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La menace américaine de tarifs sur l'automobile suit « une logique fragile », dit Trudeau

La décision des États-Unis d'explorer la possibilité d'imposer jusqu'à 25 % de taxes douanières sur les importations automobiles est basée sur une logique fragile et fait partie de la stratégie de Washington dans le cadre de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), a déclaré jeudi Justin Trudeau.

Le premier ministre canadien, en entrevue avec Reuters, a insisté : même si le président Donald Trump a soulevé l'idée de mesures punitives, il n'y a aucune garantie qu'elles se produiront.

Il a également prédit que les discussions sur les tarifs douaniers cesseront si les négociations, actuellement bloquées sur les questions relatives à l'automobile, sont couronnées de succès.

Le gouvernement américain a ouvert mercredi une enquête, en vertu de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, pour déterminer si les importations de voitures ont un impact sur la sécurité nationale des États-Unis. Le même cadre avait été utilisé pour imposer des droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium.

L'annonce de M. Trump est survenue quelques heures après un tweet promettant « de grandes nouvelles pour nos fabuleux constructeurs automobiles », victimes selon lui de « décennies de pertes de [leurs] emplois au profit d'autres pays ».

Le Canada rejette toute idée selon laquelle le pays pourrait constituer une menace pour les États-Unis. « Encore plus qu'avec l'acier et l'aluminium, j'essaie de comprendre le lien possible avec la sécurité nationale », a déclaré M. Trudeau à La Malbaie, jeudi, depuis le luxueux hôtel qui sera le site du Sommet du G7 dans deux semaines.

« Pousser ce possible lien jusque dans le domaine de l'automobile me semble être d'une logique encore plus fragile, a-t-il ajouté. Mais nous savons que c'est très lié aux négociations en cours sur l'ALENA. »

L'imposition de tarifs douaniers pourrait causer le chaos dans l'industrie automobile canadienne, fortement intégrée à l'économie nord-américaine. On retrouve au Canada d'importantes usines exploitées par General Motors, Ford, Fiat Chrysler, Honda et Toyota.

À Ottawa, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré aux journalistes que l'idée que les voitures construites au Canada représentent une menace pour la sécurité est « franchement absurde ». « C'est un point que nous faisons clairement valoir à nos partenaires et alliés américains », a-t-elle assuré.

Des tarifs dévastateurs... mais peu probables

Certains observateurs de l'industrie automobile canadienne réagissent avec choc et incrédulité à la nouvelle offensive américaine.

David Adams, président de Constructeurs mondiaux d'automobiles du Canada, qui représente les constructeurs japonais Honda et Toyota, qualifie la nouvelle de « déconcertante » puisque ces nouveaux tarifs feraient augmenter le coût des voitures aux États-Unis et nuiraient donc aux consommateurs américains que Trump souhaite protéger.

Selon l'Association canadienne des constructeurs de véhicules, le secteur canadien de l'automobile compte pour environ 500 000 emplois directs et indirects. Environ 95 % des véhicules construits au Canada sont exportés aux États-Unis.

La professeure Sui Sui, de la Ted Rogers School of Management de l'Université Ryerson, avance que ces tarifs pourraient être dévastateurs pour le Canada, mais elle doute que les États-Unis les appliquent. L'industrie nord-américaine est tellement imbriquée, dit-elle, que les tarifs nuiraient autant aux États-Unis au Canada.

Une mesure « farfelue »

Pour leur part, l'Union européenne et le secteur automobile du Vieux Continent ont exprimé jeudi leur exaspération face aux menaces américaines.

Les Européens, qui tentent déjà d'échapper à des droits de douane accrus de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium à partir du 1er juin, ont dénoncé une mesure « farfelue ».

« Il est très difficile d'imaginer que [les importations d'automobiles] créent la moindre menace à la sécurité nationale », a estimé le vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen.

Volkswagen, numéro un mondial de ce secteur stratégique pour l'Allemagne, voit dans la décision américaine une forme de « protectionnisme unilatéral », quand BMW, géant du haut de gamme, réclame lui un « accès sans barrières » au nom de « la croissance et l'emploi dans l'économie mondiale ».

En visite en Chine, la chancelière allemande Angela Merkel a plaidé pour « le soutien au libre-échange » sans évoquer l'automobile en particulier.

« Nous sommes extrêmement inquiets »

Le ministre japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, Hiroshige Seko, a quant à lui déclaré que le Japon, qui compte pour environ 40 % des importations de véhicules aux États-Unis, continuera de rappeler aux responsables américains que toute mesure commerciale doit être conforme aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Si de nouveaux tarifs sont imposés, « ce serait une sanction commerciale extrêmement lourde de conséquences qui mettrait le marché mondial dans la tourmente », a dit M. Seko. « Nous sommes extrêmement inquiets. »

À Pékin, le porte-parole du ministère du Commerce, Gao Feng, a déclaré aux journalistes que l'abus des dispositions relatives à la sécurité nationale pourrait « miner le système commercial multilatéral et perturber l'ordre du commerce international ».

« La Chine suivra de près les progrès de l'enquête américaine, procédera à une évaluation complète de l'impact possible et défendra fermement ses droits et intérêts légitimes », a déclaré M. Gao.

La Chine est certes un acteur relativement mineur sur le marché américain des importations automobiles. Son importante industrie automobile, par contre, est impatiente de se développer à l'étranger.

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