouveau chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez – arrivé au pouvoir le 1er juin après une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy – avait proposé d'accueillir ces migrants secourus par l'Aquarius, mais que l'Italie et Malte refusaient.

Samedi, le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini a une nouvelle fois interdit l'accès aux ports italiens à deux navires d'une ONG naviguant au large des côtes libyennes.

« Alors que le navire Aquarius navigue vers l'Espagne deux autres navires d'ONG battant pavillon des Pays-Bas sont arrivés au large des côtes libyennes, en attente de leur cargaison d'êtres humains abandonnés par les passeurs », a déclaré M. Salvini qui est aussi vice-premier ministre.

« Que ces messieurs sachent que l'Italie ne veut plus être complice du business de l'immigration clandestine, et ils devront donc chercher d'autres ports [non italiens] vers lesquels se diriger. En ministre et en père, je le fais pour le bien de tous », a ajouté M. Salvini.

Le bateau Aquarius s'est retrouvé sans destination, avant que l'Espagne ne propose de l'accueillir dans le port de Valence. Une partie des passagers a été transférée à bord de deux navires italiens, avant que les trois bateaux ne fassent route vers l'Espagne.

Au moins 792 migrants ont perdu la vie en essayant de franchir la Méditerranée jusqu'à présent cette année, selon les Nations unies. Au cours des cinq premiers mois de 2018, 35 455 migrants ont réussi à mettre les pieds en Europe, dont 11 792 en Espagne.

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