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La justice indienne abolit la répudiation express de la femme musulmane

Par une décision qualifiée d'historique, mardi, la Cour suprême de l'Inde a interdit la pratique qui permet à un musulman de divorcer de son épouse dans la minute en prononçant à trois reprises le mot « talaq ».

Dans un jugement prononcé à trois voix contre deux, la plus haute instance judiciaire de l'Inde a déclaré que cette forme de répudiation express était « non islamique, arbitraire et inconstitutionnelle ».

« Nous sommes extrêmement heureux; les femmes musulmanes se sont battues pendant des années », a déclaré Hasina Khan, fondatrice de l'un des deux groupes de défense des droits de la personne ayant contesté devant les tribunaux cette forme de répudiation expéditive. Cinq autres femmes avaient aussi porté en justice, à titre individuel, leur propre cas de divorce instantané.

Ces dernières années en Inde, un nombre croissant de musulmans recouraient à la technologie pour congédier leur épouse, prononçant par exemple les trois mots fatidiques lors d'un appel effectué par Skype ou d'un message envoyé par l'entremise de Whatsapp.

Le gouvernement indien, dirigé par le parti hindou nationaliste Bharatiya Janata Party (BJP), était pour l'abolition de cette pratique. Mardi le premier ministre Narendra Modi a déclaré sur Twitter que ce jugement conférait l'égalité aux femmes musulmanes et leur permettait de prendre leur vie en main.

Une pratique qui remonte au huitième siècle après Jésus-Christ

L'Inde devient ainsi le 23e pays à interdire le divorce dicté par la formule du triple talaq, une pratique qui remonte au huitième siècle après Jésus-Christ et qui ne figure nulle part dans le Coran. Si des pays aussi divers que l'Égypte, le Sri Lanka ou encore les Émirats arabes unis ont banni cette pratique, l'Arabie saoudite en revanche l'autorise toujours.

Les défenseurs des droits des femmes rappellent que depuis des années, des milliers de femmes (issues particulièrement de milieux défavorisés) ont été écartées par leur mari à la suite d'un divorce expéditif, décrété verbalement. Une telle situation les rendait démunies et sans logis ou encore les forçait à retourner vivre dans leur famille. Sans compter que ces divorces ainsi expédiés laissaient les enfants dans une grande précarité.

Les juges ne sont pas tous d'accord

Les magistrats de la Cour suprême indienne qui se sont penchés sur cette affaire représentent respectivement les principales religions de l'Inde : hindouisme, islam, christianisme, sikhisme et zoroastrisme. L'un des deux juges dissidents a statué que la Cour constitutionnelle ne devait pas se mêler d'affaires touchant au droit personnel. Les juges dissidents ont aussi recommandé au parlement indien de légiférer en la matière, mais leur avis n'a pas de force exécutoire.

À noter que le jugement de la Cour suprême ne porte que sur le divorce instantané, et non sur les autres formes de répudiation qui s'étalent sur un temps plus long.

Une complexe affaire de religions

Le Conseil de la loi personnelle musulmane de l'Inde (AIMPLB), qui a toujours maintenu que la justice n'avait pas juridiction en la matière, doit encore faire connaître sa position sur le jugement. Pour sa part, le journal indien The Hindu cite un responsable du Conseil qui soutient que cette décision de la Cour suprême aura de nombreuses conséquences sur les droits des minorités religieuses de l'Inde.

Au sein de la communauté musulmane, les craintes sont vives que la majorité hindoue interdise à terme les lois religieuses des minorités. Les nationalistes hindous militent depuis longtemps pour l'uniformisation du Code civil en Inde.

Peuplée à 80 % d'hindous, l'Inde compte 180 millions de musulmans qui représentent 14 % de la population et constituent la première minorité religieuse.

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