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La Turquie lance son offensive contre les milices kurdes en Syrie

Une opération militaire turque contre des milices kurdes syriennes actives dans la région d'Afrine, dans le nord de la Syrie, s'est mise en branle vendredi, a confirmé le ministre turc de la Défense, Nurretin Canikli.

« L’opération a commencé de facto avec des bombardements transfrontaliers », a-t-il indiqué dans une entrevue à la chaîne turque AHaber.

Un porte-parole des milices kurdes d’Afrine, Rojhat Roj, a confirmé qu’environ 70 tirs ciblant des localités kurdes de la région ont été enregistrés depuis minuit, heure locale.

Les milices, connues sous le nom d’Unités de protection du peuple (YPG), y répondront avec la plus grande force, a-t-il assuré.

Selon le ministre Canikli, les tirs d’artillerie seront suivis d’un assaut terrestre mené par des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), un groupe de rebelle en lutte contre le régime du président Bachar Al-Assad, avec l’appui aérien de l’armée turque.

Il n’a pas précisé à quel moment cette offensive terrestre se produirait.

Un nouveau front dans le conflit en Syrie

Les YPG sont considérés par le gouvernement turc comme une organisation sœur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) la guérilla kurde qui est en lutte contre Ankara depuis plus de trois décennies. Ce conflit a fait des milliers de morts.

Ces mêmes YPG sont toutefois des alliés clés de la coalition militaire emmenée par les États-Unis dans le conflit les opposant depuis des années au groupe armé État islamique (EI) en Syrie.

Ils fournissent l'essentiel des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition kurde et arabe qui a repris Raqqa des mains de l'EI l'automne dernier, avec l'appui aérien de la coalition.

L’offensive turque risque donc non seulement d’ouvrir un nouveau chapitre de la guerre civile qui déchire la Syrie depuis maintenant sept ans, mais aussi de détériorer les relations d’Ankara avec Washington, alliés militaires au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Réagissant aux menaces d’une opération militaire turque contre les Kurdes d’Afrine plus tôt cette semaine, une porte-parole du département d’État, Heather Nauert, avait demandé à Ankara de ne pas agir en ce sens.

« Nous ne voulons pas qu’ils s’engagent dans de telles violences, nous voulons qu’ils restent concentrés sur l’EI », avait-elle dit.

Une opération lancée après une visite à Moscou

Jeudi, le chef d'état-major de l'armée turque et le patron des services de renseignements s'étaient rendus à Moscou pour discuter de cette opération militaire.

« Nous rencontrons les Russes et les Iraniens à propos de l’utilisation de l’espace aérien », avait confirmé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, dans une entrevue à CNN Türk.

Le chef de la diplomatie turque faisait valoir que les milices kurdes du nord-ouest de la Syrie menaient des attaques tous les jours contre la Turquie ou contre d’autres groupes rebelles syriens appuyés par la Turquie.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Al-Mekdad, a pour sa part mis en garde la Turquie contre la tentation de se lancer dans une telle aventure.

« Nous avertissons le pouvoir turc que s’il se lance dans des opérations de combat dans la région d’Afrine, cela sera considéré comme un acte d’agression », a-t-il déclaré, selon les médias d’État syrien.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait prévenu lundi que l’armée turque était prête à lancer une opération « à tout moment » contre les milices kurdes syriennes d'Afrine et de Manbij, une autre municipalité située plus à l'est en Syrie.

Sa colère a été engendrée par la décision de la coalition militaire menée par les États-Unis de créer en Syrie une nouvelle force transfrontalière de 30 000 combattants, dont des combattants des YPG.

« L’Amérique a avoué qu’elle était en train de constituer une armée de terroristes à notre frontière, avait-il asséné dans un discours à Ankara. Ce qui nous revient de notre côté, c’est de tuer dans l’œuf cette armée terroriste. »

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