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La Russie se livre à une « attaque en règle » contre la liberté d’expression, dit Human Rights Watch

La Russie empiète de plus en plus sur la liberté d'expression au nom de la lutte contre « l'extrémisme », révèle un nouveau rapport accablant de l'organisation Human Rights Watch. Selon les données recueillies, l'État russe aurait grandement resserré la surveillance en ligne de ses citoyens, une tendance qui ira en augmentant.

Au cours des dernières années, le gouvernement russe a mis en place de nouvelles lois pour combattre la diffusion des discours haineux ou extrémistes. Human Rights Watch avance toutefois que le gouvernement cherche plutôt à contrôler le débat public et à éliminer toute critique à l'égard du Kremlin.

Ainsi, au cours des douze derniers mois, une centaine de personnes ont été poursuivies par le gouvernement russe en vertu des nouvelles mesures. Selon des données récoltées auprès du centre SOVA, un think thank russe, le nombre de personnes envoyées en prison pour avoir tenu des discours « extrémistes » est passé de 54 à 94 entre septembre 2015 et février 2017.

Or, les lois qui encadrent les discours haineux et extrémistes sont volontairement floues, tant dans leur contenu que dans leur application, soutient Human Rights Watch. Yann Breault, codirecteur de l’observatoire sur l’Eurasie au Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation de l’UQAM, abonde dans le même sens.

« La ligne de démarcation entre ce qu’on peut dire et ce qu'on ne peut pas dire est un peu floue […] Les journalistes et les blogueurs marchent les fesses serrées parce qu’on ne sait pas quelle est la ligne qu'il ne faut pas franchir », explique-t-il.

Yann Breault évoque notamment le cas de journalistes qui se sont retrouvés dans la mire des autorités après avoir écrit des papiers sur les enfants du président russe, Vladimir Poutine.

Le professeur se dit peu surpris par les conclusions du rapport de 2017, qui se font l’écho de celles des années précédentes. « Depuis 2012, depuis la réélection de Poutine à la présidence, on assiste à un resserrement au niveau législatif, on essaie d’augmenter la capacité de l’État de superviser ce qui se dit dans les médias et maintenant sur Internet », explique-t-il.

Les jeunes dans la ligne de mire

Selon le rapport de Human Rights Watch, la surveillance russe sur le web se fait particulièrement sentir dans des espaces où on discute de sujets sensibles aux yeux de Moscou, comme le conflit en Ukraine, la guerre en Syrie et les droits de la communauté LGBTQ, qui regroupe les minorités sexuelles. Les autorités russes surveillent également attentivement les discours des associations politiques et des militants critiques des politiques de Vladimir Poutine.

À ce sujet, Yann Breault évoque l’existence d’une nouvelle génération d’opposants à Poutine. Ces jeunes consomment l’information en dehors des canaux traditionnels, rappelle-t-il. Confrontés à des conditions socio-économiques plus difficiles que celles des aînés, ces mêmes jeunes sont également plus prompts à sortir dans la rue pour contester le pouvoir en place.

Le professeur rappelle que les dernières manifestations en Russie ont été lourdement réprimées par le gouvernement central et que cette répression pourrait se transporter des rues aux communautés en ligne.

« On se dirige vers une année d’élection en 2018, alors il n’est pas étonnant à ce stade-ci […] que le pouvoir essaie de circonscrire la marge de manœuvre d’une opposition qui s’exprime [aussi] en dehors des institutions prévues », indique-t-il.

Yann Breault soutient que la popularité et l’influence de certains acteurs politiques sur les réseaux sociaux, comme Alexeï Navalny, figure emblématique de l’opposition russe, pousse aussi le Kremlin à resserrer sa surveillance.

Le professeur soutient que malgré la publication de rapports incriminants année après année, il y a peu de chance que Moscou change son approche en matière de liberté d’expression.

« Les Russes veulent prendre leurs décisions eux-mêmes et ne veulent pas faire l’objet de pressions extérieures », affirme-t-il.

Human Rights Watch, dans son rapport, invite les géants d'Internet à ne pas céder aux pressions du gouvernement russe quant à la surveillance des utilisateurs. Toutefois, ce n'est pas la peine de compter sur Facebook et Google, prévient M. Breault. « Les sites qui [tentent de déjouer le gouvernement russe] peuvent faire l’objet de fermeture », dit-il en rappelant que le site de réseautage professionnel LinkedIn a été fermé il y a quelques mois pour avoir contrevenu aux politiques russes.

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