Elle est sans contredit l'une des plus grandes réalisations humaines de l'histoire. Construite pour défendre un empire, la Grande Muraille de Chine a aujourd'hui besoin d'être elle-même défendue. Selon une étude officielle du Parti communiste, 30 % de la partie construite lors de l'époque Ming il y a environ 500 ans, la portion la plus célèbre de la muraille, a complètement disparu.

Un texte d'Yvan Côté

La situation pourrait encore se détériorer si rien n'est fait, prévient Dong Yaohui, le vice-directeur de la Société de la Muraille de Chine.

« La muraille est comme un être humain », avise le spécialiste qui rédige depuis quelques mois un livre sur l'histoire militaire et architecturale du monument. « La muraille est malade et personne n'en prend soin. C'est une catastrophe. »

Pillages à répétition

Au coeur du problème : la construction de dizaines de routes et de voies ferroviaires dans le pays, les catastrophes naturelles, mais aussi le pillage.

Dans les années 1960, 1970 et 1980, des milliers de résidents le long du mur ont utilisé des pierres de la gigantesque structure pour construire leurs maisons. Ces vols à répétitions ont engendré des villages comme celui de Chen Jia Pu, dans la province d'Hebei, où le quart des résidences viennent de la muraille située sur une montagne à proximité.

« Nous n'avions pas le choix », nous a raconté un villageois. « Nous étions pauvres et c'était les seuls matériaux disponibles pour construire. Il faut aussi se rappeler, ajoute-t-il, que lors de la révolution culturelle, le gouvernement nous encourageait à nous débarrasser de tout ce qui représentait notre passé. La muraille faisait partie de notre héritage, alors on ne se sentait pas coupable de la détruire. »

Si ce phénomène a disparu avec la prospérité de la Chine, un autre fléau tout aussi inquiétant a depuis fait son apparition dans les campagnes. Les collectionneurs et amateurs de la muraille peuvent dorénavant se procurer des pierres pour à peine 7 $ l'unité sur le marché noir. « Certaines pièces qui ont été engravées par les soldats de l'époque ont une très grande valeur historique », déplore Dong Yaohui.

La population doit aussi contribuer à sauver ce que ses ancêtres ont mis 2000 ans à construire, pense-t-il. Il suggère d'embaucher des villageois dans chacune des municipalités, des anges gardiens qui aviseraient les autorités lorsqu'il y a du pillage ou lorsqu'une partie du monument risque de s'effondrer.

Selon une évaluation faite par son organisme, à peine 8,2 % des 21 000 km de la Grande Muraille est en bon état et ressemble à l'image parfaite que les gens se font de la structure.

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