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La reprise des combats en Ukraine a déjà fait 23 morts

L'Ukraine est à nouveau à feu et à sang. Après deux années de calme relatif, les affrontements ont repris dimanche entre l'armée ukrainienne et les rebelles prorusses. Le bilan s'élève déjà à 23 morts, et les autorités craignent une crise humanitaire.

Les affrontements se sont poursuivis toute la nuit de mercredi à jeudi entre les soldats ukrainiens et les rebelles prorusses, faisant au moins huit morts, dont une civile.

Au cinquième jour de la reprise des conflits le 29 janvier, qui ont maintenant fait 23 morts, le président ukrainien, Petro Porochenko, a appelé jeudi à intensifier les pressions sur la Russie.

Les soldats russes tirent sur Avdiïvka (...) Le monde doit être plus actif dans sa pression sur la Russie pour obtenir un cessez-le-feu.

Le président ukrainien Petro Porochenko

La ville d'Avdiïvka a toujours été un point névralgique du conflit.

La ville de 20 000 habitants abrite un important contingent de soldats ukrainiens, en plus d’être située en banlieue nord de la base rebelle de Donetsk. Étant situés aussi près l'un de l'autre, les deux camps ont pris soin de s’enraciner solidement dans leur position respective et sont tous deux lourdement armés.

En avril 2014, Avdiïvka avait été capturée par les combattants prorusses, en réaction au soulèvement pro-européen organisé par le mouvement Maïdan à Kiev. Celui-ci avait été violemment réprimé par le régime prorusse, qui a été renversé dans la même année.

L’armée ukrainienne avait réussi à reprendre Avdiïvka quelques mois après sa capture, et en assure toujours le contrôle depuis.

Une crise humanitaire imminente

Les combats qui sévissent dans la ville d’Avdiïvka, dans l’est de l’Ukraine, sont les plus violents observés depuis la trêve signée le 29 décembre dernier.

Dans les dernières 24 heures seulement, les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont recensé 2300 explosions dans ce secteur.

Les bombardements intensifs ont causé des dommages importants à la centrale électrique d’Avdiïvka, ainsi qu’à la station de filtration d’eau de Donetsk, qui fournit les deux camps en eau courante.

La population s’est ainsi retrouvée sans électricité, ni chauffage et eau courante, dans une période de grand froid où le mercure peut descendre jusqu’à -22 degrés Celsius pendant la nuit.

Face à la menace de pénurie alimentaire, l'armée a installé des cantines itinérantes pour distribuer du gruau de sarrasin et du thé à plusieurs centaines d'habitants. Sept camps ont également été installés à travers la ville pour permettre à la population de se réchauffer.

Alors que le froid et les combats perdurent, le gouvernement ukrainien a pris la décision d’évacuer la population d’Avdiïvka. Pour l’instant, seulement 145 habitants auraient accepté l’offre d’évacuation, parmi lesquels 88 enfants.

Moscou et Kiev se relancent la balle

Il est difficile de savoir à qui est due la reprise des conflits, les deux camps s’accusant mutuellement d’avoir provoqué l’autre.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a accusé le gouvernement ukrainien d’avoir volontairement intensifié les violences pour détourner l’attention médiatique des questions nationales et la ramener sur le conflit.

La diplomatie ukrainienne a démenti jeudi ces accusations, déclarant qu’elles étaient « à la fois absurdes et complètement fausses ».

Un soldat ukrainien répondant au nom de guerre de Zoo a par ailleurs indiqué jeudi à l'AFP être persuadé que des soldats russes ont participé aux attaques contre Avdiïvka.

Personne d'autre n'aurait pu se coordonner aussi bien

Le soldat ukrainien « Zoo »

Le Canada maintient son engagement

Le ministre canadien de la Défense Harjit Sajjan s'est dit inquiet de la situation en Ukraine.

« J'étudie les options que nous avons sur la façon dont nous pouvons améliorer notre soutien et quels changements nous devons apporter » a déclaré mercredi M. Sajjan, affirmant également que le Canada entend maintenir son engagement en Ukraine.

J'ai toujours dit que, quand on envoie des troupes, on veut être certains qu'elles auront un effet important. Et nous avons un effet important en Ukraine.

Harjit Sajjan, ministre canadien de la Défense

Les troupes canadiennes sont présentes en Ukraine depuis l'été 2015. Les déclarations du ministre laissent croire qu'une expansion de la mission est possible, mais aucune confirmation n'a encore été apportée à ce sujet.

La communauté internationale réagit

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a enjoint à Moscou de profiter de sa « considérable influence auprès des rebelles » prorusses pour mettre un terme aux combats.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a pour sa part appelé à « un retour immédiat au cessez-le-feu », et ses membres ont exprimé leur « grande inquiétude quant à la dangereuse détérioration de la situation dans l’est de l’Ukraine, et à ses graves conséquences sur la population civile locale ». Ils ont affirmé soutenir pleinement la « souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».

Le Conseil a également condamné l’utilisation d’armes interdites par l’accord de paix de Minsk II, notamment du lance-roquettes Grad.

Arme d’artillerie lourde conçue par l’Union soviétique dans les années 1960, le lance-roquettes Grad était fréquemment utilisé dans la première année du conflit, jusqu’à l’adoption de l’accord de paix de Minsk II en février 2015.

C’est la capture par les combattants prorusses de la ville de Debaltseve, et les importantes pertes humaines que la bataille avait entraînées, qui avait mené aux négociations de l’accord encadrées par la France et l’Allemagne.

Suivant le premier accord de paix, le Protocole de Minsk, qui avait échoué, ce nouveau traité devait assurer le maintien de la paix dans la région.

S’il n’a jamais été réellement respecté, l'accord a malgré tout réussi à instaurer un calme relatif jusqu’à ce que les violences reprennent plus tôt cette semaine.

L’effet Trump

La reprise des combats survient un jour après le premier contact officiel entre les présidents russe et américain qui a eu lieu par téléphone le 28 janvier.

Donald Trump a plaidé publiquement et à plusieurs reprises pour un rapprochement des États-Unis avec la Russie, qui est accusée par Kiev et l’Union européenne de soutenir militairement les séparatistes prorusses.

Moscou pourrait donc vouloir tester les limites de la Maison-Blanche, selon certains observateurs, voire profiter du flottement actuel à Washington pour repousser ces limites.

L’escalade des tensions dans l’est de l’Ukraine pourrait toutefois se révéler bénéfique pour le gouvernement ukrainien autant que pour les rebelles prorusses, selon l’analyste politique indépendant Vadim Karasyov.

« Kiev cherche à gagner le support de la nouvelle administration Trump, et pour ce faire, elle doit montrer que les séparatistes et le Kremlin font dérailler les accords de paix », croit l’analyste établi à Kiev.

« Pour le Kremlin, c’est important de montrer qu’il détient la guerre comme la paix dans ses mains, et que, si les États-Unis veulent la paix en Ukraine, ils doivent offrir quelque chose en retour », affirme M. Karasyov.

L’origine du conflit

La guerre en Ukraine avait éclaté au printemps 2014, avec l’annexion de la Crimée par la Russie. L’annexion de cette région ukrainienne par les Russes avait mené à l’imposition de sanctions contre la Russie par les États-Unis, sous la présidence d’Obama.

Le nouveau président américain ne s’étant encore jamais prononcé clairement sur l’annexion de la Crimée, Kiev craint maintenant que l’administration Trump n'allège les sanctions imposées à la Russie.

Certains experts croient que le soutien de Moscou aux séparatistes prorusses vise à embourber l’Ukraine dans des tensions internes afin de l’empêcher de se joindre à l’OTAN et à l’Union européenne.

Plus de 1 million de déplacés

On ignore encore le nombre total de pertes humaines qu’a causées le conflit. Les Nations unies estiment toutefois que 9700 personnes y ont perdu la vie, et que plus de 22 000 ont été blessées. À cela s’ajoutent plus de 1 million de personnes forcées de fuir leur logement.

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