Si le Brexit devient réalité, cela va-t-il relancer les hostilités entre les protestants et les catholiques d'Irlande du Nord? Nous sommes allés voir sur le terrain.

Sylvain Desjardins

  Un texte de Sylvain Desjardins

Les électeurs du Royaume-Uni décideront le 23 juin s'ils veulent sortir de l'Union européenne. Le référendum sur le Brexit (British Exit) se tient sur l'ensemble du territoire, soit en Angleterre, au pays de Galles, en Écosse et en Irlande du Nord.

L'économie et l'immigration dominent les débats sur le Brexit. En Irlande du Nord, un enjeu se superpose aux autres : le réveil de l'animosité entre les catholiques et les protestants. La terrible guerre civile qui s'est déroulée là-bas de 1968 à 1998 a laissé de nombreuses cicatrices. Et le processus de paix et de réconciliation est encore fragile.

Robert Campbell a appris à manier les armes à feu et à poser des bombes à l'âge de 16 ans. À 18 ans, il est devenu un membre actif de l'Ulster Volunteer Forces (UVF), le groupe paramilitaire protestant unioniste d'Irlande du Nord. L'UVF est l'ennemi juré des catholiques républicains de l'Armée républicaine irlandaise (IRA).

Il a été arrêté à l'âge de 20 ans et emprisonné pendant 15 ans. Aujourd'hui, à 59 ans, il fait régulièrement des visites de son quartier, Shankhill, pour les touristes.

Robert Campbell se trouve devant le mémorial du Bayardo, un des bars bombardés par ses adversaires de l'IRA. Cinq personnes avaient alors perdu la vie, en août 1975.

Ce mur sépare encore aujourd'hui le quartier protestant de Belfast-Ouest de celui des catholiques.

Le mur de Belfast-Ouest est impressionnant. Il fait huit mètres de haut et s'étend sur une distance de cinq kilomètres.

L'ex-combattant de l'IRA Robert McLanahan (à gauche) et l'ex-combattant de l'UVF Robert Campbell (à droite) travaillent aujourd'hui à maintenir la paix entre les deux communautés. Le grand-père de McLanahan a été tué par une bombe posée par le père de Campbell.

Robert McLanahan est un des fondateurs du parti Sinn Fein. Il a été emprisonné pendant 12 ans. On le voit ici au point de passage du mur de Belfast-Ouest. Il est lui aussi guide touristique à ses heures, de son côté du mur.

Aujourd'hui devenu un ardent défenseur de la réconciliation, Robert McLanahan est convaincu que les vieilles rivalités refont surface dans cette campagne référendaire.

Le quartier catholique de Belfast-Ouest a aussi sa rue des martyrs et ses sites de commémoration des attaques perpétrées par l'autre camp, pendant les décennies qui ont précédé les accords de cessez-le-feu, puis l'accord politique conclu en 1998.

Ici, le mémorial de Bombay Street. Le 15 août 1971, toute la rue de ce quartier catholique a été détruite par le feu et les bombes des combattants protestants unionistes de l'UVF.

La guerre civile et religieuse a fait près de 3500 morts. Ici, une fresque de Bobby Sands, chef de l'IRA, mort en prison d'une grève de la faim en 1981.

Cette fresque illustre des combattants de l'UVF dans Belfast-Est, un quartier unioniste protestant.

Paul Porter, directeur du Département des langues modernes à l'Institut royal de Belfast, fait partie de la faible majorité d'électeurs d'Irlande du Nord qui souhaite, selon plusieurs sondages, rester au sein de l'Union européenne.

Mais le poids démographique et électoral de l'Irlande du Nord est minuscule dans l'ensemble du Royaume-Uni. Il est donc, lui aussi, très inquiet.

Lee Reynolds dirige la campagne Vote Leave en Irlande du Nord, militant pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il est aussi un des dirigeants du Democratic Unionist Party (DUP).

« Si la démocratie est menacée, ce n'est pas en raison d'un vote démocratique. Et ce référendum est un vote démocratique. Ce qui menace la démocratie, ce sont les organisations républicaines dissidentes de l'IRA qui continuent de se battre entre elles. C'est ça, la vraie menace », explique Lee Reynolds.

Les populations protestante et catholique forment deux groupes d'importance à peu près égale en Irlande du Nord. Les catholiques sont plutôt favorables au maintien dans l'Europe; une bonne partie des protestants sont plutôt de l'avis contraire. Mais les deux blocs sont loin d'être homogènes. Et le vote à ce référendum sera davantage motivé par l'économie, les valeurs et la prudence.

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