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La politique étrangère de Trump : rupture ou continuité?

Le premier mois de Donald Trump à la Maison-Blanche n'est même pas terminé que l'impression d'un chaos et le tourbillon étourdissant des déclarations, des tweets, des vociférations l'emportent sur tout le reste.

Une analyse de François BrousseauUn peu partout dans le monde, c’est avec un mélange d’effarement et d’appréhension que l’on regarde aller cette administration en se demandant, d’un jour à l’autre, ce qu’elle va encore nous sortir.

Dans une interview publiée lundi par le quotidien Le Monde, le politicologue québécois Charles-Philippe David opine que Donald Trump, je cite, « menace tout l’édifice international construit par les États-Unis depuis 1945 ».

Pourtant, malgré les « coups de gueule » trumpiens, on peut néanmoins défendre l’hypothèse selon laquelle c’est peut-être la continuité en politique étrangère qui va plutôt finir par l’emporter à Washington.

Car si on regarde l’Histoire avec un grand H, les précédents, les tendances longues, on est ainsi amené à se rappeler que, malgré le côté flamboyant et cassant de Trump, qui suggère un changement radical, il y a d’abord une longue histoire qui nous montre qu’au fil des décennies – avec des républicains ou des démocrates à la Maison-Blanche, des protectionnistes ou des libre-échangistes, des personnages tranquilles ou fantasques – la politique étrangère américaine a été un long fleuve avec des méandres, mais aussi des constantes.

Cette hypothèse peut également s’appuyer sur l’actualité des derniers jours.

On a bien vu, par exemple, que Justin Trudeau à Washington voulait justement jouer sur cette continuité, qu’il a explicitement appelée de ses vœux, avec des thèmes comme le commerce profitable aux deux côtés, l’alliance traditionnelle entre les deux pays, la lutte contre le terrorisme, tout en mettant de côté les sujets qui fâchent.

Chine, Japon : Trump fait marche arrière

Et puis, sur d’autres théâtres régionaux, du côté de l’Asie par exemple…

Voilà un président qui, tout au long de 2016, mais aussi en décembre, pendant la transition, et même au tout début de sa présidence officielle, affichait une ligne dure face à la Chine.

Il a fait de belles manières à Taïwan, a parlé directement à sa présidente Tsaï Ing-wen, après avoir remis en cause la politique « d’une seule Chine », et a attaqué sans cesse Pékin pour l’énorme déficit commercial des États-Unis.

Et voilà tout à coup qu’après un appel téléphonique, le 9 février, à Xi Jinping, le tout-puissant président chinois, soudain, ça va beaucoup mieux! Avec une spectaculaire volte-face sur la fameuse politique en vertu de laquelle Washington n’entretient pas de relations diplomatiques officielles avec Taïwan, le régime de Pékin étant l’unique dépositaire de la souveraineté chinoise.

Une politique qu’il avait pourtant remise en question en conversant, le 2 décembre, avec la présidente taïwanaise.

Une belle victoire symbolique pour Pékin. M. Trump a appris à son tour qu’il faut toujours se montrer « gentil avec le monsieur chinois »! M. Xi avait insisté pour bien faire comprendre qu’il ne prendrait jamais un appel téléphonique de M. Trump tant que le président américain n’aurait pas dit en toutes lettres : « Je reconnais la politique de la Chine unique ».

Un bel exemple où c’est la « continuité » qui l’emporte.

Et puis il y a le Japon, avec cette visite en grande pompe du premier ministre Shinzo Abe à Washington, le week-end du 10 février.

Donald Trump avait, durant sa campagne, répété que le Japon – en plus d’avoir lui aussi un méchant excédent commercial avec les États-Unis – ne devrait plus bénéficier de la protection militaire américaine, au prétexte que ça coûte trop cher, que ceux qui bénéficient du « parapluie américain » ne paient pas! Et maintenant, on va les faire payer, sinon…

Pourtant, entre la réception à la Maison-Blanche et la partie de golf à Mar-a-Lago, en Floride, on a assisté à de grandes effusions nippo-américaines, accentuées encore par le tir de missile nord-coréen, dimanche, qui les a forcés à se serrer publiquement les coudes.

Shinzo Abe est « notre grand allié indéfectible », « Nous appuyons le Japon à 100 % face à la Corée du Nord », etc.

Avec la Russie, des inquiétudes légitimes

Mais il y a la Russie et l’Europe : là, on a vraiment l’impression d’un virage radical et sans précédent. Ça a commencé avec les applaudissements envers le Brexit, puis les déclarations contre l’Union européenne, et puis, et surtout, avec la belle et suspecte amitié affichée par Trump et certains de ses proches avec Moscou.

Les incursions russes dans la campagne électorale américaine avec le piratage informatique du Parti démocrate, le parti pris de Moscou contre Hillary Clinton, les rumeurs de chantage russe possible contre un Trump « compromis »… : tout cela est sérieux.

Mais encore là, il faudra voir la suite.

Et que voit-on depuis quelques jours ? Trump, un peu forcé par les révélations de la presse, vient de congédier Michael Flynn, un grand ami de Moscou. Il a démissionné avec fracas… parce qu’il parlait trop aux Russes. Il a peut-être diffusé des secrets d’État à un ambassadeur russe.

Ce personnage n’aura pas fait un mois à son poste.

Depuis quelques jours, on émet, au Département d’État, beaucoup de critiques envers Moscou.

Donc il y a peut-être un processus de correction, d’autocorrection, qui est en marche. Dans la presse américaine, on lit beaucoup de choses sur l’amateurisme et l’imprudence de Donald Trump dans ses nominations, sur la légèreté de ses provocations.

Ne nions pas qu’il y a, en ce moment, à Washington, des velléités de changement de cap, y compris radicales en ce qui concerne l’Europe et la Russie. Il est certain que l’on a de bonnes raisons d’être inquiet, à Paris, Bruxelles ou Mexico, devant le spectacle incroyable de Washington.

Mais peut-être qu’au fond, le flot de paroles « trumpien », avec ses excès, ses contradictions, ses rodomontades, ne pèse pas aussi lourd qu’on le pense face à des positionnements diplomatiques, commerciaux, militaires, qui sont ancrés dans des décennies de politique étrangère.

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