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La vague Macron laisse derrière elle une opposition désorganisée en France

La vague qui a porté Emmanuel Macron à l'Élysée a de nouveau déferlé sur l'Assemblée nationale au terme du second tour de l'élection législative française. En plus de faire fondre la députation des partis traditionnels comme le Parti socialiste et Les Républicains, elle laisse derrière elle une opposition désorganisée. Le correspondant de Radio-Canada à Paris, Jean-François Bélanger, analyse les résultats de l'élection.

« L’Assemblée sera profondément renouvelée, mais il faut dire qu’on s’attendait à ça, puisque le tiers des députés avaient annoncé leur intention de ne pas se représenter », avertit d'entrée de jeu Jean-François Bélanger, en précisant que plusieurs sentaient que la vague du mouvement En marche d’Emmanuel Macron allait de toute façon les emporter.

De nombreuses nouvelles têtes feront leur entrée à l’Assemblée nationale. « La moitié des gens qui se présentaient pour M. Macron n’avaient jamais fait de politique auparavant », explique Jean-François Bélanger. « Il y a plusieurs néophytes qui devront apprendre [le métier] sur le tas. »

Les nouveaux venus suivront d'ailleurs une formation le week-end prochain pour apprendre les rudiments du métier.

« C’est un peu comme la vague orange qui a déferlé sur le Québec lors de l’élection fédérale de 2011 », illustre le journaliste, en rappelant l'élection de 59 députés néo-démocrates au Québec lors de ce scrutin.

Les femmes plus nombreuses que jamais

Beaucoup de femmes et de jeunes feront notamment leur entrée au Parlement, explique notre correspondant à Paris. C’est un total de 224 femmes qui ont été élues dimanche, soit près de 40 % de l'Assemblée, un record. La marque précédente, établie en 2011, était de 155 élues, soit 29 % de l’assemblée.

« C’est vraiment le parti d’Emmanuel Macron qui a permis de faire élire autant de femmes », explique notre correspondant, en précisant que le président français avait présenté autant de femmes que d’hommes à titre de candidats.

Si En marche sort grand vainqueur de ce deuxième tour, le Parti socialiste (PS) en sort amoindri, voire anéanti. Le parti passe de près de 300 députés à moins de 30 avec ce deuxième tour des législatives.

« Ils ont vu leur nombre de députés être divisé par 10, poursuit-il. Ça fait mal, le PS est vraiment en crise, explique Jean-François Bélanger. Le secrétaire général Jean-Christophe Cambadélis a d’ailleurs démissionné hier [dimanche]. »

« Le parti a du mal à se trouver une niche entre le parti En marche d’Emmanuel Macron et la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon », explique Jean-François Bélanger.

« Les socialistes plus pragmatiques ont fait le saut avec En marche, ou du moins vont appuyer le gouvernement, alors que les députés plus à gauche se sont tournés vers La France insoumise. »

« Le parti devra peut-être changer de nom, ajoute-t-il. Il y aura de sérieuses remises en question, c’est clair. »

Les Républicains, qui se voyaient encore, il y a quelques mois, prendre le pouvoir, ont réussi à sauver les meubles, mais ils voient leurs forces réduites au Parlement. « Les sondages leur donnaient à peine 100 députés et ils ont réussi à en faire élire 130 », explique Jean-François Bélanger.

« Les Républicains ne savent plus où se positionner, ils vivent une crise d’identité, souligne-t-il. Ils ne savent plus s’ils doivent appuyer le gouvernement ou s’afficher dans l’opposition. Ce n’est pas évident. »

« Il faut rappeler que le premier ministre nommé par Emmanuel Macron, Edouard Philippe, est issu des rangs républicains, rappelle-t-il. C’est sans doute le but d’Emmanuel Macron, semer le trouble dans les rangs de la droite pour complètement la désorganiser. »

Cette élection législative aura eu pour effet d’ébranler les partis établis et de redéfinir les étiquettes politiques.

« Avec le vent soufflant en faveur de Macron, les candidats se sont repositionnés, avec un peu d’opportunisme chez les uns et les autres, c’est certain, souligne Jean-François Bélanger. Plusieurs ont été élus en soutenant le gouvernement », explique-t-il. « L’opposition s’en trouve franchement désorganisée ».

L'opposition entre les mains des extrêmes

La véritable opposition viendra, à gauche, de la France insoumise qui a vu son champion, Jean-Luc Mélenchon, obtenir près de 20 % à l’élection présidentielle. Et, à droite, de Marine Le Pen et du Front national (FN).

Mme Le Pen a atteint le deuxième tour de la présidentielle en plus de faire élire huit députés – quatre fois plus que sous l’ancienne législature – à l’Assemblée nationale.

Mme Le Pen accède elle-même à l’Assemblée nationale étant élue à sa quatrième tentative.

Fort de cette majorité à l’Assemblée nationale, M. Macron s’attaquera à des réformes sociales comme la Loi travail. « Il profitera des vacances des Français pour s’y attaquer rapidement », explique Jean-François Bélanger, qui précise que sa majorité à l’Assemblée le favorisera. « Il a besoin d’une loi pour faire passer une multitude de mesures par ordonnances. »

La lutte contre le chômage, une priorité nationale

La réforme de la Loi travail constitue vraiment un dossier très controversé qui a probablement précipité la chute des socialistes, estime le journaliste. « Macron, qui est un peu à l’origine de tout ça, revient à la charge et il veut alléger la lourdeur bureaucratique entourant l’emploi. »

M. Macron souhaite faciliter l’embauche et les congédiements afin d’aider les entreprises, en plus d’harmoniser les régimes de retraite qui sont légion (36) en France.

« Il profitera d’une courte lune de miel au cours de laquelle il tentera d’apporter plusieurs modifications au système social français, mais il n’a toutefois pas obtenu de chèque en blanc de la part de la population française. Le fort taux d’abstention (57 %) constitue un message de la part de la population française à l’endroit de M. Macron », selon le journaliste.

« On te permet de gouverner, mais il n’y a pas d’adhésion massive [à ton programme politique] », résume Jean-François Bélanger.

Bien que les syndicats participent présentement aux discussions entourant la réforme du travail, ils pourraient « claquer la porte et poursuivre leur action dans la rue », poursuit le correspondant de Radio-Canada.

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