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La pneumonie est-elle une maladie politiquement mortelle?

L'ennui avec la pneumonie de la candidate démocrate Hillary Clinton n'est pas tant une question de santé qu'une question de perception. Parce que la maladie se trouve à renforcer deux des principaux arguments de la campagne électorale de son adversaire Donald Trump.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Le premier argument est carrément sexiste, mais cela n'a jamais empêché Donald Trump et ses divers porte-parole de le répéter depuis des mois : Mme Clinton n'aurait pas la force ni l'endurance pour être présidente des États-Unis.

Par exemple, M. Trump aime à répéter que, dans l'affaire de l'attaque du consulat américain de Benghazi en 2012, Mme Clinton était partie se coucher et dormait tranquillement à la maison plutôt que d'essayer de faire parvenir des secours. Or, l'attaque en question a eu lieu en soirée en Libye et donc... en plein jour, heure de Washington.

L'accusation est tout à fait sans fondement, mais M. Trump et ses partisans vont la répéter sans relâche. Avec elle, bien entendu, le fait que Mme Clinton soit malade au point de devoir interrompre sa campagne - sans parler de cette vidéo qui roule en boucle sur les réseaux d'information et dans laquelle on la voit flancher en essayant de monter dans une voiture.

Il s'agit, bien entendu, de sexisme à peine voilé. Mme Clinton a été capable d'être une secrétaire d'État efficace pendant tout le premier mandat de Barack Obama et la campagne électorale à laquelle elle s'est prêtée depuis plus d'un an aurait eu raison de gens beaucoup plus jeunes qu'elle.

Mais il est ici question de perception et la maladie ne peut que renforcer une perception de faiblesse. Ceux qui croient qu'on nage ici dans un double standard évident avec M. Trump, qui n'a offert aucun document sérieux sur son état de santé, n'ont pas tort!

L'obsession du secret

L'autre problème est plus sérieux. Il concerne l'obsession du secret qui semble entourer tout ce que touche Mme Clinton.

Comme l'a dit sur Twitter David Axelrod, le stratège derrière les deux victoires de Barack Obama en 2008 et 2012, « les antibiotiques prendront soin de la pneumonie. Mais y a-t-il un remède pour un penchant dangereux pour le secret qui, lui, crée des problèmes inutiles à répétition? »

Ainsi, aurait-on su qu'on lui avait diagnostiqué une pneumonie s'il n'y avait pas eu cette vidéo? Sans doute pas. Et cela vient s'ajouter à toutes sortes d'autres incidents qui sont devenus autant d'attaques du clan Trump. Le meilleur exemple étant l'utilisation de serveurs privés pour ses courriels et des explications carrément mensongères - ce fut la conclusion du FBI - qu'elle a données ensuite.

Encore une fois, il y a un double standard. Mme Clinton a rendu publics ses rapports d'impôt - comme tous les candidats à la présidence l'ont fait depuis plus d'un demi-siècle - alors que M. Trump refuse toujours de le faire. Et malgré son aversion pour les conférences de presse, elle a donné plus d'accès aux journalistes qui suivent sa campagne que Donald Trump, qui a même interdit les représentants de certains médias qu'il juge hostiles.

Mais la perception existe - et se trouve renforcée - que « les Clinton ne suivent jamais les règles » ou encore « qu'ils ne disent jamais la vérité ». « Lying Hillary », répète M. Trump.

Cette véritable obsession du secret commence même à embêter des démocrates qui doivent défendre leur candidate contre toutes ces accusations.

Et toute cette histoire arrive à un mauvais moment dans la campagne, alors que Donald Trump remonte dans les sondages et se trouve, selon certains d'entre eux, dans la marge d'erreur. La pneumonie sera traitée et Mme Clinton sera bientôt sur pied. Restera à voir si les dommages à la santé de sa campagne électorale guériront aussi vite.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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