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La présidente du Brésil est écartée du pouvoir

Le Brésil plonge dans l'inconnu à l'approche des Jeux olympiques de Rio alors que la présidente Dilma Rousseff a été écartée du pouvoir jeudi matin. Toutefois, elle promet de se battre contre la procédure de destitution dont elle fait l'objet et qui la prive déjà de ses fonctions.

La présidente, désormais suspendue, a réitéré devant des dizaines de ses partisans réunis que la procédure d'« impeachment » était « frauduleuse ». Elle a précisé qu'elle s'apparentait à un coup d'État et elle s'est présentée en victime d'une grande injustice.

À la suite de cette journée mouvementée au Brésil, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lancé un appel « au calme et au dialogue au sein de toutes les composantes de la société ».

Pour sa part, le président des États-Unis, Barack Obama, a affirmé sa « confiance dans la solidité des institutions démocratiques du Brésil pour résister aux turbulences politiques » par l'entremise du porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest.

Ouverture du procès en destitution

Mme Rousseff a été suspendue par le Sénat qui a voté pour l'ouverture d'un procès en destitution. Les Sénateurs ont voté massivement (56 des 81 sénateurs) pour sa mise en accusation. Elle est accusée d'avoir maquillé l'ampleur du déficit public pour faciliter sa réélection en 2014.

De plus, on lui reproche d'avoir dépensé des milliards de dollars à même les fonds publics sans l'accord du Parlement. Dilma Rousseff a répondu à cette accusation en mentionnant que tous ses prédecesseurs avaient eu recours à cette pratique.

Au terme de ce procès en destitution, soit d'ici 180 jours, les sénateurs devront voter à une majorité des deux tiers, soit 54 voix sur 81, pour officialiser sa mise à l'écart définitive.

Dans cette éventualité, c'est Michel Temer, vice-président et membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), qui assurerait la présidence jusqu'à la fin de son mandat, le 31 décembre 2018.

Il a déclaré jeudi qu'il allait travailler à restaurer la crédibilité de son pays à la fois sur le plan national et à l'étranger et a appelé les Brésiliens à l'unité. Il a aussi expliqué qu'il avait l'intention d'inciter à des partenariats public-privé, affirmant que l'État ne pouvait pas relancer l'économie du Brésil tout seul.

Pendant son procès en destitution, Dilma Rousseff sera en retraite, dans l'attente de la décision des sénateurs.

Âgé de 75 ans et spécialiste du droit constitutionnel qui a passé des décennies au Congrès, Michel Temer devait annoncer dès jeudi après-midi la composition de son gouvernement.

Il prépare déjà plusieurs mesures libérales en vue d'ajuster le budget, réformer le système déficitaire des retraites ainsi que la législation du travail.

Henrique Meirelles, ancien président de la banque centrale, sera notamment nommé aux Finances, selon un de ses conseillers.

L'opposition reproche à Dilma Rousseff d'avoir ruiné une économie qui a été l'une des plus performantes des pays en développement en mettant en oeuvre des mesures qualifiées de populistes qui se sont traduites par une envolée de l'inflation, une entrée en récession et une explosion du chômage.

« Aujourd'hui, nous essayons de surmonter cette situation en révoquant ce gouvernement irresponsable. Nous n'avons pas d'autre option », a déclaré le sénateur Blairo Maggi, l'un des plus gros producteurs brésiliens de soja. Ce dernier devrait siéger au sein du gouvernement Temer à titre de ministre de l'Agriculture.

« La destitution est une tragédie pour ce pays, c'est un traitement douloureux mais nécessaire, et continuer avec le gouvernement Rousseff serait une tragédie encore plus grande », a renchéri le sénateur José Serra. Il est pressenti pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères.

La présidente a également souffert des multiples scandales de corruption qui éclaboussent depuis des années une grande partie de la classe politique brésilienne.

Au coeur de ces scandales figure la tentaculaire affaire Petrobras, du nom du géant pétrolier brésilien que Dilma Rousseff a dirigé avant son élection.

La chef de l'État n'est pas accusée de corruption, Michel Temer non plus, contrairement à certains de ses alliés et collègues au sein du PMDB. Le parquet souligne qu'il est loin d'avoir terminé son enquête.

Des sondages peu favorables pour Rousseff et Temer

Les sondages d'opinion montrent qu'une écrasante majorité de Brésiliens souhaitaient que Dilma Rousseff soit destituée, mais Michel Temer ne jouit pas non plus d'une immense popularité.

À l'extérieur du Sénat, protégé par une clôture métallique pour séparer les manifestants, près de 6000 partisans de la destitution se sont réunis pour exprimer leur joie, pendant que la police utilisait des gaz lacrymogènes pour disperser ceux qui soutenaient la présidente.

Dilma Rousseff a fait connaître son intention de dissoudre le gouvernement dès sa destitution approuvée et a donné des instructions pour ne pas faciliter la transition, car elle considère sa suspension comme illégale.

Son gouvernement s'est tourné vers la Cour suprême pour contester la procédure, mais son recours a été rejeté mercredi.

Première femme élue à la tête de la première puissance économique d'Amérique latine, en 2010, Dilma Rousseff, 68 ans, a dénoncé à de multiples reprises un « coup d'État » et s'est montrée combative jusqu'au dernier moment, mais la situation économique déplorable du pays, conjuguée à la multiplication des scandales politico-financiers, a précipité sa chute.

Même si les partisans de l'opposition ont fait la fête sur l'avenue Paulista, avenue centrale de Sao Paulo, la plus grande ville du pays, beaucoup de Brésiliens s'inquiètent de la fin des plus de 13 années au pouvoir du Parti des travailleurs, une époque ouverte avec l'élection en 2002 de Luiz Inácio Lula da Silva, mentor de Dilma Rousseff.

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