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La Turquie somme les Kurdes de se retirer à l'est de l'Euphrate

Les Forces armées turques ont rapidement mis le groupe armé État islamique (EI) en déroute lors de son incursion à Jarablos, petite ville située en territoire syrien. Mais le deuxième objectif de l'opération « Bouclier de l'Euphrate », qui est de repousser les miliciens kurdes à l'est de l'Euphrate, demeure incertain.

Le gouvernement turc somme les milices kurdes - les Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé des Forces démocratiques syriennes (FDS) - de retraiter à l'est du fleuve sans quoi il interviendra militairement pour les y contraindre. La « Turquie a tous les droits d'intervenir » si les forces kurdes refusent de se retirer rapidement, a déclaré le ministre turc de la Défense, Fikri Isik.

« Pour le moment ils ne se sont pas retirés, nous suivons avec grande attention ce processus [...] ce retrait est important pour nous », a déclaré M. Isik sur les ondes de la chaîne NVT au deuxième jour de son offensive soutenue par des rebelles syriens à Jarablos.

Syrie : l'engrenage de la guerre

Kerry s'en mêle

Les miliciens de l'YPG ont amorcé leur repli, a assuré le secrétaire d'État américain, John Kerry, au ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, M. Kerry a indiqué à M. Cavusoglu avoir demandé aux Forces démocratiques syriennes (FDS) de faire retraiter ses troupes à l'est de l'Euphrate.

Washington soutient les milices kurdes parce qu'elles combattent les djihadistes de l'EI en Syrie et en Irak.

« Une petite partie des FDS s'est retirée à l'est de l'Euphrate », a confirmé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, à l'AFP. « Mais le gros de ces forces est encore à l'ouest », poursuit-il en s'appuyant sur des sources sur le terrain.

Alors que Washington soutient les miliciens kurdes, leur présence en Syrie, à proximité de la frontière turque, indispose Ankara, qui les considère comme une menace à sa sécurité intérieure. La situation crée des tensions entre la Turquie et les États-Unis, tous deux membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Coincé entre quatre États - Iran, Irak, Turquie et Syrie - le peuple kurde ne dispose d'aucun territoire national. Il possède toutefois des combattants armés qui ont profité du vide de pouvoir en Syrie, créé par la guerre civile, pour prendre le contrôle du nord du pays, le long de la frontière turque.

Ces miliciens kurdes - aussi appelés peshmergas - contrôlent déjà une bande de territoire de 400 km le long de la frontière et la Turquie veut les empêcher de poursuivre leur progression vers l'ouest. Elle craint que les succès des Kurdes de Syrie n'attisent les ambitions de la minorité kurde de son territoire.

La Turquie considère le FDS, le PYD et le YPG comme le prolongement syrien de ses propres séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le rêve kurde

Les milices kurdes ont pris plusieurs villes le long de la frontière turque au cours des dernières semaines et ils progressent rapidement vers l'ouest du pays. Tout en combattant l'EI, ce qui leur attire les bonnes grâces des États-Unis, les peshmergas ont la possibilité de réaliser la jonction entre le territoire sous leur contrôle dans le nord-est de la Syrie et l'enclave d'Afrine, également sous leur contrôle, dans le nord-ouest du pays.

C'est dans la foulée de ces avancées des milices kurdes, le long de la frontière turque, qu'Ankara a décidé d'intervenir à Jarablos. Appuyés par des rebelles syriens modérés, les forces turques ont lancé une offensive contre la ville qui est bordée par l'Euphrate, à l'est, et la frontière turque au nord.

Malgré l'intervention militaire de la Turquie et les admonestations des États-Unis, le directeur de l'OSDH croit que les Kurdes poursuivront leur progression sur le terrain. « Les Kurdes n'abandonneront pas leur rêve [de relier leurs régions autonomes], malgré toutes les pressions internationales », prévient le directeur de l'OSDH.

Des déclarations effectuées sur Twitter par le chef du PYD, Saleh Mouslim, semblent lui donner raison. Saleh Mouslim a déclaré que la Turquie mettait le pied dans un « bourbier » et risquait d'y subir une défaite, tout comme l'EI.

La milice kurde YPG a parlé d'« ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Syrie ».

Ironiquement, les Kurdes rejoignent le régime syrien - dont ils ont pourtant mis en déroute les forces armées demeurées fidèles - sur ce point. Le ministère syrien des Affaires étrangères a également condamné l'incursion militaire turque à Jarablos, dénonçant pour sa part une atteinte à la souveraineté du pays.

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