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La Turquie entend régler ses comptes avec l'État islamique

La Turquie réaffirme sa détermination à combattre le groupe armé État islamique (EI) au surlendemain du carnage commis par un jeune kamikaze, samedi, à Gaziantep. Selon le plus récent bilan, l'attaque a fait 54 victimes, dont 29 âgées de moins de 18 ans, dont 22 avaient moins de 14 ans.

« Notre frontière doit être nettoyée de Daech », a affirmé lundi le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, lors d'une conférence de presse à Ankara. « Il est de notre droit le plus naturel de combattre cette organisation terroriste sur notre territoire et à l'étranger. »

Selon le ministre, la Turquie est la « cible numéro un » de l'EI parce qu'elle empêche de nouvelles recrues de franchir la frontière de 800 kilomètres qui sépare le pays de la Syrie, et qu'elle a arrêté des centaines de ses militants. Le fait que le président Erdogan soutienne que l'EI « ne représente pas l'Islam » est aussi en cause, selon lui.

L'attentat de samedi n'a pas été revendiqué. Selon une source de sécurité consultée par Reuters, l'engin explosif qui a été utilisé est cependant du même type que ceux utilisés dans deux autres attentats-suicide imputés à l'EI par Ankara, l'un commis en juillet 2015 dans la ville Suruc, l'autre, lors d'un rassemblement prokurde à Ankara en octobre 2015.

État islamique, le règne de la terreur

Une offensive en préparation

Selon des sources rebelles et l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des centaines de rebelles syriens massés du côté turc de la frontière s'apprêtent d'ailleurs à passer en Syrie dans le cadre d'une offensive contre Jarablos, dernier point de passage que l'EI contrôle à la frontière.

Selon l'agence turque Dogan, l'artillerie turque a mené 65 tirs au mortier contre l'EI près de Jarablos samedi, en riposte à une roquette lancée par les djihadistes vers Gaziantep.

Vendredi, des rebelles syriens ont aussi réussi à chasser l'EI de la localité syrienne d'Al-Raï, à l'est de Jarablos. Quelques jours plus tôt, l'EI a également été chassée de Manbij par des combattants kurdes.

Un porte-parole du groupe rebelle Front du Levant, Mohammad Al-Ahmad, affirme que les rebelles syriens massés en Turquie veulent empêcher leurs rivaux kurdes de parvenir à Jarablos avant eux.

La Turquie exprime depuis longtemps qu'elle ne permettra pas aux Kurdes de faire la jonction entre des territoires qu'elle contrôle dans l'est et dans l'ouest de la Syrie. Elle considère que les combattants kurdes syriens sont des « terroristes », au même titre que ceux qui sont actifs sur son territoire. 

La semaine dernière, les autorités turques ont dit s'attendre à ce que les Kurdes se retirent de Manbij après l'avoir conquise.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), la coalition dominée par des combattants kurdes qui a repris Manbij à l'EI, ne disent pas autre chose. Dimanche, ils ont accusé la Turquie de faire entrer « un grand nombre de mercenaires dans le but d'occuper Jarablos ».

Un règlement de compte intersyrien?

Selon un expert des questions de sécurité et de terrorisme, Nihat Ali Ozcan, l'attaque de samedi était possiblement une revanche de l'EI contre les milices kurdes qui les combattent en Syrie.

« C'est un règlement de compte outre-frontière entre deux acteurs qui s'affrontent en Syrie », croit cet expert de l'Economic Policy Research Foundation, basé à Ankara.

Selon M. Ozcan, le fait que le kamikaze était jeune et qu'il a frappé pendant un mariage visait vraisemblablement à maximiser le « choc ». Selon lui, le kamikaze était vraisemblablement membre d'une section locale de l'EI, qui savait très bien que le mariage réunissait des Kurdes.

Le kamikaze, âgé entre 12 et 14 ans, selon le président Erdogan, a peut-être été utilisé à son insu, estime une source de sécurité turque. L'enquête étudie la possibilité qu'il s'agisse d'un enfant souffrant de problèmes mentaux et que la charge qu'il transportait ait été activée à distance.

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