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La renaissance se fait attendre à L'Aquila, sept ans après le séisme

Une ville fantôme. Avec ses rues vides bordées de façades fissurées où l'on peut marcher de longues minutes sans rencontrer âme qui vive, L'Aquila présente aujourd'hui une bien triste image.

Un texte de Jean-François Bélanger

En traversant la Piazza del Duomo, où tous les édifices se cachent derrière d'imposants échafaudages, difficile d'imaginer que l'endroit a déjà été grouillant d'activité.

C'était, bien sûr, avant le tremblement de terre d'avril 2009 qui a fait plus de 300 victimes et détruit le cœur historique de la capitale des Abruzzes. Le séisme a aussi eu pour effet de déplacer plus de 50 000 résidents de la ville vers des habitations en banlieue, construites dans l'urgence.

Plus de sept années se sont écoulées depuis le drame, et la construction, longtemps promise, n'a pas eu lieu. Dans la zone rouge, les immeubles aux façades lézardées ont tous été abandonnés et la végétation a envahi les lieux.

Les bâtiments encore debout ont été étayés dans l'urgence pour éviter qu'ils ne s'écroulent, mais les travaux n'ont pas progressé depuis.

Dans ce morne paysage, le petit café de Nicoletta Colaneri attire immédiatement le regard.

Au milieu de la grisaille, la jeune propriétaire a disposé trois tables hautes avec des chaises. Mais surtout, elle a masqué avec des bâches l'immeuble d'en face, en ruine, et orné son bout de rue d'une série de bacs à fleurs. « Les fleurs, c'est la vie », résume-t-elle, quand on lui demande pourquoi.

Son café-bar en est à ses tout débuts, ouvert depuis à peine plus d'une semaine. Alors que les touristes et les passants se font horriblement rares au centre-ville, le projet paraît terriblement risqué. Quand on lui en fait la remarque, Nicoletta affiche une détermination sans borne et un optimisme qui frôle l'aveuglement.

Avant le tremblement de terre, le centre-ville de L'Aquila abritait plus de 900 commerces. Il y en a aujourd'hui à peine une trentaine.

Du retard dans la reconstruction

Massimo Cialente, le maire de L'Aquila, reconnaît que les chantiers ont pris beaucoup de retard. Un délai qu'il explique en partie par la nécessité de mettre tout le monde à l'abri dans les faubourgs de la ville avant de penser reconstruire le centre, la nécessité aussi de construire selon des normes antisismiques. Mais il avoue qu'une bonne partie des retards sont inexcusables.

Le maire se dit néanmoins convaincu que le centre-ville sera entièrement rénové d'ici la fin 2018, et le reste de la ville, cinq ans plus tard. Il affirme avoir mis en place une politique visant à faire revenir, d'ici là, vers le centre, les commerçants et les habitants.

Mais Vito Laterza n'a pas attendu que le centre-ville soit reconstruit pour y revenir. Il a été l'un des premiers à s'y installer. Au milieu des ruines d'un centre-ville sans électricité, sa petite fromagerie-charcuterie faisait office de phare dans la nuit. Et découpant au couteau de minces tranches de prosciutto, il a l'impression d'avoir tout ce temps rempli un rôle de service public.

Comme Nicoletta, il dit se nourrir d'espoir, mais Vito n'est pas tendre envers les dirigeants italiens.

Comme plus de 10 000 habitants de L'Aquila, Vito Laterza habite toujours un logement de banlieue préfabriqué, construit dans l'urgence après le séisme. La solution, mise en place par le gouvernement de Silvio Berlusconi, ne devait être que temporaire, mais elle dure encore, sept ans plus tard.

L'immeuble qu'il a dû fuir en catastrophe, dans la nuit du 6 avril 2009, est inhabitable et Vito Laterza ne sait toujours pas si les autorités vont le reconstruire ou non. Chaque fois qu'il le visite, il est replongé dans cette nuit d'horreur où tout bougeait, où tout tombait.

« En trente secondes, on a perdu le travail de toute une vie », dit-il, en marchant au milieu des gravats.

Dans une pièce du rez-de-chaussée, Vito Laterza repère l'arbre de Noël familial et deux peluches appartenant à sa fille, alors âgée de 5 ans. Il se penche pour les ramasser, puis sa gorge se noue. « Je n'aime pas revenir ici, ajoute-t-il, car cela fait remonter plein de souvenirs. »

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