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La France dit avoir la preuve qu’Assad a utilisé des armes chimiques

Dans une entrevue accordée à TF1, le président français Emmanuel Macron affirme avoir la preuve que le régime syrien a utilisé des armes chimiques contre la ville rebelle de Douma, dans la Ghouta orientale.

« Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu, quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace », a-t-il poursuivi, précisant qu'il est toujours en contact étroit avec le président américain Donald Trump à ce sujet.

La décision d'une éventuelle opération militaire interviendra « une fois que nous aurons vérifié toutes les informations », a encore dit le chef de l'État, avec l'objectif d'« enlever les moyens d'intervention chimique au régime ».

Le président français a assuré qu'il gardait également le contact avec le président russe, Vladimir Poutine, qui a mis en garde contre « des provocations et des spéculations » et appelé au « bon sens » face à un théâtre mondial « de plus en plus chaotique ».

M. Macron lui a répondu en affirmant que la France ne participerait à aucune « escalade », mais qu'elle ne pouvait laisser impunis « des régimes qui se croient tout permis, en particulier le pire en contravention du droit international ».

La chancelière allemande n'a pas tardé à appuyer tacitement son allié français, lors de commentaires faits à la presse, à Berlin.

« Nous devons maintenant reconnaître qu'il est évident que la destruction (des armes chimiques syriennes) n'a pas été totale », a-t-elle fait valoir, tout en précisant que son pays ne participera pas à une opération militaire occidentale contre Damas.

Londres jauge ses options

À Londres, la première ministre Theresa May a convoqué une réunion de son gouvernement jeudi après-midi pour étudier une possible participation britannique à une opération militaire contre la Syrie.

Le ministre chargé du Brexit, David Davis, a souligné que toute décision devrait être savamment pesée, avec une extrême prudence et en se fondant sur des preuves solides.

Theresa May a ordonné à des sous-marins de la Royal Navy de faire mouvement pour être à portée de la Syrie, en vue d'une éventuelle frappe qui pourrait avoir lieu dès jeudi soir, selon le Daily Telegraph.

Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a demandé à en savoir plus sur la prétendue attaque chimique de Douma et demande que le Parlement soit consulté par le gouvernement avant toute action militaire.

En 2013, le Parlement avait rejeté une action militaire contre le régime syrien, là aussi après des accusations d'attaques chimiques.

« Bientôt ou pas si tôt »?

Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sont les trois pays qui ont démontré un intérêt à frapper le régime de Bachar Al-Assad dans la foulée de l'attaque à Douma, qui a depuis été évacuée par les rebelles syriens, selon Moscou.

À Washington, le président Trump est demeuré évasif quant au moment où les États-Unis entendent frapper le régime syrien.

« Jamais dit quand une attaque contre la Syrie pourrait avoir lieu. Cela pourrait être très bientôt ou pas si tôt que cela », a-t-il tweeté à l'aube.

« Dans tous les cas, les États-Unis, sous mon administration, ont fait un super boulot pour débarrasser la région de l'EI (groupe armé État islamique, NDLR). Où est notre "Merci, l'Amérique''? », a-t-il ajouté.

Son secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a déclaré quelques heures plus tard devant une commission de la Chambre des représentants que Washington continue d'étudier les preuves qu'une attaque chimique a eu lieu.

« Je crois qu'il y a eu une attaque chimique, et nous sommes à la recherche de la preuve », a-t-il déclaré, tout en assurant vouloir éviter que la situation ne devienne « hors de contrôle ».

Selon lui, les États-Unis souhaitent que des enquêteurs puissent recueillir des preuves sur le terrain. Il prévient cependant qu'atteindre cet objectif devient plus difficile a fur et à mesure que le temps passe.

Mercredi, le président Trump avait lancé dans un tweet que des missiles américains « beaux, nouveaux et intelligents » seraient lancés sur la Syrie. Il tançait du même souffle la Russie pour son soutien au président Assad, un « animal qui tue avec du gaz, qui tue son peuple et qui aime ça ».

Ce message avait été envoyé après que l'ambassadeur russe au Liban, Alexander Zasypkin, eut déclaré que tout missile américain tiré sur la Syrie serait abattu et que les sites d'où ils auraient décollé seraient pris pour cibles, alimentant les craintes d'une confrontation directe entre les deux plus grandes puissances militaires mondiales.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé mercredi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) « à éviter une situation hors de contrôle » en Syrie.

Le régime Assad et ses alliés, la Russie et l'Iran, nient toute attaque chimique à Douma.

Moscou et de Damas lancent de nouvelles mises en garde

À Moscou, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a appelé les Occidentaux à « réfléchir sérieusement aux conséquences possibles de telles accusations, menaces et actions planifiées » envers la Syrie.

« Toute action ne contribuera qu'à déstabiliser davantage la région », a pour sa part commenté Bachar Al-Assad en recevant à Damas Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei, selon les comptes de la présidence syrienne sur les réseaux sociaux.

M. Assad et son hôte estiment que « les menaces de certains pays occidentaux concernant une agression contre la Syrie étaient basées sur des mensonges qu'ils ont eux-mêmes créés avec leurs agents, les groupes terroristes, après la libération de la Ghouta orientale », a aussi rapporté la présidence.

Dans une entrevue accordée mercredi à la télévision nationale iranienne, lors d'une visite dans la Ghouta orientale en ruines, M. Velayati a promis que son pays resterait aux côtés de la Syrie face à « toute agression étrangère ». Il a dit être d'avis que « la progression militaire des forces syriennes face aux groupes terroristes irrite les ennemis de la Syrie ».

Le conseiller de l'ayatollah Khamenei a également dit souhaiter que la ville rebelle d'Idlib, dans le nord du pays, soit « très vite libérée » et que les Américains soient chassés de l'est de la Syrie, où ils demeurent installés dans le cadre de leur lutte contre l'EI.

« L'est de l'Euphrate est également une région très importante. Nous espérons que des mesures seront prises afin de libérer cette zone et d'en expulser les occupants américains », a-t-il ajouté. M. Velayati a répété les mêmes propos jeudi, lors d'une conférence de presse à Damas.

À l'ONU, l'ambassadeur syrien Bachar Al-Jaafari a fait savoir que deux groupes de spécialistes de l'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) viendront en Syrie. Ils « arriveront séparément en Syrie jeudi ainsi que demain, vendredi », a-t-il déclaré à des journalistes.

L'OIAC a confirmé que ses équipes commenceront leur enquête samedi. L'organisation doit aussi se réunir lundi pour discuter de l'attaque chimique présumée perpétrée à Douma.

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