Championne de l'égalité des sexes, la Suède voit pourtant déferler, depuis quelques mois, une vague #MeToo impressionnante. Étonnant dans un pays où 25 % des congés parentaux sont pris par les hommes, où les femmes participent à 88,5 % au marché du travail (le plus haut taux d'Europe) et où 43 % des députés au Parlement sont des femmes.

Un texte d’Alexandra Szacka

Mais la Suède affiche aussi une autre statistique, plus troublante celle-ci. C’est un des pays où il y a le plus de viols signalés à la police au monde. Alors, qu’en est-il vraiment de la fameuse liberté sexuelle des Suédois?

« Nous n’avons pas de liberté sexuelle. La Suède c’est plutôt une prison sexuelle », lance Cissi Wallin, 32 ans, actrice, journaliste et blogueuse de Stockholm, qui s’est rendue célèbre en publiant sur son compte Instagram le nom de celui l’aurait agressé 11 ans auparavant. Un journaliste connu, qui a aussitôt perdu son poste.

Mais les dénonciations comme celle de Cissi Wallin sont loin d’être la marque de commerce de la révolution #MeToo à la suédoise. Si quelques animateurs de télévision, directeurs de théâtre et journalistes ont été dénoncés au cours des derniers mois, le mouvement a plutôt pris la voie des dénonciations massives, mais anonymes (les noms de l’agresseur et de la victime étaient dissimulés).

Dans à peu près chaque corps de métier, chaque profession, une liste #MeToo a vu le jour sur les réseaux sociaux, presque toujours avec un mot-clé spécifique. #Silenceaction pour les actrices, #backstage pour les femmes de théâtre qui travaillent dans l’ombre, #selfdefense pour les policières, #deadline pour les journalistes, #killtheking pour les musiciennes rock, etc.

« La force de ce mouvement m’a surprise », dit Elisabet Frérot-Södergren, journaliste à TV4 et grande reporter internationale. « Parce que ça fait des années qu’on parle de ce problème et maintenant il y a un métier par jour qui sort une liste pendant des semaines, des milliers et des milliers de femmes qui signent, ça, ce n’était pas attendu du tout. »

Plus de 70 000 femmes ont signé ces fameuses listes. Elles disent vouloir changer les structures qui ont mené à ces inconduites sexuelles plutôt que désigner les individus.

« Nous voulons changer la structure du pouvoir, car c’est comme ça que nous changerons la société », dit l’actrice Moa Gammel, instigatrice de la liste #silenceaction.

Une des listes qui a vu le jour très rapidement, c’est celle des femmes policières. Presque une femme sur trois faisant partie des forces de l’ordre a signé la liste #selfdefense. Une de ses fondatrices, Kerstin Dejenyr, qui a 25 ans d’expérience comme policière, nous a raconté comment, en deux jours seulement, elles ont recueilli plus de 2000 signatures et témoignages. Elles sont 5000 aujourd’hui.

Les organisatrices ont ensuite confectionné un immense collier de perles de plastique qu’elles sont allées offrir au chef de police, pour lui parler des problèmes profonds que vivent les policières.

« Nous avons déposé le collier sur la table », raconte Kerstin. « Nous nous sommes mises à énumérer chaque perle : celle-ci est pour la policière qui ne peut pas dormir la nuit, celle-là pour celle qui pleure quand elle se rend au travail, et celle-là pour celle qui a renoncé à son travail ». Il paraît que le chef a été très touché et a promis d’agir.

Il est un peu trop tôt pour dire où ce mouvement va mener la société suédoise. Mais d’ores et déjà, des hommes ont sauté dans le train en marche. Le directeur de la plus grande station de télévision privée, après avoir congédié quelques têtes d’affiche accusées d’inconduite sexuelle, a mené une enquête interne et a adopté un code de conduite « tolérance zéro ». Il doit être scrupuleusement respecté par tous.

« Il nous fallait à tout prix regarder plus loin, trouver une solution à long terme », dit-il. « Partir de cette expérience douloureuse pour avancer ».

L’histoire dira si les Suédoises et les Suédois sauront faire un grand bond en avant pour se retrouver, comme pour l’égalité des sexes, dans le peloton de tête. Ils sont bien partis, en tout cas.

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