« Détroit est comme le rock and roll. Détroit est comme la musique soul. Détroit est comme le concept de cool. Si vous devez l'expliquer à quelqu'un, cette personne ne comprendra probablement pas. Vous devez le voir, le vivre, l'être. C'est à ce moment que Détroit vient vous chercher », peut-on lire sur une affiche placardée à plusieurs endroits dans la ville.

Un texte de Philippe Leblanc

Vous la lisez pour la première fois et puis vous souriez. Belle campagne de publicité! Puis vous vous promenez en ville et vous comprenez exactement ce qu'elle essayait de vous dire.

La renaissance de Détroit est bien réelle.

Il est pratiquement impossible de trouver une place de stationnement au centre-ville. Les gens d'affaires font la file devant les camions de rue sur l'heure du dîner, même en hiver. La patinoire aménagée en plein centre-ville est bondée le soir et les fins de semaine.

Un des symboles les plus frappants de cette relance extraordinaire, trois ans à peine après que la ville de Détroit est sortie de la plus grande faillite du monde municipal américain, c'est le tramway.

La toute nouvelle ligne de tramway est un partenariat de 140 millions de dollars entre les secteurs public et privé et des organismes philanthropiques. C'est un des tramways les plus modernes en Amérique, alimenté par batteries sur la majorité des cinq kilomètres du trajet.

« On trouve un important quartier des spectacles à Détroit, quatre équipes de sport professionnel, des universités prestigieuses et des quartiers résidentiels intéressants, affirme Dan Lijana, le porte-parole de M-1 Rail qui exploite le tramway QLine. Le problème, c'est que rien ne reliait ces éléments de la ville. »

Le sauveur de Détroit?

Selon M-1 Rail, 7 milliards de dollars ont été investis ou le seront prochainement dans des projets de revitalisation le long de l'avenue Woodward, où circule le tout nouveau tramway, le premier en 60 ans à Détroit.

Cette renaissance de Détroit appartient principalement au secteur privé et à quelques sauveurs philanthropes.

Personne n'en fait autant pour sa ville que le milliardaire Dan Gilbert, le propriétaire de la firme d'hypothèques Quicken Loans et de l’équipe de basketball les Cavaliers de Cleveland. Grâce à sa firme d'hypothèques et à sa compagnie Bedrock Detroit, il a pu acheter pratiquement tout le centre-ville à prix dérisoire; 95 édifices du centre-ville lui appartiennent. Il a déjà investi plus de 3,5 milliards de dollars pour transformer et relancer Détroit.

« C'est gratifiant de sentir que j'aide Détroit à se relever et à redevenir ce qu'elle était », affirme John Olszewski, vice-président à la construction pour Bedrock.

Transformation d’une tour construite en 1926

Par une matinée frisquette, John Olszewski nous fait visiter l’un des plus importants chantiers de transformation en ville, la réfection de la Book Tower construite dans les années 20 et vacante depuis une décennie. La Book Tower sera transformée en hôtel et condos d'ici cinq ans.

On trouve des débris partout, des vieilles imprimantes et des mannequins de couture. C'est un rappel que le temps s'était longtemps arrêté à Détroit. Depuis deux ans, les équipes menées par John Olszewski nettoient l'intérieur de l'édifice. Ils n'ont même pas pu commencer les travaux de réfection de la tour de 38 étages.

Il faudra ensuite entamer les travaux de décontamination d'amiante, puis rénover entièrement l'édifice. Les travaux de restauration ont cependant commencé à l'extérieur avec le toit de cuivre et les statues de terre cuite italienne qui menaçaient de s'écrouler, rongées par le froid, le vent et le temps.

À quand la renaissance des quartiers résidentiels?

La renaissance du centre-ville de Détroit est bien réelle, mais promenez-vous dans les quartiers résidentiels et vous verrez encore des centaines de maisons abandonnées et des terrains vacants.

Le programme municipal de démolition des maisons abandonnées a mené à la destruction de 11 000 propriétés ces dernières années. Le programme a été mis sur pied pour des raisons de sécurité puisque des voyous et squatteurs brûlaient régulièrement ces maisons.

L'été dernier, la firme d'hypothèques Quicken Loans (du milliardaire Dan Gilbert) et la Ville de Détroit ont également lancé un projet de rénovation de maisons abandonnées. Six quartiers sont visés et le but est de les rendre plus sécuritaires, d'attirer de nouveaux propriétaires et de rehausser la valeur générale des propriétés à Détroit. Environ 80 maisons ont été rénovées.

« Nous investissons en moyenne 85 000 $ par maison pour refaire entièrement les systèmes d'électricité, de chauffage et de plomberie en plus de refaire l'aspect visuel », explique Laura Grannemann, la vice-présidente du Fonds d'investissement communautaire Quicken Loans. « Nous revendons les maisons ensuite 70 000 $ en moyenne. »

Il y a encore fort à faire à Détroit et la relance prendra encore des années, sinon plus d'une décennie. Mais la renaissance de la ville de l'automobile à l'économie maintenant diversifiée et axée sur les nouvelles technologies est déjà un miracle.

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