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La plus féroce adversaire du président Duterte jetée en prison

L'un des plus farouches adversaires du président philippin Rodrigo Duterte, la sénatrice Leila de Lima, a été arrêtée et accusée de trafic de drogues, vendredi matin, à Manille. La sénatrice clame son innocence dans cette affaire qui distille un parfum de vendetta politique.

Les procureurs allèguent que Mme de Lima a reçu des pots-de-vin de barons de la drogue pour financer sa campagne sénatoriale alors qu’elle était ministre de la Justice du président Benigno Aquino. Elle avait auparavant présidé la commission philippine des droits de la personne, où elle s'était attaquée à Rodrigo Duterte alors qu'il était maire de Davao.

La femme de 57 ans s’était réfugiée au Sénat jeudi soir, après avoir échappé à la police qui tentait de l’arrêter à son domicile, grâce à un mandat délivré un peu plus tôt dans la journée par un tribunal de Manille.

Elle s’est finalement rendue vendredi aux policiers, après avoir fait une déclaration à la presse, et publié sur son compte Facebook une déclaration vidéo d’une dizaine de minutes dans laquelle elle attaque M. Duterte de front.

« Comme je l'ai dit depuis le début, je suis innocente », a-t-elle déclaré à la presse. « Ils ne pourront pas me faire taire et m'empêcher de me battre pour la vérité et la justice, contre les meurtres quotidiens et l'oppression du régime Duterte ».

C'est un honneur d'être emprisonnée pour les choses pour lesquelles je me bats.

Leila de Lima

« Mon arrestation est un signe épouvantable du retour d’un gouvernement abusif, assoiffé de pouvoir et en faillite », ajoute-t-elle dans sa vidéo de 10 minutes, en soutenant que les accusations portées contre elles sont « fabriquées » par le département de la Justice.

« Il ne fait aucun doute que notre président est un meurtrier et un tueur en série sociopathe. »

« La guerre contre les drogues illégales prend pour cible tous ceux qui sont impliqués et l'arrestation d'une sénatrice en fonction montre la ferme résolution du président de combattre les dealers (...) et leurs protecteurs », a répliqué le porte-parole de la présidence Ernesto Abella.

« Je la détruirai publiquement », avait annoncé Duterte

Cette arrestation constitue le point d'orgue d'un vieille querelle entre M. Duterte et Mme de Lima. À la tête de la commission des droits de l'homme, elle avait, en 2009, ouvert une enquête sur les agissements de M. Duterte à Davao, la grande métropole du Sud dont il a longtemps été le maire.

Il est soupçonné d'y avoir orchestré ou toléré des escadrons de la mort visant des criminels présumés et des enfants des rues, tuant plus de 1000 personnes.

M. Duterte a été élu président en mai en promettant d’éradiquer le fléau, quitte à abattre des dizaines de milliers de personnes, trafiquants ou toxicomanes. Depuis son entrée en fonction, fin juin, la police a annoncé avoir tué 2555 suspects, et 4000 autres ont été abattues dans des circonstances non élucidées.

Le président évoquait lui-même des accusations de trafic de drogue contre la sénatrice en août dernier. « Je la détruirai publiquement », avait-il averti en lançant une campagne pour salir sa réputation. « De Lima ne baise pas seulement avec son chauffeur, elle baise aussi la nation », avait-il lancé avec sa vulgarité coutumière.

Mme de Lima a reçu l’appui de la vice-présidente Leni Robredo, aussi élue en mai dans une élection distincte de celle de M. Duterte. Les deux femmes sont membres du Parti libéral.

« L’histoire de notre pays est entachée par des cas où les responsables du gouvernement utilisent le processus judiciaire pour intimider, faire taire, ou éliminer les critiques », a dit Mme Obrado. « Nous ne pouvons pas, et ne devons pas, tolérer cela. »

Amnistie Internationale estime que l’arrestation de la sénatrice est une « tentative claire du gouvernement philippin de faire taire les critiques envers le président Duterte et de détourner l'attention des graves violations des droits de l'homme dans la "guerre contre la drogue" »

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a également exprimé son inquiétude: « nous suivons la situation de très près », a déclaré sa porte-parole Ravina Shamdasani.

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