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La voiture hybride, nouvelle arme contre la pollution en Chine

La Chine est le plus important émetteur de gaz à effet de serre de la planète, mais aussi le plus important investisseur du monde dans les énergies vertes. Et l'une des industries qui connaît un essor fulgurant dans ce pays est celle des voitures électriques, dont la BYD Qin, la nouvelle vedette en Chine.

Un texte d'Yvan Côté

Fin d'avant-midi, il pleut sur Shanghai, et Xu Jun en a assez de conduire sa vieille Volkswagen. Après des semaines d'hésitation, il s'arrête chez un concessionnaire BYD. Sa curiosité est trop grande. Il doit jeter un coup d'oeil à la Qin, l'une des voitures les plus populaires de la compagnie.

« Je m'arrête parce qu'on m'a dit que la nouvelle hybride est arrivée. Je suis ici pour la voir, et peut-être passer une commande. Ça fait longtemps que je la surveille », explique-t-il.

Dans la salle d'exposition, une vingtaine d'autres clients s'intéressent aux modèles de BYD. Tout au fond de la pièce se trouve la Qin. Orange, phares allumés, portières grandes ouvertes, Xu la reconnaît sur-le-champ et ouvre le capot.

« La compagnie BYD a débuté en fabriquant des batteries. Leur technologie est bien connue en Chine. En plus, cette voiture est simple à recharger. En fait, vous pouvez la brancher n'importe où », dit-il.

Entièrement conçue en Chine

La Qin de BYD est la première hybride conçue de A à Z dans des usines en Chine. Un phénomène qui bouscule plusieurs joueurs dans l'industrie automobile, et qui pourrait aider la Chine à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

La voiture a une autonomie de 70 kilomètres en mode électrique. « Une prouesse », nous indique le plus important concessionnaire de Shanghai, « alors que les autres hybrides ont généralement 50 kilomètres d'autonomie ».

Mais ce qui différencie surtout la BYD Qin de ses compétitrices, c'est que :

  • sa batterie est garantie à vie;
  • vous pouvez la stationner à distance (à l'aide d'une télécommande);
  • vous pouvez l'utiliser comme génératrice lorsque vous êtes en camping ou à l'extérieur de la maison;
  • il y a même une télévision satellite intégrée.

Autant de nouveautés qui font courir les consommateurs comme Xu Jun. « Le ratio prix/performance est aussi excellent. Pour aller au travail, je parcours 40 kilomètres par jour, ce qui veut dire que le modèle électrique me suffit. Et les week-ends, si je veux aller plus loin, je peux utiliser le moteur à essence ».

À la conquête de la planète

Selon plusieurs spécialistes automobiles, les Chinois ont compris qu'ils ne pouvaient pas concurrencer les constructeurs traditionnels. C'est pourquoi les fabricants ont investi massivement depuis quelques années dans l'industrie électrique.

Leur but est simple, selon Wang Ning, professeur au collège automobile de l'Université de Tong Ji : les Chinois veulent devenir les leaders mondiaux dans cette industrie.

Une arme contre la pollution

Mise en marché en 2013, la BYD Qin, la plus populaire des voitures vertes chinoises, est déjà la 4e voiture électrique la plus vendue dans le monde, et elle est en voie de devenir la plus vendue d'ici la fin de l'année. Ce succès, il s'explique en partie par les généreuses subventions gouvernementales.

Dans le but de s'attaquer à l'intense nuage de fumée qui recouvre le pays, Pékin rembourse 6000 $ à chaque acheteur de voiture hybride. À Shanghai, l'aide de la Ville fait passer le prix de la BYD de 45 000 $ à 32 000 $.

Ces incitatifs de taille ont été rendus nécessaires en raison des 24 millions de nouvelles voitures qui font leur apparition chaque année sur les routes du pays. Il s'agit là d'un problème gigantesque pour le régime communiste. La Chine est devenue le plus important marché automobile de la planète, et les dizaines de millions de pots d'échappement qui crachent chaque jour du monoxyde de carbone produisent le tiers de la pollution dans le pays.

Photo : Radio-Canada

« Il est primordial de réduire les émissions faites par les véhicules à essence », affirme le professeur Wang. « Nous devons ramener un ciel bleu dans le pays. Les gens sont surpris de voir un ciel bleu en Chine. Ça n'a pas de sens », soutient-il.

Une plaque d'immatriculation en prime

L'autre attrait pour la Qin est qu'elle vient avec une plaque d'immatriculation. Une promotion inutile partout ailleurs dans le monde, mais qui vaut son pesant d'or en Chine. Car pour réduire les émissions et limiter le nombre de voitures sur les routes, le gouvernement a introduit une loterie à Pékin et des enchères à Shanghai pour tous les conducteurs qui veulent immatriculer leur véhicule.

Comme la demande est beaucoup plus importante que l'offre, les prix sont devenus exorbitants. En moyenne, il faut débourser 15 000 $ canadiens pour avoir ses premières immatriculations à Shanghai.

Le gouvernement encourage donc l'achat de petits véhicules et de voitures vertes. Et ça fonctionne, explique le professeur Wang. « Le marché des voitures électriques est en pleine croissance en Chine », dit-il.

No 1 sur la planète

Aujourd'hui, BYD ne fournit plus à la demande. Le constructeur a vu ses ventes passer de 2000 voitures hybrides par mois en mai à plus de 5000 en juillet. L'attente pour les acheteurs comme Xu Jun est maintenant de plusieurs semaines.

« L'environnement nous préoccupe tous, dit-il avec conviction. Alors si je peux faire ma part avec cette voiture, tant mieux. C'est pourquoi j'achète dès aujourd'hui. Si j'attends, l'attente sera encore plus longue. En achetant tout de suite, j'espère avoir ma Qin dans trois ou quatre mois. »

Grâce à la popularité de la BYD, il s'est vendu plus de voitures électriques en Chine qu'aux États-Unis cet été. Cette première est encourageante pour l'environnement, même si le marché demeure marginal. Car moins de 1 % de toutes les voitures achetées en Chine sont électriques.

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