La route migratoire des Balkans, empruntée l'an dernier par des centaines de milliers de migrants syriens, irakiens ou afghans en route vers l'Europe du Nord, s'est pratiquement fermée mercredi, accroissant du coup la pression sur la Grèce.

La fermeture de la route résulte d'une décision de la Slovénie, qui depuis mardi minuit, heure locale, ne laisse plus transiter de migrants sans papiers par son territoire, sauf pour des exceptions « humanitaires ».

La Croatie, qui est membre de l'Union européenne (UE), mais pas de l'espace Schengen, a adopté une approche similaire, tout comme la Serbie et la Macédoine, qui ne sont pas membres de l'UE.

Depuis quelques jours, la Macédoine n'acceptait déjà plus que certains réfugiés syriens et irakiens en provenance de la Grèce, et refoulait les Afghans. Désormais, les Syriens et les Irakiens se retrouveront coincés en Grèce, comme des milliers d'autres migrants.

À l'heure actuelle, plus de 36 000 migrants sont bloqués en Grèce, pays membre de l'UE mais à l'économie exsangue. Environ 13 000 d'entre eux sont massés à Idomeni, près de la frontière avec la Macédoine, dans des conditions exécrables.

L'an dernier, des centaines de milliers de migrants avaient emprunté la route des Balkans, franchissant à pied la Macédoine et la Serbie, puis la Hongrie ou la Slovénie, avant d'atteindre l'Autriche et enfin l'Allemagne, qui les accueillait à bras ouverts.

Certains poursuivaient leur route jusqu'en Grande-Bretagne ou en Suède.

L'ambiance a cependant changé en Europe, comme l'a montré l'entente de principe convenue au début de la semaine entre les 28 pays membres de l'UE et la Turquie afin de lutter contre les réseaux de passeurs et de contrôler les flux migratoires.

L'entente a été conclue sur la base « d'un Syrien admis pour un Syrien expulsé » : tous les migrants arrivés en Grèce doivent ainsi être renvoyés en Turquie, qui enverrait ensuite un migrant dûment enregistré chez elle dans un pays de l'UE.

Cet accord, qui doit être officialisé la semaine prochaine, a entériné la fermeture de la route des Balkans; les décisions subséquentes de la Slovénie et des autres pays de la région viennent en quelque sorte la concrétiser.

Une entente vertement critiquée

L'entente de principe ne passe cependant pas comme une lettre à la poste au Parlement européen, où elle a été présentée mercredi matin. Des députés de toutes les tendances estiment qu'elle viole l'esprit, sinon la lettre, de la convention de Genève et des traités fondateurs de l'Union européenne, et que les dirigeants européens ont « cédé au chantage » de la Turquie.

Ankara a en effet accepté de reprendre des migrants arrivés en sol européen en échange d'une aide supplémentaire de 3 milliards d'euros - 3 milliards supplémentaires lui avaient été consentis l'automne dernier -, d'une exemption de visas pour ses ressortissants voyageant dans l'UE dès la fin juin, plutôt qu'en octobre comme prévu, et de l'ouverture rapide de négociations sur cinq chapitres en vue d'une possible adhésion à l'UE.

Manfred Weber, le président du Parti populaire européen, le plus grand groupe au Parlement, a appelé les États membres de l'UE à ne pas donner un « chèque en blanc » en Ankara, en qualifiant d'« inacceptables » les atteintes à la liberté de presse en Turquie, et la récente mise en tutelle du journal d'opposition Zaman.

« Il ne faut pas mélanger le dialogue sur les réfugiés avec les négociations sur l'adhésion à l'Union européenne », a estimé Gianni Pittella, président de S&D, deuxième groupe en importance, qui réunit les sociaux-démocrates, les socialistes, les travaillistes et les démocrates.

« Ce que nous faisons, c'est de donner les clés des portes de l'Europe au sultan Erdogan. Je trouve ça hautement problématique », a tonné le chef de file des élus libéraux, Guy Verhofstadt.

Le coprésident du groupe des Verts, Philippe Lamberts, a fustigé quant à lui une « faillite morale » des dirigeants européens. « On déroule le tapis rouge à un régime qui muselle sa presse [...] et bombarde sa propre population », a-t-il dit, dans une référence au conflit kurde en Turquie.

Le même son de cloche se fait entendre dans les rangs europhobes. « Erdogan vous roule dans la farine et vous fait chanter. Et c'est celui que vous voulez intégrer dans l'Europe? », a lancé la chef de file de l'extrême droite, Marine Le Pen, chef du Front national.

Le Britannique Nigel Farage, leader de la campagne pour que le Royaume-Uni quitte l'UE, a pour sa part averti qu'un vote pour y rester lors du référendum prévu à cette fin le 23 juin équivaudrait à un « vote pour l'adhésion de la Turquie ».

La République de Chypre, qui couvre la patrie sud de l'île, et qui est membre de l'UE, est aussi ouvertement opposée à l'accélération des négociations avec la Turquie. L'île Méditéranéenne est divisée depuis qu'Ankara a envahi la partie nord de l'île en 1974.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un chiot décide de se rafraîchir... dans le réfrigérateur





Rabais de la semaine