La Colombie joue son avenir ce dimanche. La population va se prononcer sur l'accord de paix historique signé par l'État et la guérilla des FARC.

Une analyse de Martin Movilla

Malgré un accueil favorable sur la scène internationale, la population colombienne est divisée sur le sujet. Si une majorité des Colombiens est pour l'accord de paix, on estime que quelque 30 % des gens sont contre.

Parmi les opposants, les raisons du refus sont diverses. Certains demandent une renégociation, d'autres craignent que le pays ne prenne un virage socialiste ou communiste à l'image du Venezuela et de Cuba. D'autres, enfin, préféreraient soumettre les FARC par la force.

Face à ces critiques, 70 % de la population croit au contraire qu'il s'agit d'une solution viable pour mettre fin à la guerre avec la dernière guérilla communiste du monde. Cet accord permettrait notamment au pays d'investir dans les programmes sociaux plutôt qu'en défense, fait-on valoir.

Entre émotivité et mensonges

Le débat sur l'accord de paix a pris beaucoup de place dans les médias colombiens, et les arguments des uns et des autres sont très chargés émotionnellement.

Ceux qui appuient l'accord estiment qu'il faut avoir le courage de sortir des sentiers battus et de « l'habitude de la guerre » pour aller vers l'inconnu. Selon eux, cela ne peut pas être pire que ce que le pays a connu au cours des dernières décennies : la violence, les disparus, les morts, les déplacements forcés, les otages et les violations des droits de la personne.

Pour ceux qui sont contre, il faut que les guérilleros des FARC aillent en prison et que ceux qui ont commis des crimes graves ne puissent pas être élus. L'accord est synonyme d'impunité, de concessions inacceptables de la part du gouvernement, et met dans le même panier militaires et « terroristes », estiment ses opposants.

Mais tout n'est pas qu'émotion dans ce débat. Au cours des dernières semaines, il y a aussi eu des discours qui cherchaient à confondre l'électorat.

On a entendu des déclarations qui mélangeaient l'accord de paix avec la taxation, la diversité sexuelle, la protection de la conception de famille, la chrétienté, l'arrivée en Colombie du modèle économique et politique du Venezuela et du communisme cubain. Ces peurs sociales et politiques ne sont pourtant pas liées au règlement pacifique du conflit ou ne sont pas fondées.

Et si le non gagne?

Si le non l'emportait, la situation deviendrait très complexe pour le gouvernement colombien et pour les FARC.

Même si le plébiscite n'est pas contraignant, le gouvernement a promis de respecter la décision populaire. Il lui serait alors presque impossible de ne pas reconnaître ce refus et d'aller de l'avant avec l'application d'un accord rejeté par la population.

Pour les opposants à l'accord, le non serait une façon d'obliger les FARC à accepter de nouvelles conditions et le gouvernement à imposer une autre justice. Cependant, le gouvernement et les guérilleros ont toujours dit qu'ils ne pourraient pas renégocier l'accord.

Une fois désarmées, il est clair que les FARC deviendraient aussi une cible facile si les forces de l'État décidaient de les attaquer. Cela dit, le président Juan Manuel Santos, qui a donné sa parole aux guérilleros, ne donnerait vraisemblablement pas l'ordre d'attaquer les campements de la guérilla même s'il ne recevait pas l'appui populaire attendu.

De leur côté, les FARC ne voudraient pas non plus être les premiers à reprendre les armes. En signe d'apaisement, la guérilla avait d'ailleurs ordonné un cessez-le-feu unilatéral au cours des mois précédant la signature de l'accord.

La reprise de la guerre n'est donc pas le scénario le plus probable si le non est victorieux. Mais les membres des FARC ne déposeraient pas les armes, n'accepteraient pas d'aller en prison et n'abandonneraient pas leurs activités de financement.

Bref, si le non triomphe, la situation colombienne sera dans l'impasse.

Et si le oui gagne?

Le chemin serait facile et clair. La légitimité de l'accord serait renforcée par l'appui populaire. Les réformes et les investissements auraient aussi plus de chances de se concrétiser, de même que la participation politique des FARC et la réinsertion des ex-combattants.

Le gouvernement pourrait aussi exiger que le Parlement accélère la mise en place de l'accord.

La Colombie joue son avenir ce dimanche. C'est le peuple qui aura le dernier mot.

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