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La police catalane au centre du référendum

Les plus importantes forces de sécurité en Catalogne, les Mossos d'Esquadra, les policiers régionaux, se retrouvent bien malgré eux entre l'arbre et l'écorce avant le vote prévu dimanche.

Un texte de Jean-François Bélanger

La scène a tout du symbole. En plein cœur de Barcelone, devant la délégation du gouvernement central espagnol, des agents de la police nationale montent la garde, armés jusqu’aux dents, derrière des barrières de sécurité.

Face à eux, de l’autre côté du carrefour, deux membres des Mossos d’Esquadra papotent tranquillement sous un soleil de plomb. Les Mossos constituent la police régionale de la Catalogne, un peu l'équivalent de la Sûreté du Québec.

Ils sont près de 17 000 et constituent la plus importante force de police.

Au coin de la rue, des drapeaux indépendantistes catalans et des affiches appelant à voter « Si » au référendum donnent le ton et les conversations leur font écho.

L’air débonnaire, la moustache grise fournie et la casquette élimée, un policier catalan avoue ouvertement, dans un français presque sans accent, qu’il ira voter oui au référendum dimanche s’il en a la possibilité.

Il dit se prénommer Enric, mais refuse gentiment une entrevue pour la télévision. Dans la foulée, il parle des directives venues de Madrid. Elles ordonnent aux policiers de tout faire pour empêcher la tenue du scrutin, déclaré illégal par la cour constitutionnelle espagnole.

« Hors de question pour moi d’entrer dans un bureau de vote pour saisir une urne pleine des votes de ma mère ou de ma sœur », dit-il.

Josep Miquel Milagros se dit lui aussi déterminé à aller voter. Il porte d’ailleurs fièrement au poignet un bracelet indépendantiste. Il est membre des Mossos, mais son statut de représentant syndical lui permet de s’exprimer librement et ouvertement dès qu’il retire son uniforme, ce qu’il fait volontiers.

Des cas qui sont loin d'être isolés

Valentin Amadon, porte-parole du syndicat de policiers FEPOL, parle d’un gros malaise dans ses rangs.

« C’est une situation lamentable », dit-il, déplorant que les politiciens à Madrid et à Barcelone, incapables de s’entendre, placent ainsi les policiers régionaux entre l’arbre et l'écorce.

Les indépendantistes à la tête du gouvernement régional catalan avaient, au départ, prévu compter sur les Mossos d’Esquadra pour assurer l’ordre et la sécurité du référendum, comme pour toutes les élections. Ils essaient maintenant de trouver des failles pour permettre à la police régionale de se soustraire aux ordres venus de Madrid.

Les réunions de coordination organisées depuis une semaine entre les diverses forces de sécurité et les ministères de l'Intérieur des deux paliers de gouvernement tournent systématiquement au dialogue de sourds.

Les autorités de Madrid rappellent sans cesse la responsabilité de la police d’appliquer la loi et de faire respecter la Constitution pour protéger l’État de droit.

Un déploiement sans précédent

Conscient de l’ambivalence des policiers catalans, le gouvernement espagnol a dépêché en Catalogne plus de 10 000 policiers nationaux et membres de la garde civile.

Deux énormes navires ont été affrétés pour les loger dans le port de Barcelone.

Luiz Ignacio Martinez, membre de la police nationale espagnole, habitant à Barcelone depuis 25 ans, l’avoue : il n’a jamais rien vu de tel, ni lors des Jeux olympiques de 1992, ni même aux pires moments des attentats au Pays basque.

Les autorités espagnoles comptent sur le fait que les policiers venus d’ailleurs auront moins d’états d’âme lorsqu’on leur demandera d’empêcher le vote.

En théorie, la police nationale, la Guardia Civil et les Mossos sont tenus d’appliquer la même loi, les mêmes ordres. Mais le ministre catalan de l'Intérieur, Joaquim Forn, met de l’avant d’autres impératifs.

Selon lui, les Mossos d’Esquadra jouissent de la confiance et du soutien de la population et rien ne doit être fait pour briser ce lien.

Il s’attend à ce que les citoyens catalans organisent des sit-in autour des bureaux de vote pour les protéger. Dans ces conditions, dit-il, il ose croire qu’aucun policier n’utilisera la force pour les déloger.

Lors des manifestations de soutien au référendum, les citoyens, affichant fièrement leurs couleurs indépendantistes, se font régulièrement photographier en compagnie des Mossos d’Esquadra ou leur offrent des fleurs pour s’assurer leur sympathie.

Alors que l’Espagne est confrontée à la pire crise politique depuis 40 ans, l’avenir du pays semble plus que jamais suspendu à l’attitude de ses forces de police.

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