Andrés Manuel López Obrador (AMLO), 64 ans, a été élu à la présidence du Mexique, dimanche, pour un mandat de six ans, avec plus de 53 % des voix, une victoire historique pour la gauche mexicaine alors que les relations sont tendues avec le voisin américain.

AMLO, 64 ans, se présentait comme le candidat antisystème et anticorruption, voulant chasser « la mafia du pouvoir ». L'ancien maire de Mexico avait déjà perdu deux précédentes élections. Il a su tirer profit du ras-le-bol des Mexicains après un mandat de Peña Nieto marqué par la corruption et des violations des droits de l’homme.

L'enquête conduite par Consulta Mitofsky indique que les candidats du Mouvement de régénération nationale (Morena) devraient aussi l'emporter dans les États de Veracruz, de Morelos, du Chiapas et de Tabasco. La victoire de Claudia Sheinbaum, une fidèle d'AMLO, a aussi été annoncée, d'après des sondages à la sortie des urnes. Cette scientifique de 56ans devient ainsi la première femme élue au poste de gouverneur de la ville de Mexico.

Avec ses alliés, López Obrador obtiendrait la majorité à l'Assemblée, avec au moins 250 des 500sièges de députés mis au vote.

José Antonio Meade, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, droite), qui était au pouvoir depuis des décennies, ainsi que Ricardo Anaya Cortés ont reconnu leur défaite.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a félicité AMLO et s'est dit impatient de travailler avec lui.

« Il y a beaucoup à faire pour le bien à la fois des États-Unis et du Mexique! » a tweeté Trump, dont les politiques concernant le commerce et l'immigration ont plongé les relations avec son voisin mexicain au plus bas de leur histoire.

López Obrador lui a répondu qu'il souhaitait une relation d'« amitié et de coopération » avec les États-Unis, après avoir promis au pays « des changements profonds » et « sans dictature ».

Au cours d'un appel téléphonique d'une demi-heure, AMLO dit avoir proposé au président américain Donald Trump de « réduire les migrations » et d'« améliorer la sécurité ».

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a félicité le nouveau président mexicain, tout en soulignant que le Canada et le Mexique étaient « des amis proches et partenaires de longue date ». Il a également appelé à une relance rapide de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qualifié de « désastre » par M. Trump.

Le président élu a exprimé son appui à la renégociation de l'ALENA, affirmant qu'il proposerait que sa propre équipe de négociateurs se joigne aux discussions. M. Lopez Obrador a déclaré qu'il respectait l'équipe actuelle de négociateurs mexicains et qu'il la laisserait poursuivre son travail jusqu'à son entrée en poste, le 1er décembre.

« Vladimir Poutine a souligné que la Russie tient en haute estime ses relations traditionnellement amicales avec le Mexique et qu'elle souhaite qu'elles soient approfondies », a dit le Kremlin.

Le président bolivien, Evo Morales, lui aussi de gauche, a tweeté: « Nous sommes sûrs que votre gouvernement va écrire une nouvelle page de l'histoire de la dignité et de la souveraineté en Amérique latine [...] La victoire de notre frère López Obrador promet la libération de nos nations pour construire des ponts de l'intégration au lieu des murs de la discrimination. »

Une campagne sanglante

Cette campagne a été qualifiée comme étant la plus sanglante de l’histoire du pays. Dimanche, deux militants ont été tués par balles.

Flora Resendiz Gonzalez, du Parti des travailleurs, a été abattue près de son domicile, dans l'État du Michoacán (ouest), peu avant l'ouverture des bureaux de vote.

Plus tard, Fernando Herrera Silva, du PRI, le parti au pouvoir, était tué à Acolihuia, dans l'État de Puebla (centre).

Au moins 145 hommes politiques ont été assassinés depuis le début de la campagne en septembre. Le PRI a été le parti politique le plus touché par ces assassinats. Les experts en sécurité affirment que les cartels de la drogue utilisent la violence pour installer des maires amicaux et éliminer leurs rivaux pour faire fuir les prétendus réformateurs qui pourraient bloquer leurs affaires.

L'ancien président Felipe Calderon, soutenu par les États-Unis, a commencé à militariser la lutte contre les cartels de la drogue au Mexique en 2006, en envoyant des dizaines de milliers de soldats les combattre. Mais plus d'une décennie plus tard, cette stratégie a conduit à la fragmentation des groupes criminels qui se sont entraidés.

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